‹ Pascal; sa vie religieuse et son Apologie du christianismeChapitre 109 sur 118 · Attestation d'Arnauld. Jovy. Op. cit., p · texte numérisé non relu

Attestation d'Arnauld. Jovy. Op. cit., p

APPENDICE 4ll

c.i'.iioliiiues ; et la déclaration sur laquelle on a fondé cette calomnie, ne dit pas un mot de rétractation. J'en ai une copie authentique qui m'a été envoyéepar feu M. F Archevêque de Paris, et celui qui a donné cette déclaration a eu bien du déplaisir de l'abus qu'on en a fait. Il a reconnu lui-:ûême qu'il s'était trompé, ayant pris les paroles de mon frère dans un sens contraire à celui qu'elles avaient. Ce sont les propres termes qi'il emploie dans les lettres qu il m'a fait l'honneur de m'écrire sur ce sujet. » (JovY, p. 467.)

Nous ne pouvons ici rapporter tous les écrits dans lesquels Domat, Nicole, Arnauld, M. de Sainte-Marthe, etc., viennent tour à tour témoigner des derniers sentiments jansénistes de Pascal. La lettre de Louis et Etienne Périer à leur mère en tiendra lieu. On y verra que les ennemis des jansénistes étaient puissants et pour quelle raison on ne publia pas avant 1684 la Vie de M'"<^ Périer.

« 11 y avait déjà quelque temps que nous avions parlé de la Vie à ces M''=*, mais à chacun d'eux séparément. Ils ne nous avaient donné aucune réponse, mais nous avaient témoigné que c'était une chose de grande conséquence et à laquelle il fallait beaucoup penser. Depuis ce temps-là s'étant trouvés tous ensemble cliez M. du Bois, ils examinèrent fort cette affaire, et conclurent à ne point imprimer, pour plusieurs raisons que MM. de Roannez et Nicole nous ont rapportées, lis convinrent tous qu'il ne fallait pas imprimer la Vie sans y mettre l'article que nous avons dessein d'y ajouter, et qu'ils ont trouvé fort bien ; mais ils croient que cela même doit être une raison pour ne la pas faire paraître présentement, et dans l'état où sont les choses, parce que, quoique l'on ne parle pas ouvertement de cette affaire, cela signifierait néanmoins dans l'esprit de tout le monde que l'on soutient que M. Pascal ne s'est point rétracté du jansénisme, ce qui serait faire une profession qui ne serait pas bien reçue en ce temps-ci et qui pourrait même attirer la suppression du livre.... Et pour la déclaration de 2vl. de Saint-Etienne, on n'en pai'lerait plus de la manière qu'on avait projeté, parce qu'apparemment ce ne sera plus du vivant de M. le Curé de Saint- Etienne, mais on y pourrait mettre les choses plus au long , en insérant même les lettres que nous avons de lui sur ce sujet, et faisant mention de ce qui en a été imprimé du vivant même de ce Monsieur. M. de Roannez serait même d'avis que dès à présent sans perdre de temps on dresse un acte par devant notaire par lequel serait déclaré le véritable sujet de la dispute entre mon oncle et ces Messieurs qu'il signerait, M. Arnauld et M. de Sainte-Marthe, et dont on pourrait se servir en temps et lieu, comiiie on le jugerait à propos. » (Jovy, f. Vî4.)

