Eu l'Hisioirc des Ursins, sous l'an 1413, p
DU Parlement de paris. 53
niers au Louvre, qu'on vouloit exécuter le lendemain * ; et mettre la Bastille es mains de monsieur le dauphin qui la bailla au duc de Bavière en dépossédant le duc de Bonrgon^e ; deschargea la ville de la plus part do ces séditieux , leur ayant à cette fin fait laisser les portes ouvertes afin de s'enfuir; changea et remua la plus part des officiers qu'il y avoit mis, et en establit d'autres en leurs places; deslivra en ce faisant la ville de la captivité en laquelle elle estoil , sans gtie personne eust été frappé, pris y ny pillé; et si eust la hardiesse de tirer le roy des mains du duc de Bourgongne , qui sous prétexte de le mener à la volerie le vouloit enlever , afin de commander en son nom , ainsi qu'il avoit fait auparavant. Br^, il fit luy seul en une semaine plus que dix mille ^hommes de guerre et cent des meilleurs conseillers de la France n'eussent sceu faire. Ce fut en la première sepmaine du mois d'aoust de l'an lAi 3 , auquel temps il fut aussi faict chancellier de monsieur le dauphin duc de Guyenne. £t s'il eust esté creu en ce qu'il proposoit de l'oubliance et admnestic des inj ures passées , et de toutes choses qui avoient esté dites et faites auparavant ce temps tant d'une part que d'autre , les maux et désolations du royaume qui ensuivirent peu après , ne fussent iamais advenues.
Mais puisque nous en avons tant dit, comme on ne sçauroit trop parler d'un si noble personnage, il faut encores que vous sçachiez qu'il fut aussi père de messire lean luvenal des Ursins, seigneur de Traignel, chan*
1, En YHistoire des Ursins, pages 330« ^^V, eVc.
j4 diai.(k;lë des âuvocats
cellier de France du temps du roy Charles Vil» el de messire lean luvenel, evesqae etcointedeBeauvais, et depuis evesque et duc de Laon , et encore après archevesque de Rheims S et de plusieurs antres enCans, iusquesà unie, tous grands et bien pourreua, seloa qu*H se voit en leur chapelle derrière le chcenr de FegUse Nostre-Dame de Paris ^ où il y a qu*il maorat k Poictiers le iour de Pasque, premier d'avril l'an 1A31. Ce qui monstre qu'il s'estoit rendu au parlement de Poictiers, abandonnant celuy de Paris, lequd eytoit lors en la puissance des Bourguignons et des Angkôs. Au surplus ne trouvez point estrange, si ie ne voqs ay pas parlé de M. lean Andriguet , lequel fut pris pour advocat du roy au proccz que l'on voulut fa^ à nosire messire lean luvenel; d'autant que les advocats et procureur du roy, tant du parlement que du cbai^det, sçacbans son innocence , n'y voulurent point prendre conclusion ; car cet Andriguet n'est mémorable qu'en ce seul acte. le doute aussi si ie dois mettre au nombre
1. Ccsi raiitheur de THistuirc de Charles VI cV'dcvaat aUéguée. 11 .1 Fait plusieurs autres œuvrei;, dont M. Th. Godcfroy, advocat en la cour, nous a donne queUque» fragmens en ses anoouiiona sur celle histoire; mais il y a un manuscrit, dans la bibliothèque du roy, d'une rcmunttrance qu'il fit au roy Charles VII, où se trouvent CCS mots rcmartiuables : On m'a rapporte, dit-il, auU y a en vostn conseil un qui en l'ostrv pn'scncc dtt^ à propos ac lever argent du peuple, duquel on alléguait la pauvreté , que }ieuple tousiocm crie et se plaiut, et lousiours paye; qui fui mal dit en vostre présence, car c*cst plus ftamlt* qui se doit diiv m présence d'un tyran inhumain, non ayant piliV» et comfwssinu du peuple, que de vous qui estes roy tir^ rhrestien. Quelque clio<e qu'aucuns dient de vostre puissance ordinnitr^ uom.v ne pn^ivez pus prcftdre le mien. Ce qui est niirn, n'est pouit voHtre. Peut iicn cstre qu'en In in^lire inms estes souverain, et t*// Jf /r.iAort à vous. Vous ave» vos;n- lU inuiuc. et chacun particufffr If hicn.
de nos ^dvocats deux hoaiines fort renomroei ao raesme temps, maistres lean Rapiout et Nicolas Raulin S tous deux ayans exercé la fonction d'advocat en ce parlement , mais qui s'advencèrent aux estats et aux biens, par les factions et dlTÎsions^ qui régnment lors. Rapiout en celuy de président de la cour ^, par la faveur de la reyne et dtt due de Bavière, son frère, lequel avoit auparavant fait monstre de son bien dire en une assemblée tenue en l'hostel de ville sur le faict de la paix d'Auxerre d^entre les princes ; et fut depuis commis contre Raulin pour la dispute de la plus grande question qui se présenta lors, sçavmr, lequel il valoit mieux, ou que le roy s'accordast avec le roy d'Angleterre qui lors env»« bissoit qnaM tout ce royaume , afin d*en conserver uno partie et le titre au roy ; ou bien de se joindre avec monâeur le dauphin son fils, qui fut depuis le roy Gbarke VU, lequel estoit tellement chassé de toules parts, qu'il ne possedoit quasi rien. Raulin qui estoit du conseil du duc de Bourgongne, soustenant qu'il estoit plus expédient d'avoir paix avec l'Ânglois, voire en iuy quittant beaucoup du domaine du royaume qu'il demandoît : et Fautre soustenant au contraire^ que non seulement le roy ne pouvoit rien aliéner , voire mesme
