‹ Pascal; sa vie religieuse et son Apologie du christianismeChapitre 78 sur 118 · Abbé de Broglie, Questions Bibliques, p · texte numérisé non relu

Abbé de Broglie, Questions Bibliques, p

3o2 l'apologie du ciii\istia>(isme de pascal

intuition de l'avenir, par la grandeur et l'énergie de leur foi et de leurs espérances, aient préparé les voies à un génie unique; que celui-ci trouvant dans le livre sacré de ses ancêtres un idéal à accomplir, un rôle écrit à jouer, ait essayé de le réaliser et y ait réussi en partie, c'est assurément un fait exceptionnel, extraordinaire, mais non absolument inexplicable.

Si les prophètes n'avaient eu de l'avènement du Messie qu'une vue d'ensemble plus ou moins floue, s'ils n'avaient envisagé l'avenir que comme un âge d'or, comme une ère de conquêtes et de félicité terrestre dont le Messie devait être le héros victorieux, il ne serait point en effet nécessaire de conclure à une intervention, à une inspiration divines.

Toutefois ce qu'il y a non plus seulement d'extraordinaire, mais de vraiment surnaturel dans la vision des prophètes, c'est qu'elle n'est point restée dans le vague, c'est qu'elle a été précise au point de pouvoir déterminer le caractère souffrant du Messie et quelques-unes des principales circonstances de sa mission.

Nous rejoignons ainsi l'argument des prophéties de détail tel que Pascal l'a proposé. Mais cet argument doit être bien compris. Il serait inexact de s'imaginer que Dieu a révélé aux prophètes des détails précis et minimes de la vie de Jésus, sans leur rien faire comprendre à sa mission en général. Dieu ne joue pas avec les hommes, et ce serait une sorte de jeu que de leur révéler qu'un individu viendra, qui naîtra dans telle ville, à tel temps donné, qu'il sera de telle race, de telle tribu, que c'est à ces signes qu'on le reconnaîtra et qu'on devra l'écouter et lui obéir. Dieu agit plus souverainement, il a montré avant tout aux prophètes la grandeur, l'universalité, la divinité du rôle messianique ; la vision prophétique a été avant tout synthétique, mais elle a été néanmoins assez claire pour qu'un Isaïe, par exemple, ait pu — non pas sans doute assister à la passion du Christ, comme le disent de pieuses exagérations — mais voir Jésus bafoué, souffleté, méprisé et rachetant l'humanité par ses souiîrances. Et c'est cela qui est unique dans l'histoire des religions, qui est surnaturel, qui est divin, et nous estimons avec Pascal

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qu'il faut être aveugle pour ne point voir des signes si manifestes de la divinité du Christ.

« Dans ces promesses-là, écrivait-il, chacun trouve ce qu'il a dans le fond de son cœur, les biens temporels ou les biens spirituels, Dieu ou les créatures ; mais avec cette différence que ceux qui y cherchent les créatures les y trouvent, mais avec plusieurs contradictions, avec la défense de les aimer ^ avec l'ordre de n'adorer que Dieu et de n'aimer que lui, ce qui n'est qu'une même chose, et qu'enfin il n'est point venu de Messie pour eux ; au lieu que ceux qui y cherchent Dieu le trouvent, etsansaucunecontradiction, aveccommandement de n'aimer que lui, et qu'il est venu un Messie dans le temps prédit pour leur donner les biens qu'ils demandent ...» (675).

Les prophéties qui s'appliquent exactement au Messie étant quelquefois mêlées à des choses étrangères comme l'or au minerai, pourlesdiscernerparfaitement il faut savoir abstraire l'élément temporel qui est secondaire pour ne conserver que le spirituel *. Car il y a réellement et objectivement dans la Bible un sens, une signification spirituelle, qui a été réalisée par Jésus-Christ. Mais pour la reconnaître, il faut que l'homme ait le sens religieux, c'est-à-dire une aptitude de l'esprit à découvrir le divin, causée par les bonnes dispositions de l'âme et de la volonté . Les rayons X discernent l'or à travers l'étoffe qui le recouvre, le sens religieux discerne le sens spirituel de l'Ecriture Sainte sous le sens littéral et temporeL Ici encore nous rejoignons Pascal.