4l3 LA PRÉTENDUE RÉTRACTATION DE PASCAL

Ainsi, M™® Périer, ses fils Louis et Etienne, sa fille Jacqueline, tous les amis de Pascal, Domat, Roantiez, Nicole, M. de Sainte-Marthe et d'autres encore, ont soutenu unanimement que M. Beurrier s'était trompé, et que dans une dédaralion il avait reconnu son erreur. Pour M. Jovy, cetle unanimité même est suspecte, tous les écrivains jansénistes écrivciit suivant « un mot d'ordre ponctuellement observé ». Lt il est certain en effet, comme nous venons de le voir, que tout ce qui était écrit sur ce sujet devait recevoir l'approbation de? principaux directeurs de Port-Royal. Mais cioira-t-on que l'on se soit donné le mot pour mentir simultanément .^ Quand Arnauld et Nicole ont demandé la signature du F<jrmulaire, il y eut des scrupules cl des oppositions irréductibles. Quand on publia les Pensées, M'"^ Périer défendit qu'on y touchât parce qu'on n'aurait pas pu dire qu'on les publiait sans rien y changer. Et sur un mot d'ordre tous les jansénistes auraient modifié, déguisé, caché, altéré la Aéritc .•* Les hommes qui n'ont pas perdu toute pudeur peuvent bien mentir en particulier, mais ils n'aiment pas à commettre le mensonge en commun. Port-Royal n'était pas tellement uni. Si M. de Sainte-Marthe, Domat et les Périer, qui étaient du parti de Pascal contre Arnauld, Nicole et leur groupe, si tous s'entendirent pour déclarer que le P. Beurrier s'était trompé sur le sujet des disputes dont Pascal lui avait parlé à ses derniers moments, c'est qu'ils avaient conscience de soutenir la vérité. Les Mémoires du P. Beurrier n'ont pas une telle autorité qu'ils nous forcent à accuser la sœur aînée de Pascal, sa nièce et filleule Marguerite, son neveu et disciple Etienne, et lous les principaux jansénistes avec eux, d'imposture.

Conclusion.

Il iious reste maintenant à interpréter les derniers sentiments de Pascal, et la conduite du curé de Saint- Etienne et des jansénistes.

APPE5DICE 4l3

Pour éclaircir toute cette aflaire de la prétendue rétractation de Pascal, nous croyons qu'il faut d'abord se faire une représentation exacte de la situation du P. Beurrier. Pascal était très fatigué, sa faiblesse dans la discussion sur le Formulaire, l'obligation oii il élait dans la polémique de se faire lire les ouvrages qu'il ne pouvait plus consulter, la nécessité de se laisser remplacer dans la conji^osition même par Domat, sa difficulté à s'exprimer clairement, tout nous démontre qu'il était à bout de forces*. Or le prêtre ou cbevet du malade est eu confession le moins exigeant possible. Le P. Beurrier fut extrêmement conciliant, il se montra tout le contraire d'un inquisiteur. 11 devait bien savoir que son pénitent était janséniste, qu'il suffisait par conséquent de lui demander s'il adhérait aux constitutions des Papes, s'il acceptait le Formulaire. li s'en garda bien. Peut-être craignait-il de se heurter à un refus formel. En tout cas, il se contenta de généralités, d'actes plus ou moins abstraits d'obéissance et de soumission au Pape. Comme d'ailleurs son pénitent déclarait regretter les disputes sur la grâce, et les divisions des fidèles, il ne poussa pas plus loin, il ne précisa pas davantage l'examen, et il donna l'absolution à Pascal. Mais l'acte de conférer les sacrements à un hérétique est coupable devant l'Eglise et justiciable des peines canoniques. En absolvant un janséniste notoire, le P. Beurrier avait délivré au jansénisme entier un brevet d'orthodoxie.

Les ennemis des jansénistes se récrièrent. Ils accusèrent le P. Beurrier de faiblesse ; ils lui reprochèrent de n'avoir pas fait au chevet de Pascal son devoir de prêtre. Le Père Rapin se Kiit le rapporteur de ces accusations.

« En quoi il parait ou que le curé se soucia peu de l'intérêt des jésuites, à qui il ne procura aucune satisfaction qu'il pouvait aisément tirer de son pénitent par quelque honnêteté dont il se fut chargé, ou qu'il savait peu son métier de laisser mourir un si grand calomniateur aijrèstant d'impostures et de faussetés, sans lui parler de satisfaction, en lui administrant les derniers sacrements... Au reste je laisse à juger .... si l'absolution est bonne dans une confession où il ne paraît aucun

i . <( Vu l'état de sa maladie qui était très aigiie, qui ne lui donnait aucun relâche » disent les Mémo'rss de Beurrier.

