‹ Pasquier: ou, Dialogue des advocats du Parlement de ParisChapitre 31 sur 92 · En 1554. (M · texte numérisé non relu

En 1554. (M

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Longuejoue, advocat du roy à Rouen. Bref, Testât d*ad¥Ocat estoit alors si honorable , .que toute la îeanesse la mieux instruite , voire des meilleures maisons de la ville, tendoit à faire montre de son esprit en cette charge , avant que de se mettre aux offices de conseillers ou autres ; et n*y avoit quasi que ceux qui se défiaient de ieur industrie et capacité qui en achepta^ssent : car , de vérité, on commençoit deslors à les vendre, ou pour le moins ^ prester de l'argent au roy, qui puis après le rendoit

Or, entre les advocats, celuy qui tenoit le premier lieu des consultans estoit feu M. Matthieu Chartier , père de feu M. Chartier, qui mourut doyen des conseillers du parlement, et qui , pendant la Ligue , ayant esté fait premier président par M. de Mayenne, suivant l'esiection qui en avoit esté faite par la Cour, se bannit volontairement du Palais, sans y vouloir retourner, iusqu'à ce que Dieu nous ayant fait la grâce de réduire la ville en Fobéissance du roy, il reprit plus volontiers sa place de conseiller ^ que Thonneur de premier président, qui luy avoit esté ainsi déféré. Son père donc estant, en mon ieune aage, fort ancien advocat, ne venoit plus gueres au Palais; mais le Palais, s'il faut ainsi dire, alioit chez luy : car il estoit comme l'oracle

1. Pagquiêi*, liv. xvi de ses Lettres, p. 243, racontant à M. Th. Pasquier, son tils, ce qui se passa an restablisscment du parlement à Paris, après la réduction de la ville en l'obéissance du roy Henry IV, où il parle du serment que renouveliereut messieurs de la cour devant M. le chancelier: Le nremier, âÀuW, fut M. Chartier, non en qualité de président, dont il avoit esté honoré par M, de Mayenne^ ains déplus ancien conseiller.

de ]a Ti'lle , à cause tant de son sçaToir, expérience et long usage , que de sa preud*honimie et intégrité de sa \w. On disoit de luy qu*il donnoit tous les mois cent francs à la boiste des pauvres » du gain qu'il faisoit en sa vacation*; aussi n'y avoit-il lors gueres d'autres consuitans que luy, et M. Goyet, advocat du roy au Chastelet et pareillement advocat en la Cour, son voisin, lequel il faisoit quelquesfois appeler en sa maison ; car maistres lean de Bnou, François Brodeau, Quichy, Boivin, Michon, Bodin, Guédon, Ravel, Spifame, Danquechin , Le Faure , Le Selier, Boileau , Piedefer, Rapouël, Bariot et autres anciens advocats de ce temps, n'y estoient pas beaucoup employez. — Et quant à ceux qui tenoient le barreau et paroissoient plus en la salle du Palais, c'estoient maistres Pierre Seguier, Chistophle de Thou , Denis Riant , Jacques Aubery , Anne de Chappes, lean des Vaux, Guillaume Boucherat, Pierre Rebours , Charles du Moulin , François de la Porte , lean de Sainct-Mesloir, Pierre Robert, Léonard Goulas, Baptiste du Mesnil, Laurens Bechet, Clément du Puy, François Moulac, Jacques Canaye, Claude Mangot, lean Gillot, Journée, Regnard, des Ombres, de La Vergne,

1. M. Guillaume loly, lieutenant gênerai de conestablié, gendre de l'auiheur, a remarqué semblable chose de M. Guy Coquille, sieur de Romenay, advocat en parlement, et procureur fiscal du Nivernois, dont il a escrit la vie, imprimée au commencement de ses Commentaires sur la Goustume de Nivernois, disant au il décimait son gain mis en bourse, pour les pauvres honteux, dont tl senquestoU bien soigneusement, ne manquant point de leur payer cette disme, ainsi f/Hune chose due, par sepmaine ou par mois. Ainsi M. Manguin, aussi advocat en la cour, decedé depuis nostre autheur, donnoit aux pauvres tout ce quHl gagnoit aux fettes et dimanches.

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Malet, et autres en si grand nombre que le crains d'ctt avoir oublié, qui meriterotent par adventure mieut d'estre nommez qu'âncon de ceux qui sont en ce ro(^. Ceux de mon temps furent maistres François de Monthdott, Piéire Versoris, lean de Villecoq, laoques Brousse! , Pierre Rigolet, Louis Aleaume, lean David, .Louis Desport^, Jacques Dennet, leanBacquet, Goitbie, Breban et Mancbevelle. — Ceux qui vindrent depuis mojf .soiu maistres Barnabe Brisson, Renaud, Loiseau, Pierre Airaud, Claude du Buisson, René Bautru, dit des Motras, Pierre Pithou, lacob du Val, Theroude, Martine, Buchape^ Assdine, les Amelots, Escorchevel et quelques autres qui sont tous décédez ; — car, quant à ceux qui sont vivans en assez bon nombre, ie n*en veux et n'en puis rien dire pour le présent , ny pareilledaent d'un grand nombre qui se retirèrent du Palais pour s'en aller en leur pa& on ailleurs, à cause de Terection des jsieges presidiaux aux principaux baillages et senechau»jsées de ce royaume , ou qui furent pourveus de divers offices; ce qui donna courage à ceux qui demeurèrent icy, et mesmement à moy, pour l'espérance que i'eos d'y estre plus employé que devant, comme de faici il m*advint. l'entends donc vous parler le reste de cette après-disnée de tous ceux qui estoient lors au Palais et y demeurèrent et de ceux qui y sont venus depuis , et vous en dire franchement le iugement que l'en faisois , dont vous penserez ce que vous voudrez , car vous en avez Veu et connu une bonne pariie : et eu ce subjet il est loisible à ttn chacun de dire librement ce qui loy en semble, sans que personne s'en doive oiïeuseï*.