Les charnels qui ne savent voir qu'à travers leurs yeux de chair, ne verront pas la divinité de l'Ancien et du Nouveau Testament ; ils ne reconnaîtront pas que l'Ancien n'est que la figure du Nouveau, de même que le Nouveau est la perfection et la réalisation de l'Ancien. Les juifs, que l'amour pardessus toutes choses des biens temporels, de leur race et de leurs frontières aveuglait, ne reconnurent pas en Jésus et son royaume, le nouvel ordre de choses que leurs prophètes

1. M. Touzard distingue les éléments accessoires et les éléments essentiels. Cf. Revue du Clergé français, le"" décembre 1908, p. 536.

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avaient prédit; ce Messie universel et spirituel n'était pas celui qu'ils attendaient ; il était pauvre.

Cependant l'Eglise, instituée par Jésus, n'a pas eu d'autre but que de réaliser chaque jour plus parfaitement ce royaume spirituel et universel du Christ, et elle y travaillera jusqu'au second avènement du Messie. Ce qui s'oppose à cette action spiritualisante et universalisatrice du catholicisme, c'est toujours cet amour charnel des biens de ce monde, cet amour par-dessus toutes choses de la race et du pays. Les hérésies, le schisme grec et le protestantisme n'ont pas eu au fond d'autre cause. Il reste donc toujours vrai que ceux qui ne veulent pas voir ne verront pas.

La réprobation des juifs, en ce sens, qui est celui de Pascal, est aisément intelligible et acceptable. Trop attachés à leur sang, à leur terre, ils ne voulurent point du christianisme, ils n'eurent point le sens du mieux, du plus parfait, du divin. Le véritable esprit religieux, celui des prophètes et des saint*, l'âme de la Bible, passa chez les chrétiens, et de leur loi les juifs ne conservèrent que le cadavre :

€ Les Juifs avaient vieilli dans ces pensées terrestres, que Dieu aimait leur père Abraham, sa chair et ce qui en sortait; que pour cela il les avait multipliés et distingués de tous les autres peuple^, sans souffrir qu'ils s'y mêlassent; que, quand ils languissaient dans l'Egypte, il les en retira avec tous ces grands signes en leur faveur; qu'U les nourrit de la manne dans le désert; qu'il les mena dans une terre bien grasse ; qu'il leur donna des rois et un temple bien bâti pour y offrir des bêtes, et par le moyen de l'effusion de leur sang qu'ils seraient purifiés, et qu'il leur devait enfin envoj^er le Messie pour les rendre maîtres de tout le monde, et il a prédit le temps de sa venue.

» Le monde aj'ant vieilli dans ces erreurs charnelles, Jésus-Christ est venu dans le temps prédit, mëis non pas dans l'éclat attendu ; et ainsi ils n'ont pas pensé que ce fût lui. Après sa mort, saint Paul est venu apprendre aux hommes que toutes ces choses étaient arrivées en figure, que le royaume de Dieu ne consistait pas en la chair, mais en l'esprit ; que les ennemis des hommes n'étaient pas les Babjloniens, mais les passions ; que Dieu ne se plaisait pas aux temples faits de main, mais en un cœur pur et humilié ; que la circoncision du corps était inutile, mais qu'il fallait celle du cœur ; que Moyse ne leur avait pas donné le pain du ciel, etc.... » (670).

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L'aveuglement des juifs n'est donc pas une preuve de l'inutilité et de l'inexistence des prophéties, et l'argument traditionnel tel que Pascal l'avait exposé demeure essentiellement intact. Les prophéties sont vraiment une preuve des deux Testaments à la fois ; Jésus a vraiment réalisé et au delà de toutes les espérances, dans l'ensemble et jusque dans les détails, la vision que les prophètes avaient eue du Messie. L'homme au cœur sincère, qui cherche la vérité, ne doutera point que le christianisme ne soit la véritable religion.

« Ceux qui cherchent Dieu de tout leur cœur, qui n'ont de déplaisir que d'être privés de sa vue, qui n'ont de désir que pour le posséder, et d'ennemis que ceux qui les en détournent ; qui s'affligent de se voir environnés et dominés de tels ennemis ; qu'ils se consolent, je leur annonce une heureuse nouvelle : il y a un libérateur pour eux, je leur ferai voir, je leur montrerai qu'il y a un Dieu pour eux ; je ne le ferai pas voir aux autres. Je ferai voir qu'un Messie a été promis, qui délivrerait des ennemis ; et qu'il en est venu un pour délivrer des iniquités, mais non des ennemis... » (692).

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