4l4 LA PRÉTENDUE RÉTRACTATION DE PASCAL

signe de réconciliation après tant d'inimitié et de vengeance, ni aucune apparence de restitution après tant de calomnies et tant d'impostures. » (JovY, p. 331.)

Le Père Rapin, si mal informé d'ordinaire, doit l'être parfaitement en cette matière, car il nous répète évidemment les propos de ses confrères*. Le curé de Saint-Élienne conî ut sans doute ces accusations. Il avait été excessivement indulgent pour Pascal mourant, et sa conduite au point de ^ ue juridique pouvait en eftet donner prise à la critique. En un mot, il était impliqué dans une mauvaise affaire. On lui reprochait « quoique non janséniste, d'être gouverné par leurs aîiiis sans s'embarrasser de leur maximes ». Et on disait que Pascal s'était sauvé « de la paroisse de Saint-Sulpice, une des plus pures de Paris sur les opinions nouvelles, et la

seule presque zélée contre les jansénistes pour se cacher

dans un trou de faubouig unn de chercher un curé commode » (JovY, 336). Les ennemis de Pascal s'agitaient; fâchés de l'absolution qui lui avait été donnée et de l'épitaphe louangeuse qu'on avait placée sur sa tombe, ils agirent secrètement auprès de l'archevêque. Le curé de Saint-Élienne, qui lui-même nous conte ces détails, fut mandé : « M. de

Péréfixe, Archevêque de Paris, m'envoya quérir

m'ajoutant que plusieurs personnes lui avaient dit qu'il (Pascal) était mort sans sacrements et d'une manière peu chrétienne, et j'appris d'autre part qu'il était fort pressé par les ennemis du défunt de faire lever la tombe qui était sur son corps, ou au moins de faire effacer Pépita phe qui était dessus... »

Ainsi donc l'archevêque de Paris, Mgr Hardouin de Péréfixe, n'avait fait comparaître devant lui le curé de Saint-Etienne que « fort pressé » par les ennemis du défunt. Un parti manœuvrait donc, parti assez puissant pour faire agir lÂrchevêque. Celui-ci voulait savoir comment l'auteur des

1. Le P. Rapin que M. Jovy estime a un ccriAain remarcfuable et intéressant » rapporte sans le moindre esprit critique tous les racontars de la ville, il est persuadé que les premières et les dernières Provinciales ne sont pas de Pascal, que l'Apologie avait pour origine un ouvrage du P. Elizade, et autres énormités de ce genre. Que dirait-on si M^^ Périer avai t commis des erreurs aussi grossières ?

APPENDICE l\i'.)

Provinciales, janséniste noloire, avait éié absous sans qu'on ait exigé de lui une rétractation formelle de ses erreurs. On conçoit que « très pressé par les ennemis des j;insénistcs », l'archevêque n'ait vu d'autre manière de sorîir de cette airaire qu'en obtenant du curé de Saint-Etienne une déclaration publique arfirmant l'orthodoxie parfaite et autant que possible la rétractation de Pascal. On remarque dans les Mémoires du P. Beurrier que Mgr Hardouin de Péréfixe usa de toute son autorité et même en abusa pour arracher da Li.p. curé cette déclaration.

< Moiipiturl'Archevêque iii'obhgfo de lui donner ma réponsepaiécrit, s^i^née de ma main, et, comme j'y faisais quelque difficulté pour les conséqucucei^, vu que n'ayant point pris aucun parti dans toutes ces disputes, je tachais autant qu'il m'était possible, de réunir et d'accordf r ceux de l'un et de l'autre parti qui étaient mes paroissiens.

