‹ Pasquier: ou, Dialogue des advocats du Parlement de ParisChapitre 57 sur 92 · DE L'ORDRE DES AVOCATS · texte numérisé non relu

DE L'ORDRE DES AVOCATS

Le même

en 482Î

Le même

en 4823

Gairal

en 4824

Le même

en 4825

Pantin

on 4826

Thévenin

en 4826-4827

Le même

en 4828

Louis

en 4829

Dupin aîné

en 4829-4830

Nommé procureur-général

le 47 août 4830

Mauguin, élu < l'ordonnance

conformément à

du 27 aoû

Le même

réélu le 8 août 1831-

Le même

réélu le 8 août 4832

M. Parquin

42 août 4833

M. Ph. Dupin

44 août 4834

Le même

40 août 4835

M. Delangle

8 août 4836

Le même

40 août 4837

M. Teste

40 août 4838

M. PaiUet

4 juin 4839

Le même

40 août 4839

M. Marie

42 août 4840

Le même

43 août 4841

M. Chaix-d'Est.

-Ange

44 août 4842

Le même

44 août 4843

AMMÉB 1843.

Nous sommes bien (pin du tableau de 1599, pt> certes, si l'on voulait continuer le dialogue de Ii>isel entre les avocats dont j*ai seulement relevé les noms depuis ce temps, il y aurait ample matière à discourir!.... Je crois même qu'il serait difficile d'accomplir en cette forme le prqjet de donner une continuation de VHistoire de9 avoçç^ts. Mais ou pourrait y parvenir par des biographies spéciales, comme celles qu'a piibUéesM. Pinard, ou par ces éloges individuels quo la conférence des Avocats a eu l'heureuse pensée de confier aux jeunes stagiaires; ou bien encore par des discours généraux où toute une époque serait passée en revue , et où Ton donnerait une appréciation de tous les talents qui l'ont caractérisée et illustrée. C'est ce qu'a fait M. Delacroiç-Frainville, danslediscoursqu*ilaprpnoncé, comme bâtopnier, le 10 novembre 1812, à la première ouverture des CQRférences de la Bibliothèque ^ après le rétablisseipept de nptre Ordre. Ce vénérable jurisconsulte rappelle Ipsppms des principaux avocats qui avaient illustré la fin du dernier siècle , et paie un juste tribut d'éloges à leur mérite et à leurs travaux. Voici un fragment de ce discours :

.... «N'oublions pas, mes chers confrères, nous disait-il, que, dans notre ancien barreau, l'un des objets les plus intéressants de cette réunion fraternelle a été

AMNKK 1«43. 173

d'offrir à la mémoire des confrères qui ont honoré notre profession le tribut de notre estime et de iïûs^ regrets.

» Mais quelle vaste carrière s*ouvre devant moi ! Que de perles accumulées dans le long intervalle écoulé depuis qu*ii a été satisfait pour la dernière fois à ce triste devoir I Gomment pourrais-je suffire k l'expression de tant de regrets? Ah! que du moins ceux qui ont laissé lies traces les plus profondes dans uotrç souvenir, recueillent le témoignage des sentiments qu'ils y ont gravés!

» Qu'ifs reçoivent notre premier hommage, ces yé-* néraUes chefis de l'Ordre, MIVI. Caiilau^ Sansan, Rouhettt, Laget-Bardeiin, qui pendant si longtemps l'ont éclairé de leur savoir, et orné de leurs vertus! Le nom de M. Laget-Bardelin vient aussi se placer à côté de ceux de Mi\l. Plaies, Vulpian, abbé Mey et Cour tin, qui, comme lui, s'étaient acquis une haute réputation dans la science du droit ca« nooiqi», science aujourd'hui délaissée, et si importante de leurs jours. C'est à ^e que se rattachaient les grands intérêts des prélats, des ordres monastiques, de tous les corps ecclésiastiques et du clergé , comme étant alors lin Ordre dans l'État. Vaste champ de débats et d'érudition, dont le souvenir ne dœt pas être entièrement perdu pour le barreau, parce qu'il consacre à la mémoire l'inviolaUe attachement que notre Ordre fit éclater dans tous les temps pour les lois , le gouvernement et le souverain. On q'a pas encore oublié ces fameuses libertés de l'Ë^é galliicanc , qui protégeaient

la monarchie contre les entreprises d*nne puissance usurpatrice, et Ton sait que les avocats s'en montrèrent toujours les plus intrépides défenseurs.

