MARSEILLE
HAKAIRE ET DELEUIL, LIBRAIRES,
Rue St.-Ferréolj 1.9. „ .
PWLIC LIBRARY
ASTOR. LEtmx ANI^ rtLDENFOQNaATieN$
Entre toutes les histoires , les plus attachantes sont celles des nationalités qui succombent et qui meurent. II est une sorte de sympathie qui honore le cœur de rhomme en Tinclinant vers la cause des opprimés. Les annales du monde sont remplies de ces plaintes douloureuses, oii les peuples exhalent par la voix de leurs orateurs , de leurs poètes et de leurs écrivains , les derniers accents de leur liberté détruite et de leur patriotisme comprimé par la violence.
Aujourd'hui , j'entreprends une histoire de la même nature : mais cette histoire offre des caractères différents. I>'abord , il ne s'agit que d'une nationalité modeste et qui, au point de vue général, a seulement une importance secondaire. Le triomphateur , ensuite , n'^est pas à proprement parler un étranger : loin de revêtir un aspect tyrannique et odieux, il semble au contraire se présenter sous les dehors d'un libérateur. Phénomène curieux , sans doute, et qui ne s'était pas encore vu l II était donné à la révolution d'opérer cette merveille d'une conquête aussi facilement acceptée en apparence , aussi simple ,
b INTRODUCTION.
aussi prompte , et de ne rencontrer devant elle que de» protestations timides et l'opposition d'un petit nombre de bons citoyens.
La Provence, bien qu'annexée depuis plus de trois siècles à la Couronne, avait conservé en droit son autonomie et ses franchises politiques. Les documents de l'époque attestant à quel prix souvent elle fut obligée d'en acheter le maintien ^ . Quelle que fût toutefois Tardeur de sa irésistance, elle n'arrêta pas son développement. Vers la fin du XVIII® siècle, et au sortir des guerres ruineuses de Louis XV, le pays jouissait d une prospérité qu'il n'avait pas connue jusqu'alors. Si le Tiers-Ëtat payait seul ou presque seul Timpôt, en revanclie il avait la haute main dans les affaires. On ne peut se défendre d'un sentiment d'admiration , quand on assiste aux généreux efforts des derniers administrateurs de la province , pour le soulagement el le bien-être du peuple. Jamais , chez nous , le patriotisme n'inspira les classes moyennes à un égal degré ; jamais il n'y eut un concours plus actif d'émulation en vue de l'intérêt général. Aussi , Portalis , énumérant en 1 787 tous les progrès réalisés dans les travaux publics , l'agriculture et le commerce , écrivait avec un légitime orgueil : « Qu'on ne s'y méprenne pas : on doit tous ces prodiges à l'énergie d'un peuple libre et k son amour sans borne pour sçs rois ; on les doit à l'heureuse Constitution de nos communautés, et à cette noble
* « Avant redit de 1771 , les États de Provence avaient déjà dépensé , pour le maintien du droit d'élection dans les villes et bourgs du Pays, 42,500,000 livres. » Essai sur l'histoire de la formation et des progrès du Tiers-État, par Augustin Thierry. Paris , Fume et Comp.% 1853 , in-S», page 232 , note i.
et sage économie qui a toujours distingué notre administration. Les grands États dans les provinces voisines , se sont livrés à la magnificence et au luxe. Dans une administration plus réduite , qui n'admet proprement à délibérer sur les dépenses que ceux qui doivent les payer, on a toujours senti qu'il en est peut-être des nations comme des particuliers , dont le vrai bonheur consiste dans la médiocrité de leur fortune ^ . »
Telle était la situation matérielle du pays à la veille de la crise. Saisi par ce spectacle, je me suis demandé comment un pareil régime put être sacrifié, sans coup férir, €n 1789 et 1790. Cette question m'a paru d'un intérêt assez grand pour être étudiée d'une manière spéciale, surtout dans un temps où l'histoire, mieux éclairée par l'expérience, s'affranchit visiblement des préjugés du siècle dernier, et devient chaque jour plus juste et plus vraie.
C'est à la traiter, en remplissant ainsi une lacune qui existe dans les écrits modernes sur la Provence , que je me suis appliqué selon mes forces datis ce travail. Dicté par une conscience impartiale et par des sentiments libres , il est en quelque sorte l'oraison funèbre de notre nationalité. Je n'essaierai pas d'exprimer ici les religieuses émotions qui m'ont accompagné dans mes recherches. Les souvenirs de la vieille indépendance de nos pères ont plus d'une fois , je l'avoue , fait battre mon cœur , excité mes regrets , et j'ai appris à aimer d'un
* Mémoire sur le projet de rétablir les États de Provence, Rédigé par PortaJis, en juillet 4787, sur l'invitation du gouvernement , ce Mémoire n'ajamais été imprimé. Nous en avons trouvé une copie dans une collection de documents que le président de Saint-Vincens a rassemblés pour les années 4787, 1788 et 1789. (Bibliothèque d'Aix).