Monsieur l'Archevêque me jura qu'il ne ferait voir mon écrit qu'aux filles religieuses de Port-Royal qui avaient bien de l'estime pour monsieur Pascal, et suivraient son exemple et sa soumission, ce qui fut cause que je lui donnai; mais un mois après, il m'envoya monsieur ChamiUard, vicaire de Saint-Nicolas, pour me prier ei presser fortement que mon écrit fut publié ce que je refusai pour bomie raison, parce que j'avais donné jour et parole pour ime conférence dans laquelle se devaient trouver les plus intéressés pour terminer à l'amiable ce grand différend, et pour pacifier toutes ces disputes, ce qui fut empêché par la publication de mon écrit, qui fui même envoyé à Rome\ parce que les personnes des deux paiiis se mirent à gloser sur mon écrit, un chacun l'expliquant à sa mode et selon son sentiment, et plusieurs me vinrent voir pour me demander si c'était la réponse de monsieur Pascal, et l'expression de son sentiment ; et je répondis que oui assurément; plusieurs me dirent que j'avais mal pris sa pensée en me priant de ne pas trouver mauvais s'ils l'expliquaient d'une autre manière que je le faisais. Je leur répondis qu'ils le pouvaient faire et que je me contenterai d'avoii" écrit ce que j'avais écrit : quod scnpsi scripsi. » (Jovy, p. 498).

M. Jovy voit en ces dernières paroles une preuve de fermeté et d'assurance. Il semble au contraire que le P. Fjeurrier n'était pas sûr de lui-même et qu'il n'ait prononcé ces paroles u quod scripsi, scripsi » que pour n'avoir pas à donner d'explications précises dont il était incapable. Il n'avait

l. 11 est possible qu'on ait demandé de Rome des explications

4lG LA PRÉTENDUE RÉTRACTATION DE PASCAL

demandé à Pascal que des déclarations générales, et aucune véritable rétractation. Le P. Beurrier subit donc une pression assez forte de la part de l'archevêché. S'il refusa d'abord de signer une déclaration écrite, s'il s'opposa de toutes ses forces à la publication de cette déclaration, ce fut sans doute parce qu'aprcsles explications qui lui avaient été données par les jansénistes, il doutait lui-même de la rétracta lion de Pascal. S'il Cil était autrement, sa conduite serait inexplicable. Supposons que Pascal lui ait déclaré qu'il abjuiait le jansénisme, qu'il se soumettait aux décrets pontificaux, on ne conçoit pas comment le P. Beurrier n'aurait pas. devant les instances de l'Archevêque, déclaré catégoriquement que Pascal s'était rétracté.

Il devait le faire. Son devoir, en eiTet, était d'obéir et de rendre à la mémoire de Pascal l'hommage d'orthodoxie qui lui était dû. Encore une fois si Pascal s'était rétracté, le P. Beurrier, qui était honnête et qui avait beaucoup moins à redouter les jansénistes que leurs ennemis et l'Archevêque, aurait simplement dit : Pascal avant de mourir m'a déclaré qu'il condantnait les cinq propositions et la griice eificace telles que Jansénius les enseigne, et qu'il blâmait Port-Royal de son peu de soumission envers le Vicaire de Jésus-Christ qui est le Souverain Ponlile. Si Pascal, deux ans avant sa mort, avait déserté la doctrine et le parti jansénistes, ses amis l'auraient su ; il n'était pas si timide, il n'était pas homme à déguiser jamais ses véritables sentiments. Dès lors, après sa mort, il n'y eût pas eu de contestation, les partisans de Port Royal auraient déploré sa défection, et le P. Beurrier, au lieu de refuser de s'expliquer sur ses derniers senlimeiits. aurait signé à l'archevêque une déclaration catégorifjue.

-Mais, en conscience, le P. Beurrier ne pouvait pas agir ainsi. L'al)bé Maynard, si informé déjà sur toute cette atîaire, a remarqué avec finesse dans son chapitre « la prétendue rétractation de Pascal, n que le curé de Saint-Étienne, lorsqu'il fut délivré de toute contrainte, par la mort de l'archevêque, voulut retirer sa déclaration. Nous avons d'ailleurs cité les lettres où il reconnaît positivement que Pascal

APPENDICE Ix 17

aAait, il est vrai, manifesté sa parfaite soumission au Souverain Pontife, mais ne s'était pas rétracté. Les déclarations de Pascal étaient équivoques.