1. Mîraaaioat dit qu'il fut commis par la coor à l'ufiice d'advocat du roy, le 19 juillet 1420.
2. Miraumont et Blanchard esrrivcnt qu'il fut f;iil tiers-prcsidcnt en l'an 1418, Pfailippes de Morvillicr.-!, dont est parle cy îiprcs, estant fsiït premier président. Par après il fut hailly, on, connne dit Blanchard, lieutenant gênerai de Sens, j»uis rrceu ailvccal du roy le 3 février 14^1 au parlement tenant lors à Poiciicrs, à 400 livres de ga§cs, et à la char{;e qu'il n'uuroû pension^ ei ue «ccoVL 4% Wvs«ilatioitf qofi du roy.
quand il seroit en son bon sens ; mais aussi qu'il n'y avoit aucune seureté en ce que TAnglois promettroit , n'estant point vray ny légitime roy d'Angleterre S alleguans l'un et l'autre plusieurs autres raisons discourues en nos histoires. Et c'est ce Raulin qui estant chancellier du duc de Bourgongne se combla de tant de biens, que son maistre fut enfin contraint de luy dire : C*est trop, Rauiin: laquelle parole fut si bien relevée par M. le chancellier de l'Hospilal , quand il dit en une sienne harangue , qu'il aimer oit tnieux la pauvreté du président de la Vacquerie, que d'avoir les bien$ du chancellier Raulin. Et d'ailleurs ce niesme Raulin fut si impudent que de requérir devant le roy d'Angleterre, qui se portoit lors régent du royaume, que monseigneur le dauphin fust privé et exheredé da royaume, et d'en faire donner uningement , estant en ce assisté de M. Pierre de Marigny soy disant advocat ^,
1. II entend parler rîe Henry V de la maison de Lancastre, duquel le pcre, comme cn8ci{]nc Monstrclet, en son 1*' vol., cbap. 101, sous l'an 1412, pour venir, dii-il, à thonm-uv de possession de la couronne du r&yaume d Angleterre., avoit jadis par certains moyens assez cstranges et peu honorables débouté aiceluj royaume son propre cousin germain Richard^ roy d Angleterre, après qu'il en avoit possédé paisiblement t espace de vingt- deux ans. Et peu après, le fils qui avoit emporté la couronne de sou père, luy en voulant faire ses excuses sur ce qu'on luy avoit dit qu'il estoit mort, après qnoy sa couronne et le royaume luy apparicuoient , le mesme autheur fait ainsi parler le père au lils : Beau fils, comment y auriez vous droict, carie n'en y eus oucgues point ? •■—Et savez-vous bien, monseigneur, respondit le prince, ainsi que vous tavez tenu et gardé à l'espee, c'est mon intenthn de la garder et deffcndre toute ma vie. — Ei adonc, dit le roy, or en faites' comme bon vous semblera; je m'en rapporte à Dieu du surplus, auquel te prie qu'il ait mercy de moy,
2.* Miraumont dit qu'il fut advocàt dti roy par nouvelle ordon* nance du 22 millet 1418, lors de la facûou d« fiour^o^ue^ cl fint
et de lean Aguenin , procureur du roy * , qui estoient aussi k)rs advocals en ce parlement, et fut depuis Aguenin président. G*est aussi ce mesme Raulin qui fit bastir ce bel hospital du Beaune , lequel par un iuste ingénient de Dieu sert maintenant de retraitte à quelsques uns de sa postérité ; tant est grande la pauvreté et nécessité à laquelle ils sont réduits.
Outre les susnommez il y avoit encores en ce tempslà M. Pbilippes de Morviiliers, qui fut envoyé à Paris par la mesme reyne et le duc de Bourgongne avec messire Tean de Nenfchastel , seigneur de Montaigu , peu auparavant la prise et le massacre du comte d'Ârmagnac , connestable , de messire I|enry de Marie, chancellicr de France * , de plusieurs prélats , officiers du roy , et autres infinis , dont nos histoires sont r*emplies ; et qui sont choses si horribles pour ce regard , que ie ne sçavois si ie devois mettre au nombre de nos advocats une partie des susnommez. Mais ie n*en puis oublier quatre ou cinq autres qui sont environ du mesme temps, c'est à sçavoir M. Guillaume Gousinot S que M. lean luvenel
depuis maislre des rcquestes et garde de la prevosté de Paris, le 3 may U21.
1. Miraumont et Blancliard disent qu'il fut esleu procureur gênerai par le parlement, du consentement de M. le dauphin et du duc de Bourgogne, par le decez de M. Denys de Mauvoy. Depuis, en 1420, il fut receu second président en parlement. La Roche- Flavin, eo son Traité des parlemens , p. 129, escrit que son eslection en la charge de procureur gênerai se fit, comme il se faisoit lorSy le chancelier présent et les presidens tenans le scrutin.