8 INTRODCCTION.
amour bien vif les hommes dont la fermeté d'âme, ne se démentit pas dans des circonstances aussi décisives en présence du péril.
Au-dessus d'eux , il en est un qui les domine tous par la vigueur du caractère , par la noblesse du dévoùment , par Tardeur de la foi. Le nom seul de Pascalis est resté chez nous synonyme du vrai patriotisme. L'éclat de ses luttes , et le désintéressement de son sacrifice, sa vie, sa mort , le placent au premier rang parqoi les acteurs du drame. Il serait dijQBcile de résumer plus complètement, dans une simple figure, la physionomie morale des anciens temps , avec ses traits originaux. Plutarque dit au sujet de Démosthène : a La divine fortune qui avait marqué à cette époque le terme de la liberté des Grecs , fit seule avorter des entreprises si bien concertées. » Sans vouloir établir un parallèle, on pourrait dire également de Pascalis, que si la Providence n'eût arrêté dans ses desseins le châtiment de notre pays , tant d'efforts , tant d'énergie , tant de courage, eussent assurément mieux réussi. L'infortune de ce grand citoyen, loin de le rabaisser, ajoute à sa gloire. Il fut vaincu, mais il était digne de triompher.
Raconter la vie de Pascalis , c'est donc raconter là fin de la Constitution et de la nationalité provençales. Ces deux sujets, ces deux histoires, se lient par des rapports tellement intimes qu'ils se confondent. « Il y a toujours dans l'humanité , suivant l'image d'un publiciste moderne, quelques hommes d'élite et de foi, véritables piliers de l'univers ; qui portent le globe sur leurs têtes * . »
* Génie de la Monarchie, par M. Alexandre Weill, page 434, édition populaire. Paris ^ Dculu, 1850,
Chacun , à des degrés divers , représente une phase de rhistoire du monde. L'instinct des peuples ne s'y est pas trompé. Il n'est presque pas de grand événement , ou religieux ou politique , qui n'ait été personnifié dans un homme. Qu'il me soit permis de fournir ici de courtes explications sur l'origine de ce livre.
Je suis redevable à Tamitié de m 'avoir ouvert la voie. Membre d'une société de jurisprudence , je reçus de mes confrères, dans l'année 185SS, la flatteuse mission de faire l'éloge d'un des avocats qui illustrèrent jadis le barreau provençal. Le choix libre était laissé à mes sympathies : il ne fut pas douteux. J'ignorais néanmoins encore les trésors que j'allais être appelé à mettre en lumière. Pascaiis est mort à une époque oii Ton avait dautres soucis que ceux de conserver des renseignements biographiques. Alors il fallait dérober sa tête au glaive toujours levé de la révolution ; il fallait tout éteindre , jusqu'aux souvenirs , tout brûler, jusqu'aux matériaux de l'histoire. Malgré ces obstacles, j'explorai nos dépôts publics, je consultai les vieilles et poudreuses archives < , je dépouillai les papiers, les brochures, les pamphlets, les manuscrits du temps , j'interrogeai les traditions. Un heureux hasard me fit rencontrer l'exemplaire exact du discours d'adieu que le célèbre avocat prononça le 27 septembre 4790 à la barre du parlement , et le dernier arrêté de la chambre des vacations. De cette investigation , de cette
* Je dois ici Texpression de toute ma gratitude à M. l'archiviste du département , k M. le conservateur de la Bibliothèque Méjanes , et aux personnes préposées aux archives de notre Hôtel-de-Ville , qui m'ont communiqué avec la plus grande obligeance les documents dont j'avais besoin.
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enquête , le jour sortit enfin , jour assez brillant pour guider ma marche. Le rôle politique de Pascalis se dé* roula devant mes yeux ; son influence , son action , sa part dans les événements, se révélèrent. Je croyais n'avoir à, écrire qu'un éloge, et il se trouva que j'avais entrepris une véritable histoire.