Premieremenl , quani à ceux de la première classe, puis que i*ay fait CJette division, ie vous ay desia parlé de M. Matthieu Chartier, que i*ay mis pour le premier de nostre ordre ; car pour ce qui est de M. Noël Brulart, qui avoit Aussi esté advocat, fil estoit lors, comme ie voils ay dit , procureur gênerai ; et comme (e magistrat fait eognaish*e Vhomthe^ aussi fit-il paroistre en cet estât quel il estoit , et plus beaucoup qu'il n*avoit feit eii celuy de simple advocat, car il Texerça avec une telle intégrité, prend'hommie et anthôrité, et a rendu âa mémoire si recommandable qu'elle a serVy eè servira d^exetnple et de patron à tous ses successeurs procureurs généraux , particulieremetil en ce que venant de bon matin au Pdlais , il alloit par les chambres voir si chacun feisoit soh devoir ; et s'il troUvoit aucuns de messieurs hors d'icclles, causans ou allans de chambre en chambre, il les regardoit de tel œil, que sa seule contenance et gravité les faisoit retirer et ooiltenir en leur devoir; aussi senAle-t'i! qu'il y a eu de la bénédiction de Dieu en sa maison , non pas qu'il y ait acquis dé grands biens , comme ont depuis fait ses Successeurs (car i'ay appris qu'il mangeoit son bien en cet estât), inais en ce que tons ses enfans depuis son dece^ ont esté advancez aux plus grands offices et bénéfices de ce tDyaume, l'aisné ayant esté chanoine de Paris, abbé de trois abbayes, conseiller en parlement et depuis maistre des requestes; le deuxiesme, premier président au parleihentde Dijon; et le troisiesmé, secrétaire d'eslat.

il y avoit aussi M. Pierre Brulart qui estoit lors ad^ yocotties partie^ et sobftitut de M. ie ^roctiK^uic ^fis^^

rai son cousin , qui fut bien tost après pourveu d*un office de conseiller, et puis de président en la S'^ chambre des enquestes , laquelle il régla si bien en la disci- {^ne de la Cour, qu'encores auiourd*huy e!le a le renom d'une des meilleures chambres da parlement Néant* moins avant que de quitter la fonction d*advocat, il 8*estoit employé aux plaidoiries ; et m'est tousiours souvenu d'une cause solennelle que luy et M. des Ombres plaidèrent , laquelle on appela la cause du Te Deum iattdamits. . — Quelle espèce de cause estoit-ce que vostre Te Deum iavdamtis? dit mon aisné; ie vous prie , apprenez-nous cela en passant , vous reprendrez bien tost après le fil de vostre discours. — le vous le diray, dit-il, car le conte est assez plaisant et reveillera quelqu'un , auquel le roole de tant d'advocats que i*ay nommez pourroit avoir esté ennuieux. Un chanoine de Chartres avoit ordonné, par son testament, qu'on chantast un Te Deum en l'église, aux iour et heure de son enterrement; ce que i'evesque Guillard trouva» non seulement nouveau, mais aussi si scandaleux, qu'on luy refusa ce qu'il desiroit, alléguant que c'estoit un hymne de louange et de resioûissance non convenable au service des trépassez. L'autre au contraire soustenoit qu'il n'y avoit rien que de bon et de dévot en cet hymne; et pour le monstrer il parcourut tous les versets dont il est composé, avec de belles recherches et interprétations dont il les orna , adioustant qu'il contenoit mesme une prière formelle pour les trespassez , en ces mots : Te evgo quœsum.v^, fwmulis tuis su6veni, quos pr&tioso so/nguine redemUtù JEumâ fac eum satu)^

tis tuis gioriâ numerari. Bref, la cause fut si bien et si solennellement plaidée , que le testament et le Te Deum ordonné par icelui furent confirmez par arrest, qu'on baptisa du nom de Te Devm iaudamus, dont ces messieurs les adyocats remportèrent beaucoup d'honneur.

Le sieur firnlart, dont ie vous parle maintenant, estoit père de M. Brulart de Syllery, qui a aussi esté adTOcat en la Cour, substitut au parquet, puis conseiller au parlement et président aux enquestes au lieu de feu M. son père, dont il a esté tiré pour estre ambassadeur vers les Suisses et Grisons, et depuis à Rome : et à son retour a esté fait grand président en la Cour S employé par le roy aux traitez de la paix de Yervins et de son mariage, et en tant de grandes et importantes affaires du royaume, qu'il semble estre destiné à Testât de chance* lier de France ^, ayant passé par tous les desgrez de la iustice et des affaires d*estat.

Or, pour revenir à nos advocats, feu M. Denys Riant estoit aussi lors un grand personnage^ et plus chaîné de causes qu'aucuns dès autres , et fort rompu aux affaires du Palais , mais il ne sembloit pas estre tant versé aux bonnes lettres; neantmoins il estoit assez éloquent et tres-affectionné envers la ieunesse du Palais. Il fut bien

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