‹ Pascal; sa vie religieuse et son Apologie du christianismeChapitre 104 sur 118 · I. Cf. Strowski. Op. cit., T. 111, p · texte numérisé non relu

I. Cf. Strowski. Op. cit., T. 111, p

appe:(dice 399

Sur son lit de mort, il est possible que Pascal ait craint d'avoir été trop vif, d'avoir manqué de charité envers Arnauld et Nicole et de s'être trompé en ces questions sur la grâce qu'il connaissait peu. Il en toucha quelque chose au P. Beurrier qui comprit tout autre chose. Et ce sont sans doute ces reproches d'ignorance que Pascal se rappelait lorsqu'il disait qu'il n'avait point « fait de scholastique et qu'il aurait pu errer en disant trop ou trop peu »,

Le curé de Saint-Étienne-du-Mont nous répète aussi à plusieurs reprises que dans ses derniers moments Pascal « voulait avoir une parfaite soumission au Vicaire de Jésus-Christ qui est le Souverain Pontife », que « pour la question de l'autorité du Pape, il l'estimait aussi de conséquence, et très difficile à vouloir connaître ses bornes, etc.. » Nous savons combien il était aisé de se tromper sur la portée de ces déclaralions de soumission. Pascal, Arnauld, Nicole se crurent toujours les plus fidèles serviteurs du Pape, ou plutôt de la papauté, ce qui en un certain sens n'est pas tout à fait la même chose. Nous avons examiné au début de cette étude l'opinion de Pascal sur ce point •

« Duo aut très in unum. L'unité et la multitude : Erreur à exclure l'une des deux, comme font les papistes qui excluent la multitude, ou les huguenots qui excluent l'unité. » (Br. 874).

Lorsque Pascal déclara au P. Beurrier qu'il voulait avoir une parfaite soumission au Vicaire de Jésus-Christ qui est le Souverain Pontife, il considérait l'unité. Si le P. Beurrier nous avait seulement affirmé dans ses Mémoires que Pascal avant de mourir déclarait adhérer aux constitutions des papes Innocent X et Alexandre VII sur VAagustinus, nous saurions que Pascal s'est soumis au Pape en considérant la multitude. Mais comme Pascal a toujours combattu ce dernier sens, nous avons toute raison de croire qu'il ne Fa pas admis.

Quant à cette date de deux ans que le P. Beurrier nous redit constamment et qui ne correspond à rien de réel, nous estimons qu'il faut l'entendre largement. Pascal s'était séparé d'Arnauld et de Nicole sur la signature du Formulaire en novembre 1661, et il était mort en août 1662. En comp-

4oO LA PRETENDUE RETRACTATION DE PASCAL

tant 1661 pour une année et 1662 pour une autre année, cela à la rigueur peut faire deux ans. On ne calcule pas d'ordinaire avec tant d'exactitude, les professeurs ou étudiants parlent de deux jours de congé lorsqu'ils ne disposent pas de trente-six heures . Les jansénistes, les Périer n'ont jamais reproché au P. Beurrier de se tromper sur ce point, parce que, comme le curé de Saint-Étienne, ils comptaient les années par le millésime non par le nombre de mois. M. Périer écrit : « Il est vrai qu'il y avait eu depuis deux ans avant la mort de M. Pascal quelque peu de division et quelque diversité de sentiments entre MM. de Port-Royal et lui. » Or M. Périer savait parfaitement que cette division ne datait que de dix mois.

Ilnousresteàidentifiercettea seconde retraite » quielle aussi revient sans cesse dans les Mémoires du curé de Saint-Étienne? Il est fort vraisemblable, quoi qu'en dise le P. Beurrier que cette retraite n'est autre que celle que Pascal avait faite lorsqu'il quitta le monde pour entrer à Port-Royal. Lorsque le P. Beurrier lut la Vie de Pascal par Madame Périer, (probablement pas, par conséquent, avant i684, à moins qu'on ne lui ait communiqué le manuscrit), il y apprit que Pascal avait fait une retraite en 1 654, mais comme il se croyait absolument certain que la retraite dont Pascal lui avait parlé était antérieure de deux ans seulement avant sa mort, il en conclut que Pascal avait fait une « seconde retraite beaucoup plus parfaite que la première ». Cependant il est possible que Pascal ait fait une seconde retraite dans laquelle il ait pris la résolution de travailler à la conversion des incrédules par son Apologie. Marguerite Périer nous dit, en effet, que Pascal (( s'engagea durant sa retraite à travailler contre les athées* » ; et cette pensée de Pascal : « Comme Dieu n'a pas rendu de famille plus heureuse, qu'il fasse aussi qu'il n'en trouve pas de plus reconnaissante », sonne, en etfet, comme une résolution de retraite. Mais alors cette seconde retraite devra être placée peu de temps après le miracle de la Sainte-

1. Le terme <( retraite » signifie très probablement ici la solitude dans laquelle se recueillit Pascal lorsqu'il se relira à Port-Royal, lors de sa seconde conversion.

APPENDICE 4oi

Épine. Marguerite Périer ne pouvait pas en effet être d'un autre avis que sa mère. Or Madame Périer nous assure que le miracle de la Sainte-Épine fut le principe de l'Apologie, et d'ailleurs c'est ce que confirment les faits. Malgré ces coïncidences, cette seconde retraite nous semble assez problématique, et nous ne la présentons que comme une hypothèse, c'est-à-dire comme une opinion qui ne se contredit pas ellemême, ne contredit pas les faits, et de plus est fondée sur des indications contestables.

Ainsi donc par le seul examen des faits et la critique du texte, nous en arrivons déjà à soupçonner le P. Beurrier de méprise. Ses Mémoires, en elTet, quil dut composer dans un âge sans doute très avancé, donnent d'abord au critique le moins prévenu, le plus impartial, une impression de défiance. Ces Mémoires u non frelatés * » qui en de nombreux endroits ne sont qu'un mauvais plagiat de la Vie de Pascal par M™^ Périer, ces Mémoires pleins de redites, d'inexactitudes, de contradictions, ne donnent pas une grande estime de l'esprit de l'auteur. Et l'on se prendrait à douter qu'ils soient dans .toutes leurs parties authentiques, si un savant comme M. Jovy ne nous l'affirmait. Quoi qu'il en soit, l'autorité de ces Mémoires ne saurait être indiscutable. Ils ont contre eux les faits, et de plus des témoignages écrits dont la valeur est incontestable.

Page 1