» A côté des canonlstes , je vols une autre classe de jurisconsultes , dont la science plus vaste encore , utile à tous les ordres de citoyens «embrassait toute l'étendue de la législation civile, contemporains des plus célèbres noms, des Maliart, des Loyseau de Mauiéon , des Guéau de Reverseatix, des Cochin, quelques-uns ayant été leurs émules dans la plaidoirie. Là, je distingue M. d'Outremonty qui avait donn^ son fils à l'ancienne magistrature; M. Collet, dont l'urbanité égalait le savoir; M. Clément de M aller an , qui occupa si long-temps avec distinction la chaire du droit français ; M. Leroy , digne de revivre dans un fils trop tôt ravi à nos espérances, et M. Aved de Loiserolles, ce tendre et généreux pêrc , qui , pour sauver la vie du sien , trompant l'œil incertain des bourreaux de l'anarchie, marcha pour lui à Téchafaud. Dévouement héroïque , qui mérite de consacrer son nom à la postérité I Que l'histoire cesse de nous vanter la farouche vertu de ce Brutus qui, pour l'amour de sa république, condamna lai-même ses deux fils à la mort ! À ce trait, qui révolte la nature , j'opposerai notre héros de l'amour paternel ; et si l'on me dit qu'il y a bien plus de force d'âme à condamner ses enfants pour l'intérêt de la patrie qu'à se sacrifier soi-même pour ses enfants ; si l'on me demande ce que devait faire Brutus, placé entre les siens et la république , je répondrai : Que n'a-t-il , en mourant le premier, laissé à d'autres le barbare office de

livrer ses deux fils aux bourreaux ! S'il n'a pas été inspiré comme Aved de Loiserolles, c'est qu'il a préféré sa propre vie à celle de ses enfants.

» Je reviens à mon sujet.

• Oublierons-nous MM. CamttsetBayard : Camus, si remarquable par ses grandes connaissances , par sa studieuse opiniâtreté, par son attachement à notre profession, qui lui a dicté ces lettres remplies d'une si utile instruction pour les élèves du barreau; Bayard, son estimable coopérateur à la nouvelle rédaction de la collection de Denisart , ouvrage qu'il ne faut pas tout à fait confondre avec ces dictionnaires qui tuent la science sous prétexte de la simplifier, et contre lesquels M. le premier président de notre cour réclamait , il y a peu de jours, avec une éloquence pleine de raison. Celui-là était destiné à retracer, dans toute leur pureté, les monum^ts de la jurisprudence moderne. Sous leur plume exacte , il serait venu se placer à côté des doctes recueils de Donet, de Brillon et Dufresne , et de tous nos bous arrêtistes.

» J'arrive à ceux qui , dans les temps voisins de la clôture du temple de la justice, y soutenaient Thonneur de la plaidoirie. Là, nous apercevons le judicieux Hut^ teau , ami ferme des bons principes ; le délié Rim/bert, qui se montra si habile dans l'art de l'escrime judiciaire ; l'élégant et doux Biondei, qui sut répandre le charme de l'urbanité française jusque sur les sujets acerbes de la défense criminelle ; l'estimable Fermeii, qui quelquefois parut avec honneur au milieu des plus illustres athlètes; ce vigoureux Martineau, qui posséda à un

17ft AKMÉË 1843.

degré si émlnent la force de logique et la puîssaBce de raisonnement ; et ces deux orateurs si connus , MM. Target et Treiihard, qui, pour avoir porté dans d'autres carrières la renommée qu'ils avaient acquise parmi nous, ne doivent pas moins trouver place dans notre souvenir.

» Vous y occupez aussi un rang distingué , jeunes rivaux, émules de gloire, trop rapidement arrêtés dans votre course brillante, et dont la diversité de talents ne fut marquée que par une égalité de succès. L'un semblait né pour sa profession qu'il aimait avec ardeur; la nature lui avait départi les plus heureux dons^ Une deuce élocution coulait de ses lèvres comme d'usé soiurce féconde ; les discussions les plus arides et les plus compliquées prenaient dans sa bouche une tow-* nuKe (^s facile et des couleurs gracieuses; il n'étonnait point, mais il plaisait, et (4aire est souvent un puissant moyen de persuasion. L'autre , avec des moyens plus énergiques, avait préparé, dans le silence, l'essai de ses forces ; son talent, mûri par la culture, était revêtu des formes nerveuses qui rendent l'éloquence propre aux plus grands efforts, et déjà un vol ferme et hardi l'avait fixé aux premiers rangs. A ces traits vous reconnaisses sans doute MM. de Bannières et Hardouiny tous deax d-aut^nt plus dignes de nos regrets, qu'ils étaient destinés, par le cours ordinaire de la nature, à faire encore eii ce moulent l'ornement du barreau.