-Mais si ces déclarations étaient équivoques pour le P. Beurrier, nous savons par Thistoire, par les témoignaL'es de la famille Périer et des jansénistes, en quel sens il faut les interpréter. Ce que Pascal disait, de ses différends av -c Arjiauld et Mcole, des « guerres civiles de Port-Royal », le P. Beurrier l'attribua aux discussions sur la grâce et sur la doctrine de Jansénius. Pascal ne cessa jamais de réprouver ce qu'il appelait une lâcheté, c'est-à-dire la signature du Formulaire sans réserves expresses. Dans ses derniers jours, témoin de la fermeté des jansénistes et des religieuses de Port-Royal, il s'était rapproché et même réconcilié avec Arnauld et ?Nicole, sans que l'intimité ait été aussi complète, aussi entière que par le passé. Pascal regretta cependant les discussions violentes, les emportements auxquels il s'était laissé entraîner, les expressions presque injurieuses dont il s'était servi pour qualifier la conduite des jansénistes conciliants. 11 avait certainement eu des torts dans ces « disputes » : sa conscience délicate les lui reprochait et il s'en ouvrit au P. Beurrier. Il lui disait qu'il priait Dieu « de vouloir apaiser ces contestations fâcheuses entre des personnes doctes et de probité pour se joindre ensemble dans un même dessein de détruire Tinfidélité et l'hérésie. » (Jovv, p. 49 1-)

Pascal se convertit donc, en ce sens qu'il regretta ses procédés violents, et qu'après avoir été partisan de la lutte il désirait la paix et l'union. Mais il ne faisait aucune concession pour le fond des choses, il ne cessait pas de considérer la signature du Foimulaire comme une trahison, un abandon de la véritable doctrine, celle de la grâce efficace et de Jansénius. Et s'il se réconciliait avec Arnauld, Nicole et Port-Royal, c'est précisément parce que ces derniers avaient été contraints par les circonstances de refuser toute concession. Jacqueline, dans la lettre écrite à Arnauld pour protester contre les moyens de déguiser la vérité qu'employait Port-Pvoyal, déclarait préférer que le Mandement/iî/pzrc parce qu'au moins

4l8 LA. PRÉTENDUE RÉTRACTATION DE PASCAL

on le rejellerall avec une entière liberté. Le vœu de Jacqueline avait été comblé, le Maadeuieat était devenu pire, et on l'avait rejeté avec une entière liberté. Pascal, à qui sa sœur mourante avait léj^ué son esprit janséniste intransigeant, et qui n'était entré en lutte contre Port-Royal que parce qu'on acceptait une formule timide, se trouva réconcilié par la force des clioijs avec les jansénistes. Les derniers sentiments de Pascal nous semblent avoir été exactement déterminés par M. Périer.

« Quelques amis de M. Pascal etaut fâchés de le voir dans celte division avec ces Messieurs, voulurent tâcher de le détourner d'a.oir d'eux ces sentiments là, en lui représentant leur sincérité, et que, s'ils se trompaieui en croyant pjuvoir agir comme ils agissaient, leur cœur était toujours droit et porté à faire ce qu'ils croyaient devoir faire selon Dieu et selon leur cjuscience. Il répondit à cela que l'expérience s'en pourrait faire bientôt ; qu'il était bien certain qu'on ne recevrait pas leurs restrictions, et qu'on les voudrait obliger de s'expliquer clairement, et qu'on verrait alors s'ils souffriraient plutôt la persécution, que de rien faire qui pût blesser la vérité ; que, si cela était, ils étaient d'accord et les meilleurs amis du monde ; et eu effet il commençait déjà, lorsqu'il mourut, à être fort satisfait des Religieuses de Port- Royal, en voyant la manière dont ils avaient usé au Mandement des Grands Vicaires du Chapitre, en reiusant absolument de le signer, et ainsi il n'y a point de djute que, s'il vivait, il approuverait de tout son cœur la conduite présente sur le sujet de la signature, puisqu'elle est e itièrement conforme à ses sentiments, et qu'il serait plus uni que jamais avec MM. de Port-Royal, voyant la manière si généreuse dont ils défendent la vérité dans un temps où ils se voient menacés de la plus grande persécution qu'on leur ait encore fait souffrir ». (Jovv, p. 451.)