Le travail rédigé dans ces circonstances n'est plus celui que je livre à la publicité. L'éloge a disparu, l'histoire seule subsiste. Des recherches plus complètes m'ont donné l'avantage de recueillir de nouveaux détails et d'offrir ici de plus larges aperçus. C'est la vie politique de Pascalis, mêlée aux derniers moments de la Provence. J'ai écarté de mon récit les faits qui ont été déjà longuement relatés , et qui regardent surtout le côté matériel de l'histoire. N'ayant pas à narrer la révolution dans ses effets, j'ai tâché de demeurer dans la région des idées et des causes.
Avant toutefois de peindre l'homme politique , il me semble utile de résumer en peu de mots , ce que je disais ^u sujet de l'avocat et du jurisconsulte.
PASCALIS (Jean- Joseph-Pierre) était né à Eyguières * , le 6 février 1732. Sa famille avait pris son origine à Allos (Haute-Provence). Vers l'année 1400 , un de ses membres l'avait établie dans la communauté d'Eyguières, où depuis lors elle resta fixée. Elle n était pas riche , mais elle jouissait d une honnête aisance. Elle appartenait à cette bonne bourgeoisie du second ordre qui , au milieu de la corruption du XVIII® siècle , savait garder le respect des principes ; classe précieuse par son dévoûment,
^ Eyguièrfs, prts Salon (Provence).
nîTROOUCTlON 1 1
libre par ses mœurs , inflexible dans sa foi , chez qui la modestie des goûts était le sûr garant d'une intacte probité , et dont l'ambition , avec ses habitudes serviles, n'avait pas altéré le vieil esprit d'indépendance ^ .
Pascalis puisa dans une éducation austère, ce sentiment impérieux du devoir qui ne cessa d'être le mobile dominant de sa vie.
L'heure oii il lui fallut choisir une carrièro arriva bientôt: il la trouva toute tracée. Un de ses oncles, Jean-Baptiste Pascalis, avocat causé au bari*eau d'Aix, le reçut chez lui ^t fut son maître et son guide. Le 16 juin 1751, le jeune étudiant subit les épreuves de la licence; le 18 juin, il prêta le serment professionnel d'avocat au Parlement.
Nul n'ignore par quels labeurs persévérants et dans quelle silencieuse solitude , les anciens jurisconsultes se préparaient à leurs débuts 2. Pascalis ne se montra pas moins réservé que ses devanciers. On a de lui plusieurs consultations , oîi l'on voit sa signature s'abriter timidement sous celle de son oncle. Longtemps encore sa modestie le fit recourir à ce patronage. Une fois en pleine possession de lui-même, il parut au palais, et il ne tarda pas à s'y poser non loin des maîtres.
C'était le temps où le célèbre Pascal 3, encore dans la vigueur de son génie, fesait l'admiration et l'honneur de
* On pourra lire aux Pièces justificatives n"* \ ^ quelques renseignements sur la famille de Pascalis.
I$e voulant pas trop surcharger de détails celte courte esquisse , j'ai cru devoir renvoyer également à la fin du volume , certaines observations et certains traits relatifs k la vie de Pascalis comme avocat.
* Voy. Pièces justificatives , n° 2.
. 3 Pascal (Jean-Jacques)^ né à la Seyne, près Toulon, en l'année 4701 , reçu avocat au Parlement de Provence en 1720, mort à Aixen 1772, le 24
la Provence; oii Colonial, par sa parole brillante et persuasive, méritait d'être inscrit parmi nos plus remarquables orateurs ; où une génération mieux initiée aux secrets de la langue , s*élevait au sein du barreau d'Aix , forte déjà des leçons du présent et riche des promesses de l'avenir. Quel temps , n*est-ce pas ? et quels hommes ! Pazery2,Pascalis,Barlet3, Gassier^.., tous avocats éminents, tous fervents patriotes, tous, sauf un seul qui, par les nécessités de son rôle, fut amené à défendre la cause des possédant-fiefs , n*ayant qu'un drapeau, celui de la réforme; qu'une ambition, celle d'effacer les abus incompatibles avec la raison et avec les moeurs ; qu'un but , le maintien de la Provence dans ses droits constitutifs. Peu d'années après, Portalis ^ se plaça d'un bond à la tète de
février. A la nouvelle de sa mort, le Parlement, qai tenait audience, la leva sur-le-champ en signe de deuil. Nous possédons une consultation du 43 mars 4774 , signée par Pascalis, Pascal, Pazery et Gassier.
* De Colonia ( Joseph-Jules-François ) , avocat au Parlement de Provence, professeur en droit k FUniversité d'Aix, né k Aix en 4746, mort dans cette ville, le 23 mars 4766.
