‹ Pasquier: ou, Dialogue des advocats du Parlement de ParisChapitre 6 sur 92 · PREMIÈRE CONFÉRENCE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE CONFÉRENCE

Monsieur Pasquier-, conseiller et advocat du Roy en la chambre des comptes , et anden advocat en la cour de parlement, m'estantvenu voir un dimanche du mois de may de l'année 1602, nous trouva mes eflfans et moy dans ma saOe avec les sieurs de Bierne Pilhou , et d'Hibouviler, mon neveu, aussi advocats, qui nous avoient fait Fhonneur de disner avec nous. Et après nous estre saluez , et assis les uns sur le lict vert , les autres en des chaires, et avoir tenus quelques propos particuliers, chacun de sa disposition; les paroles nous eusisent manqué quasi tout aussi-tost, n*eust esté que M. Pasquier vint dire : le voy bien ce que c'est, messieurs; maintenant que les advocats se sont interdits d'eux mesmes de leurs charges, ils sont devenus mneti. Mais en bonne foy, adjousta-t-il , que peiï^z vous avoir fait par cette belte levée de boucliers» ayans ainsi fraa*

2 DIALOGUE DES ADYOCaTS

chement renoncé à \cs chaptierras, et par vostre sécession fait cesser les plaidoiries et la plus part des actions du palais? Que deviendrez tous maintenant, et à ^py passerez vous vostre temps 7 le ne le dis pas pour fiDut deux, regundaat M. Pithou et moiy« qui mf^sUiet plus, mais pour ces deux ieunes messieurs et plusieurs autres de leur volée , plus tm fnmns advaneez qu*ils ne sont. A quoy passeront-ils le reste de leurs iours? •— A qaoy? respondit mon aisné, nous nous ferons conseillers comme les autres : et puisqu'on ravale si bas nos charges, 1} npi^ faudra mettre au pombr^ de ceux qui font les arrests. — Tout beau , mon fils , dis-ie , tout beau : pensez vous que cecy puisse durer longuement? Et que feront messieurs les conseillers en leurs estats^ yfl n'y a des advoeals et des procureurs qui leurs taillent de la besongne? Il est impossible que les choses es pmsent demeurer ià. M. le procureur général a envoyé vers le 'Roy pour t'en advcrlir, afin d'y pourvoir. — Tous dites vray , dit M. Pasqnier, et eroy que vous es aurez bien-tost des nouvelles. Mais cependant, et en attendant les lettres du Roy, à qooy passeres vous le tMnpsT car vous êtes maintenant de loinr, la plaidoirie ne vous estant pas seulement interdite, mais aussi les eseritures, les consultations, et toutes les autres fond» IkHis d'advocat. r-A revoir nos livres, dit M. Pithou, et estudier plusque iamais. le le dis pour ces ieunas gens, et ceux de leur âge , lesquels estans venus un peu GPiidB au barreau , doivent faire fonds et provision dW tnde, pour s'en servir cy-après, -«-Hous en sonHoet miisteiiant trop desbauobei » dit mon fiis i et deqa M»^

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eo»p de Bies compagaoos som resoins dé k» quitter s atBsi bien rhooaeiir en est-il du tout bamiy. N*est-c« f9s H»e honte , qu'ii faille que no«s soion contraints dt faire comme les scrgens, qm sont tenus de mettre a9 baade k«rs esfdoicts ce qu'ils reçeivem despattie»» pour le salaire qui leur est taxé par le» oidoniiances:! Garencoresquele nostre ne soit point bonriéyaînsretaMi à nestre dlscredo», si est \\ bonteui am seafement èi Tes^irey nm» aussi de le dire^ Et quand Besire tne viendroit de b pure libéralité dl& ht partie, s» nous tousioârs subiects à la censure ea d*m rapporteur, qui ayant fait mander Fan de ioa»en sa chambre poinr rendre un ou deux eseus ipi^on \m aorok donné de plus qn'il n'estimera nosire laèenr , sera bien aise de dons faire condamner à* les rendre, et par b nous faire recevoir une si grande honte, qœ i'aymereis mieux n'estrë ianais entré auî palais, que ceb me fust advenu. £t d^ailleur», oè est Fhonnenr que i* ay entendu devous, nMm père, avoir escé antcesIbiB an pa^ Us, et la feveur qne messieurs les présidens portoiëBl aux ienne» advocats do vostre temps , . le» escoulang deneement, supportans etexcusans Teur^ fautes, et leur donnans courage de mieux faire : au lien que mainte* nant il semble ^quelques-uns, que nou» soions diantre bois ou estoffe qn'euxi , etr quas» des gensde néant , non» intepffompan» et rabroftans à tout bout db cfaamp^, noun faiuBÉs par ibis àe» demandes (\ùi ne soa6 mrilement ^ propo»; e6 non» senlcnienr à nous autres ieiMiBSgensqui le pourrions quclquesfois avoir mérité , mais bien souvent m& aneienr , et à gow& qui entendent si binv Ui^^

4 DULOGUE DES âDVOCâTS

causes, *que Ton voit, par la fin et la conclusion , que ceux qui leur avoient fait ces interrogatoires et interruptions avoient eux-mesmes tort , et non les advocats plaidans, qui se trouToient n'avoir rien dit qui ne fust pertinent et nécessaire à leur cause. Non, mon père, non : il ne faut plus espérer que la dignité qui a esté jadis en l'ordre des advocats y demeure , au moins tant que ce beau règlement durera. Car quant à ce qu'on le veut fonder sur un article de l'ordonnance de Blois *\ l'on sçait que cet article y ayant esté couché sans la réquisition des estats» il ne fut jamais observé.

Ce n'est pas cela, mon fils (et dont vous avez par adventure occasion de vous plaindre) , qui a fait ravaler nostré Ordre où il se voit maintenant II y a longtemps qu'il commence à descheoir du rang auquel i'ai autresfois oûy dire à M. l'advocat Du Mesnil, vostre oncle , qu'il estoit; et luy-mesme s'en plaignoit desja de son temps, nous disant que quand il vint au palais, toutes les affaires des princes /et seigneurs du royaume passoient par les mains des advocats. iusqu'à estre et prendre qualité de chancelliers de leurs maisons, nous nonunant feu M. Brinon , président à Rouen , lequel estant «mple advocat estoit chancellier d'Âlençon; M. de Mesme, chef du conseil de Navarre et d'Albret , qui depuis fut lieiïtenant civil et maistre des requestes , père et grand père de ceux que nous avons veus et voyons à présent; et auparavant eux M. Pierre l'Orfèvre, chancellier d'Orléans , du temps du roy Charles YI ; M. lean

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