‹ Pascal; sa vie religieuse et son Apologie du christianismeChapitre 103 sur 118 · Strowski. op. cit., T. III, p · texte numérisé non relu

Strowski. op. cit., T. III, p

première... tonte mystique et d'où date probablement le Mystère de Jésus, en dehors de toute influence janséniste... », en un mot, s'il y eut une conversion à l'orthodoxie, et s'il faut dater cette conversion de 1669, on se demandera comment Pascal, en 1661, était en si parfaite union d'idées avec sa sœur qui était très janséniste, comment il s'accorda avec les jansénistes les plus opiniâtres pour exiger qu'on ne condamnât pas « Jansénius, saint Augustin et la grâce efficace » en signant le Formulaire. Si M. Jovy suppose une conversion suprême en mars 1609, comment admettre un «revirement complet » en 1661 après la scène de l'évanouissement*? Comment écrire : « Il y avait eu là pour (Pascal) une secousse eff'royable . Avant la rupture il était peut-être plus janséniste que les jansénistes par l'outrance de ses sentiments. Quand Port-Royal ne lui a plus paru représenter la vérité, il l'a cherchée ailleurs. C'est ici le cas de distinguer une «nouvelle époque » de la pensée de Pascal. » Et ailleurs : « les jansénistes ne paraissent songer qu'aux idées du Pascal d'avant la séparation et ne veulent point tenir compte de l'évolution qui s'est produit en lui à partir de la rupture définitive de novembre 1661. »

N'est-il pas évident que le P. Beurrier dans ses Mémoires a commis des confusions nombreuses, et que pour les concilier avec les faits il est nécessaire de les interpréter ?

Le curé de Saint-Étienne-du-Mont nous avoue lui-même qu'il ne connut Pascal que six semaines avant sa mort. Or l'existence de Pascal est assez compliquée pour qu'on puisse aisément, si on ne la connaît pas exactement, commettre des méprises. Ainsi le P. Beurrier ignorait absolument, c'est encore lui-même qui l'avoue, les disputes intimes de Port- Royal, il ne savait pas que parmi les jansénistes deux partis s'étaient formés, l'un à la tête duquel étaient Arnauld et Nicole, l'autre dont Pascal était le chef. Il ne soupçonnait rien de ces discordes intimes, de cette polémique dans laquelle Pascal avait écrit contre les jansénistes conciliants des secondes

1. N'est-ce pas asseï de deux conversions dans l'existence de Pasca', faudra-t-il en distinguer trois ou quatre? Cf. Jovy. Op. cit., p. 5o2.

Provinciales. Gomment lorsqu'il entendit Pascal lui parler, sans doute à mots couverts, de ces « guerres civiles, » n'aurait-il pas songé immédiatement aux grandes Provinciales ? Or qu'on relise attentivement ses Mémoires, et l'on reconnaîtra aisément qu'il a fait un quiproquo. Il a attribué à la discussion entre jansénistes et molinistes ce que Pascal disait des a disputes » survenues entre jansénistes modérés et jansénistes intransigeants. Le P. Beurrier écrit... « 11 me dit (Pascal) qu'il gémissait avec douleur de voir cette division entre les fidèles qui s'échaufTaient si fort dans leurs disputes soildevive voix, soit par écrit... que cela préjudiciait à l'union et à la charité qui les devaient porter plutôt ù joindre leurs armes spirituelles contre les véritables infidèles et hérétiques... * »

De quelles disputes s'agit-il ici.*^ Des Provinciales? M. Jovy croit que non. Il estime qu'il s'agit des discussions entre les curés et les casuistes. Mais Pascal ne semble pas regretter le moins du monde d'avoir composé des Factums.

« Il ajouta que, pour ce qui est de la morale nouvelle et relâchée qu'elle n'était point conforme à l'Evangile, aux canons des conciles, et aux sentiments des Pères de l'Eglise, et qu'il fallait assurément la condamner ; qu'elle était très dangereuse parce qu'elle favorisait la lâcheté, le vice, le libertinage et la corruption des mœurs, qu'elle était très préjudiciable à l'Église et qu'il en avait une très grande horreur » (p. 491),

Ainsi Pascal ne semble pas désavouer les Factums qu'il aurait faits ou qu'on lui aurait demandé d'écrire.

Autre raison de ne pas croire qu'il soit fait allusion aux querelles des Évêques avec les casuistes, c'est que dans ces discussions, il n'était point ou peu question de la grâce :

u II me mit ensuite sur les matières du temps... sur la doctrine de la grâce, de la puissance et autorité du pape, sur

les cas de conscience et la morale chrétienne et me dit....

qu'on l'avait voulu engager dans ces disputes mais que

I. Le P. Bcîurrier nous dit autre part « ....il (Pascal) n'avait point d'attache qu'autant qu'il plairait à Dieu..., en le priant de vouloir apaiser ces contestations fâcheuses entre des personnes doctes et de j)robité, pour se joindre ensemble dans s m même des.scin de détruirel'infidélité et l'hérésie.» (Jtjvr, p. ^90 et p. 491.)

depuis deux ans il s'en était retiré prudemment, vu la grande difficulté de ces questions si difficiles de la grâce et de la prédestination... »

Malgré l'opinion contraire de M. Jovy, il est très probable que M. Beurrier a fait allusion aux Provinciales. Il s'est seulement trompé ; car enfin « cette division entre les fidèles qui s'échauffent si fort dans leurs disputes soit de vive voix, soit par écrit (au lieu de) joindre leurs armes contre les véritables infidèles et hérétiques.. » ressemble singulièrement aux discussions et à la polémique des jansénistes lors de la signature du Formulaire.

Pascal dit qu'on avait voulu l'engager dans ces disputes, mais qu'il s'en était retiré, n'est-ce point ce qui arriva après le Formulaire? Des amis l'avaient entraîné contre Arnauld et Nicole; mais quand il vit que depuis Arnauld jusqu'à la plus humble religieuse, on était disposé à ne pas signer le Formulaire sans queue, il cessa la lutte. Ces circonstances dissipèrent les nuages qui s'étaient formés. Pascal se repentit peut-être même d'avoir été trop loin. Dans la polémique, Nicole lui avait reproché de ne pas avoir consulté les passages cités dans ses écrits contre les jansénistes conciliants :

« M. Pascal n'ayant pas fait l'écrit dont il s'agit pour être publié, et tout son but n'étant que de représenter ce que l'on aurait pu dire, et le tour fâcheux qu'on pourrait donner à certaines choses, il ne s'était pas mis en peine d'y regarder avec une fort grande exactitude, et sans consulter lui-même les Écrits dont il tirait des preuves de ce qu'il avançait, ce qui lui eût été fort difficile dans la faiblesse où il était, qui le rendait presque incapable de lire ; il se contenta des Mémoires qvie lui fournissaient quelques-uns de ses amis, qui ne regardèrent pas d'assez près aux passages dont ils les composaient*. »

Et Nicole soutenait que Pascal n'avait rien compris aux diverses opinions qui ont été soutenues par les disciples et amis de Jansénius.

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