* Pazery (André) , né k la Tour-d' Aiguës en 4721, reçu avocat au Parlement en 4744 , assesseur d'Aix eu 4762 et 4763, professeur en droit k l'Université d'Aix, mort dans cette ville, le 24 mars 4807.
« Barlet (Antoine-François), né k Si8teronle26 mai 4732, reçu avocat en 4754, assesseur d'Aix en 4775 et 4776, mortkSisteroneul'an VI. Comme Pazery , Barlet excellait dans la consultation. On raconte que des avocats étaient réunis pour conférer sur une affaire difficile. Les opinions étaient trèsliésitantes, lorsque Pascalis s'écria en Provençal :«I1 n'y a que la grosse tête de Barlet qui puisse nous tirer d'affaire ; allons chez lui. »
* Gassier (Jacques)^ né k Brignolcs le 46 juillet 4730 , reçu avocat en 4755, syndic de robe de l'ordre des .possédant-fiefs de Provence, nwrt k Aupsle23 août 4814.
^ Portalis ( Jean-Étienne-Marie) , né au Beausset le 4" mai 4746 , reçu avocat en 4765, assesseur d'Aix en 4779 et 4780 , successivement memhrc' du Conseil des Anciens, Conseiller d'État et.ministrc des cultes sous l'empire, mort k Paris le 25 août 4807.
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cette phalange illustre qu'allaient accroître Dubreuil ^ et Siméon fils. ^ Son entrée au barreau produisit une révolution. Il venait .consommer ce beau mouvement qui tendait à introduire au palais l'ampleur des vues, la précision du style et une méthode vraiment philosophique.
Pascalis occupait alors le rang que lui avaient assigné dès lorigine ses merveilleuses qualités. Quoique plus avancé dans la carrière , il lia des rapports d'amitié avec le nouvel émule qui surgissait près de lui. Ils étaient dignes de s'estimer, ils étaient capables de se comprendre. . Leurs talents étaient divers , mais leurs âmes s'accordaient dans les mêmes convictions et dans les mêmes croyances. Pascalis , homme d'action , avec son cœur de feu et ses allures brusques et véhémentes, trouvait dans Portalis des manières simples et modestes comme les siennes , unies à la sagesse d'un penseur et à la vive pé* nétration d'un moraliste. Nous aurons plus d'une fois l'occasion de constater cet accord de principes et ces différences de caractère, quand nous aborderons la sphère agitée des événements politiques.
* Dubreuil (Joseph), né k Ajx le 22 juillet 1747, reçu avocat en 1766, assesseur d*Aix en 1785 et 1786, plus tard maire d'Aix en 1815 pendant les Cent-Jours ^ mort dans cette \ille, le 5 juin 1824. Dubreuif est l'auteur de deux traités très-estimés , intitulés : Législation sur hs enux, et Ohservalions sur quelques coutumes de Provence. ( Voir la notice historique par M. Charles Giraiid , qui précède un« nouvelle éditiwt de l'ouvrage de la Législation sur leêeaux, publiée par MM. Tardif et Gohen^ avocats ; 2 vol. in-8<»,Aix, Aubin, 1842).
« Siméon (JosepMérôme) , né k Aixle 30 septembre 1749, reçu avocat en 1769, assesseur d'Aix en 1783 et 1784, plus tard député au Conseil des Cinq-Cents, membre du Tribunal et du Conseil d'État, ministre de la justice ei de l'intérieur du royaume de Westphalie, préfet du département du Nord et ministre de l'intérieur sous Louis XVHI, pair de France, etc., mort a Paris k 19 janvier 1842.
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A ne couâidérer que les mémoires juridiques de Pascalis , il serait assez difficile de déterminer aujourd'hui exactement la nature particulière de son esprit. Un siècle presqu' entier 8*est écoulé depuis leur apparition. Ils empruntaient leur intérêt aux circonstances ; or, ces^ circonstances sont ignorées pour nous. Certes, aucun de no3 travauii modernes , sur la jurisprudence , ne saurait être comparé à ces mémoires au point de vue de la science des textes et de la profondeur des aperçus. Chacun d'eux était un traité complet sur la matière. On est effrayé , lorsqu'on parcourt ces immenses reoueils diargés d'une érudition devenue stérile , et oit semblent accumulés les lsJ)eurs de [Jusieucs générations ; mais, si étonnant que soit leur mérite, ils ne peuvent nous donner la connaissance précise des qualités qui distinguaient leuv auteur.
