Justitiœ sacenhtes..,. veram philosopfUam, twn simulatam
affectantes. Loi l", De justiti et jure.
et que rehausse le sentiment religieux , qui est fondée sur la nature et l'organisation de Thorame , sa dignité propre, la connnatssance éclairée de ses droits et la conscience intime de ses devoirs , envers Dieu , envers la patrie , envers les autres hommes ; cette philosophie que nous irions chercher encore à l'école de Platon et de Socrate, ou dans tes Offices deCicéron, si elle n*avait pas trouvé son complément et sa sanction dans un livre plus parfait.
La iittérature que je désire voir cultiver à l'avocat n'est point cetteliltéralure bizarre et forcée qui , méprifiant tous les modèles et dédaignant toutes les règles , se morfond à rechercher des effets extraordinaires , sous prétexte d'atteindre à de nouvelles beautés qu'elle est encore à produire! mais j'entends parler de celte littérature forte et raisonnable qui a pour base le naturel et le vrai, et qui, appliquée à l'art oratoire, se fonde sur l'imitation libre des grands écrivains que le suffrage des siècles éclairés a recommandés à notre juste admiration. C'est là et dans l'étude de la nature que vous irez chercher les grandes pensées , les belles images , les généreuses inspirations, et cette connaissance du cœur humain indispensable pour en déduire toutes les combinaisons et tous les mouvements qui peuvent assurer le triomphe de la justice et de la vérité.
Vhistoire^ en tout temps et surtout à l'époque où nous nous trouvons , doit être l'objet des méditations de l'homme qui veut être orateur et publiciste. Voyez Gicéron : au Forum comme au Sénat, jamais il n'est plus fort, plus entraînant, plus beau que lorsque, s'in-
terrompant tout à coup au milieu d^une dj^ussion, d'une preuve, il appelle en témoignage la vie ou les maximes de quelqu'un de ces grands hommes qui avaient fait la gloire de Rome aux plus beaux jours de sa prospérité! £t Démosthène, fut- il jamais plus éloquent , plus sublime que dans sa harangue de la Couronne , lorsqu'ayant à se justifier du reproche que lui adressait Ëschine d'avoir conseillé des guerres fécondes en désastres, il adjura les mânes des guerriers morts à Marathon , à Salamine , à Platée , et leur demanda si la Grèce n'avait eu de couronnes que pour les victorieux , et si elle n'en avait pas aussi décerné à la valeur malheureuse et au patriotisme déçu dans ses plus légitimes espérances? — Mais cette, étude aussi doit recevoir une direction particulière appliquée à. notre profession. Sans négliger la connaissance des faits , l'avocat doit principalement s'attacher à l'historique des institutions : il faut savoir en rechercher l'origine, découvrir les éléments de leur formation , les suivre dans leur perfectionnement et les observer jusque dans leur déclin. C'est au jurisconsulte qu'il convient , suivant le conseil de Montesquieu , « d'éclairer les lois par l'histoire, et l'histoire par les lois. » Ayez donc toujours deux livres ouverts sous vos yeux , et conférez-les soigneusement : le livre des faits, dans lequel vous chercherez à démêler le vrai d'avec ce que les apparences ont souvent de trompeur; et le livre des lois, que vous n'isolerez jamais des circonstances contemporaines qui ont influé sur les actes de la législation.
Approfondissez l'histoire de votre pays,» de ceUa
France si belle et presque toujours malheureuse , pour avoir été livrée aux factions et mal gouvernée. Lisez tant que vous le pourrez les relations et les actes des États-généraux et les ordonnances rendues à leur sollicitation. Feuilletez les registres du Parlement ' : là, vous trouverez, en parcourant les harangues de nos grands magistrats , des discours inspirés par le patriotisme le plus pur et le plus éclairé ; des morceaux dignes de l'antiquité, dans ce qu'elle eut de plus vertueux et de plus grand ; et vous resterez convaincus de la vérité de ce qu*a dit un illustre écrivain : « qu'en France , c'est » la liberté qui est ancienne et le despotisme qui est mo- » derne. » C'est là que vous verrez , dans ce qui retrace le mieux leur image, puisqu'on y trouve l'cuipreinte de leur génie, les harangues de Lhospital, de Servin, d'Omer Talon ; là, vous rencontrerez les noms glorieux des Lavaquerie et des Mole , des de Harlay et de
Malesherbes ; Malesherbes , organe imposant des
sages et véridiques remontrances de la magistrature quand son prince était sur le trône, et le consolateur assidu de ce roi malheureux ^ dans une prison où le
1. Outre les Minutes ori{|;inales, qui reposent aux Jrcltîvrs judiciaireSf el les Hccueiis partiels qu'on a publiés, il en existe plusieurs copies fort belles clans les bibliuihèques particulières, oti il est toujours possible de les consulter (celles de M. Dclcssert, de M. Boissyd'^ngias, de monseigneur le duc d'Orléans).
2. On lit, sur le monument élevé à Malesherbes dans la grande salle du Palais de Justice, cette inscription, qu'on prétend avoir été composée par Louis XV III :
STRENUÈ SEMPER FIDELIS ,