» «f'arvêtp avec vous mes regards sur les ombres révérées de MM. Tronchet et Férey, Mais comment eyprioaer ks aieqtiiQeats qu'dles réveillât dans nos

AIINÉ£ 1843. 177

coeont Déjà deox de mes confrères en ont été lo8 éhn qoents interprètes dans ces pompes solennelles où ils leur ont rendu un hommage si digne d'eux et de vous. Que pourrait ma faible voix auprès des accents de ces deux orateurs? De quels traits pourrais-je orner leurs riches tableaux ? Non, messieurs ; je craindrais d'en ternir les couleurs. Il ne peut plus m'être permis que de vous parler d'un seul sentiment, celui de la reconnaissance que nous devons à ces deux illustres confrères. Cette enceinte sera toujours un témoignage de celle que nous avons vouée à la mémoire de M. Férey , et le nom de M. T^ronektt^ transmis à la postérité, avec ce Gode immond dont il fut un des premiers créateurs , retracera à tous les âges celle qu'ils lui devront après nous.

» Faut-il vous rappeler une douleur toute récente , en V008 parlant de M. Porchtr , qui naguère siégeait avec nous dans cette enceinte , et y développait cette sagesse de conseils et ces sentiments de confraternité qui nous le rendaient si estimable et si cher} Vous avez entendu le juste éloge que les che£s de la magistrature en ont fût il y a peu de jours , et cette expression de nos sen* timents n'a été que l'écho des regrets que nous avons déposés sqr sa tombe.

Cette perte avait été précédée d'une autre qui no nous a pas été moins sensible, celle de M. Poirier, ce digi^e ami de l'illustre Tronchet , dépositaire de sa cqqt fiance, objet de l'estime et de la vénération publiques; ce confrère si doux, si modeste , si éclairé , si ami de rboDiMile et du juste , qui nous retraçait daos toute sa vérité l'image des apciens patriarches du barreau , mor

dèle comme eux de lumières, de sagesse et de vertus! Pourquoi nous fut-il enlevé à l'époque de la restauration d^un Ordre dont il méritait, à tant de titres, d'être le chef!

» Maintenant, revenant sur mes pas, toutes mes pensées viennent se fixer sur un grand nom ; c'est celui de notre illustre Geréier. Cinq lustres sont bientôt écoulés sur sa tombe , depuis que notre dispersion a privé sa cendre du dernier tribut de nos honneurs.

» O Gerbier , la génération de ceux qni eurent le bonheur de te voir et dé t'entendre n'est pas périe tout entière! Reçois-le en ce jour, notre hommage; reçoisle de tes profonds admirateurs, de ceux dans la mémoire desquels les sons éloquents de ta voix retentissent encore.

» Mais comment t'en offrir un digne de toi ? Il faudrait ravir une étincelle de ton génie pour en exprimer les effets et la puissance ; pour te peindre à ce barreau, où tu n'apportais d'autre préparation qu'une âme remplie des plus ravissantes inspirations ; pour retracer les mouvements de cette âme sublime, tantôt excitant les plus touchantes émotions, tantôt , par ses élans rapides et impétueux, subjuguant et entraînant; pour dire comment, toujours maître de toi et de tes auditeurs, tu suivais dans leurs yeux les impressions que tu produisais , pressant où ressentant à ton gré tes magnifiques développements, jusqu'à ce que le triomphe de la conviction fût obtenu ; pour décrire le pouvoir magique qui résidait sur tes lèvres et sur toute ta personne , l'enchantement de cette voix harmonieuse, l'heureux accord

de cette action noble et pure; car tout, dans toi, était éloquent : ton front, siège de la sérénité; tes r^ards^ animés du feu de ton génie, tes gestes, tes mouvements , et jusqu'à ton immobilité !

» Quel autre réunit jamais à un degré plus éminent le merveilleux assemblage de tout ce qui constitue le parfait orateur 7 SMl est vrai que la nature, avare de ses bienfaits, ne reproduise qu*à de longs intervalles les grands modèles en tous genres, il faut croire qu'elle voulut faire revivre dans Gerbier , pour la France, le Démosthène de la Grèce et le Cicéron de Rome. Un grand orateur du barreau avait manqué au siècle de Louis XIV, il fut réservé pour notre âge.

» Quels regrets que d'un si admirable talent il ne reste que des souvenirs, souvenirs destinés à périr avec ceux qui en sont les dépositaires I Pourquoi, par sa sublimité même, ce riche trésor, disparu sans laisser aucunes traces , échappe-t-il à l'admiration de nos successeurs ? Ah! que du moins la mémoire en soit impérissable parmi nous ! Qu'une heureuse tradition , triomphant des injures du temps , la reporte d'âge en âge; qu'à l'exemple des Appelle et des Phidias , son nom soit à jamais célèbre , sans autre témoignage que celui de son àècle et de sa renommée ; que le récit de ce qu'il fut échauffe les âmes, allume le feu du génie, et qu'après avoir jeté sur le barreau français un si bel éclat , il soit encore dans l'avenir le germe et l'instrument de sa gloire ! »

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