Toute la conversion de Pascal se réduit à cela. Il avait douté, de la loyauté et de la bonne foi d'Arnauld et de Nicole, il avait cru à la lâcheté du parti janséniste conciliant. Les événements lui donnèrent tort, et il revint envers les chefs de ce parti à des sentiments plus équitables. 11 reconnut qu'il s'était trompé, qu'il avait été trop loin dans l'invective, et il s'en confessa.

Le silence de Port-Royal, qui a donné prise aux critiques les plus sévères, s'explique assez bien pour deux raisons principales. Traversant une période de calme relatif, les jansénistes n'avaient aucunement intérêt à susciter de nouveaux

orages ; et d'autre part ils s'efforçaient de cacher autant que possible au public des discordes, des guerres intimes qui auraient réjoui leurs ennemis et scandalisé les fidèles mêmes de Port Royal. Les jansénistes avaient des'ennemis extrêmement puissants, ils n'auraient pu publier les écritsqu'ils tenaient du P. Beurrier attestant le caractère au moins très douteux de la rétractation de Pascal sans attirer sur le curé de Saint- Étienne et sur eux-mêmes des difficultés et des persécutions redoutables. Les Pensées auraient été condamnées, ou au moins n'auraient pu recevoir l'approbation des Évêques, s'ils avaient publié certains documents. Ils les conservèrent et quant à ceux qu'ils firent disparaître pour ne point perpétuer le souvenir de difficultés de famille, on ne peut le leur reprocher.

Nous croyons donc que l'opinion traditionnelle sur la prétendue rétractation de Pascal doit être maintenue. Cette question avait été traitée plus attentivement qu'on ne le croit par quelques pascalisants, par l'abbé Maynard entre autres. Les Mémoires du P. Beurrier ne changent rien au fond de la question. Cependant sur quelques points particuliers ces Mémoires et les autres documents inédits publiés par M. Jovy ont contribué grandement à donner une plus profonde intelligence de la vie, des sentiments, et des œuvres de Pascal. En renversant de fond en comble, au moins dans ses dernières années, l'existence de Pascal telle que la critique traditionnelle l'avait comprise, M. Jovy contraindra les Pascalisants à serrer de plus près les questions, et à établir plus solidement leurs conclusions ^

l. Nous voulons encore rappeler que Pascal a été janséniste (au sens hérétique) dans sa vie active et sa théologie, mais non dans sa vie mystique. Si l'on nous contestait la possibilité de cette distinction nous dirions : a II nous appartient, puisque sa prière est catholique et nous nous aganouillons dans sa cellule pour réciter avec lui le Mystère de Jésus, mais d'un autre côté, sa théologie n'est pas la nôtre, nous croyons, contre lui, avec Richard Simon, que le jansénisme touche au calvinisme.... Voilà, dans sa netteté brutale, la position du problème et voilà, du même coup, la distinction qui udus permettra de le résoudre. » Ces paroles sent de M. Brémond (L'inguiétud? religieme, 2e série. Li Conversioi de Pascal, p. 22); elles posent et solutionnent le « problème de Pascal » aussi lucidement que possible. Elles nous montrent qu'on peut soutenir que Pascal est anséniste et qu'il est catholique.

Avant-Propos. — Raison d'être et objet de l'ouvrage.

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