Heureusement, la tradition vient à noire secoues. Plus de soixante années Tout affaiblie sans la détruire. Après avoir interrogé les anciens, je reproduis ici le portrait qui ressort de leurs souvenirs.
Pascalis a été grand avocat ; néanmoins il a été plus encore graad jurisconsulte. Il était même apprécié par ses rivaux au barreau d'Aix, comme possédant une supériorité mcontestabl^e de savoir. Le nombre de ses factums imprimés ou manuscrits est prodigieux. Il était peu d affaires dans lesquelles Tautorité de son nom ne fût chaudement disputée par les deux parties. On sait qu*il signa avec Portails , Siméon , Pazery, Barlet , Siméon fils ^ , le fameux Mémoire pour M"® de Marignane, où les désordres^
* Voy. Pièces justificaHves, n» î.
<fe Mirabeau étaient représentés sous un jour si accusateur. Nul mieux que Pascalis n'excellait dans Part de conduire un procès , d'en embrasser tous les moyens ; Bul ne traçait plus sûrement la route qu'il fallait suivre. Aussi sa logique était-elle redoutée. Cette impression s'explique du reste, lorsqu^on pense que Pascalis avait la réputation, de ne vouloir jamais se charger d'une mauvaise affaire.
Il est également certain que Pascalts jouis^it à la* barre d'une position très élevée; Il y brillait surtout par la force pressante de sa dialectique et par les ressources infinies de son érudition ^ . Cependant , d'autres peut-être avaient le pas sur lui, quand il était nécessaire de combattre à l'aide des seules armes de Téloquence ; ainsi, 6assier,.qui le premier improvisa entièrement se& plaidoyers avec une admirable élégance , et Portalis , qui tout en se préparant au discours par de consciencieuses études, laissait ses auditeurs enebantés^par la grâce pap* faite de son élocution.
Les contrastes qui résultent de ce parallèle n'ont pas lieu de nous surprendre. Pascalis était véritablement un caractère. Tel qu*il se montrait sous ses dehors rudes et énergiques , ardent, passionné , loyal , indépendant par natuve et par principe , ne sachant déguiser ses sentiments , Pascalis offrait bien le type du citoyen provençal et il en personnifiait les mceurs. Homme du Midi, il avait toute la chaleur de son soleil. Peu soucieux des délicatesses de la phrase ,. doué d'une puissante facilité de conception , il allait droit au fait , il éclaircissait d'une
* Jbid., ip 4.
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parole les sujets les plus compliqués et les plus obscurs. Souvent , en quittant la barre , et rendu à ses habitudes d'intimité, il aimait à s'exprimer dans la langue provençale , et alors rien n'égalait la vivacité piquante de sa verve. On n'a pas oublié au palais plusieurs mots de lui qui se sont transmis jusqu'à nous.
La nature l'avait favorisé de ses dons. Il avait une fi* gure noble, fièrement accentuée; sous ses épais sourâls jaillissait le trait lumineux de son r^rd ; dans sa physionomie se reflétait la véhémence d'un cœur qu'exaltait l'amour du bien. ^ Sa haute stature lui donnait un certain air de majesté qui imposait. Mais ces avantages ne trouvèrent dans lui aucune secrète complaisance à les faire valoir. II était d'une simplicité presque rustique ; il ne demandait pas aux agréments de la forme l'art de séduire ceux qui venaient le consulter.
Tel était l'homme qui était destiné à soutenir les antiques libertés provençales contre l'égoisme et l'aveugle-^ ment des partis que l'intérêt mit en lutte aux approches de 178^. Formé de bonne heure à l'étude de notre droit municipal, Pascalis apportait dans l'action les trésors de patriotisme que sa longue expérience des affaires avait achevé de développer. En 1786, il touchait à ce moment de la vie , où l'esjM^it humain semble recueillir en lui toute sa sève, avant de descendre la pente de la vieillesse. Il était libre ; il ne s'était pas engagé dans les devoirs du mariage, il pouvait donc se consacrer à son pays.
Non-seulement il s'y consacra , mais il y sacrifia son repos, sa santé ; il poussa l'immolation au point de pré-
* Voy. Pièces justificatives j n* 5.
férer mourir plutôt que de paraître manquer à ses principes. 11 combattit pour le salut de la Provence ; il tomba avec la Provence et pour la Provence*. Sa mort fut la mort de notre pays , la mort de nos libertés.
Ici finit Tétude de l'avocat ; celle du citoyen et de son époque commence.
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DE Li CONSTITUTION PROVENÇALE.