‹ Pasquier: ou, Dialogue des advocats du Parlement de ParisChapitre 81 sur 92 · NOTICE SCR PIERRE PITHOU · texte numérisé non relu

NOTICE SCR PIERRE PITHOU

PiTHOU (Pierre), Tun des plus doctes esprits du xvr siècle, jurisconsulte, littérateur, historien, naquit i Troyes (Champagne) le 1" novembre 1539. Il reçut sa première éducation dans ta maison de son père^, savant homme qui , comme avocat, était Toracle de sa province, et qui eut la gloire, comme chef de famille, de donner le jour à quatre fils dignes d'illustrer son nom. Les deux premiers , Jean et JNicole , Tun médecin , l'autre jurisconsulte, furent des hommes d'un mérite éminent} ils jouirent d'une juste considération parmi leurs coreligionnaires , les seclatenrs de Calvin. Élevé dans la même croyance , Pierre , le troisième , acheva ses études à Paris sous la direction de Turnèbe, et fit son droit sous Cujas , dont « pendant cinq ans , il fréquenta lès cours à Bourges , puis à Valence.

Dès cette époque , P. Pithou se révéla comme jurîs-

1. • Ce M. Pierre ^itboa père estoil hoiniue docte en loule sorte » de lettres, et prlhcîpalcinent en droit. » Opustules de Loisel^ ^. 2ûi,

31G PIERRE PiTHOU.

consulte, par des essais sur divers points de la législation romaine. Il avait pour compagnon d^études son frère puîné , François Pithou , et pour modèle d'application un digne ami, Loisel, plus âgé que lui de trois ans, et qui , long-temps son émule de gloire , devait être un jour son panégyriste '. Cujas aimait les deux frères Pitbou, entre tous ses disciples , comme s'ils eussent été ses fils , et il a exprimé en ces termes la singulière estime qu'il professait pour eux : Pithœi fratres , ciarissima iumina\

Pierre Pithou fut reçu à vingt et un ans avocat au parlement de Paris, où il vint se fixer en 1560. « Il se mit

1. Plusieurs écrivains ont entrepris d*écrire la vie ou Téloge de Pierre Pithou. £n tête de sa Coutume de Troyes, se trouve un premier élo^e écrit en laiin par Josias Le Mercier, dès Tannée 1597, réiroprimé h Leipsick en 1686, avec beaucoup de notes historiques par FréderiC' Jacques Leicker dans son Recueil des vies de Dix Jurisconsultes. — Un autre éloge', également en latin, de Papyre le Masson: la première édition de cet éloge est également de 1597, chez Pâtisson, in-^"; on l'a réiroprimé au t. H de ses Eloyia, p. 321. — On trouve encore un él^ge latin de Pithou parmi ceux de Scevole Sainte-Marthe. — Tout cela n'a pas découragé Loisel, qui a voulu écrire aussi la vie de son compagnon et ami. Voyez dans SCS Opuscules y p. 253-292 — En 1716 Boivin donna une vie de Pithou, qui n'est guère que la traduction du travail du Loisel. — Au cinquième volume du Père Niceron, imprimé en 1728, se trouve une vie de Pierre Pithou, avec le Catalogue de ses ouvrages. — Le travail le plus complet et qui a le mérite d'être élégamment écrit, est l'ouvrage en deux volumes intitulé Fie de Pierre Pithou, avec quelques Mémoires sur son père, qui a paru en 1756 sans nom d'auteur au frontispice, mais avec une épîire dédicatoire à MM. les Avocats au Parlement, signée Grosley qui, en effet, en est l'auteur.

2. Il parle souvent d'eux et toujours avec éloge dans plusieurs de ses ouvraj^es ; par exemple au treizième livre de ses Observations. — Dans un autre passage, ad tit. 10, lih. ii. De fcudis. — Dans son Epist. dedicat, Cod. Theodos. ad Redingerum il fait aussi l'éloge de leur père, « pater filiis talibus dignissimus. » La devise des frères Pithou était obéis aux lois; en grec, toiç uonoiç ictlTouj dont le dernier mot a quelque consonnance avec le mol Pithou.

» au palais, dit Loisel, mais d*une tout autre façon » que le commun ; car au lieu que les autres cruda I) adhuc studia in forum deferunt, se jetant in- » continent au barreau pour plaider ; lui , au contraire » » continuant de plus en plus ses estudes , se comman- » doit comme un silence pythagorique , se rendant aux » audiences et remarquant soigneusement les arrests qui s'y donnoient, jusqu'à prendre garde aux plus pe- » tites particularitez et formalitez ; car il a toujours fait ») grand estât des formules, »> ( Loisel , p. 258 ). — A vingt-cinq ans il plaida sa première cause , ou plutôt il ne plaida qu'une seule cause; « mais encore qu'il l'eust » gagnée, je ne sçay quelle honte avec l'appréhension » du temps ^ le retenoit tellement qu'il étoit bien aise » de ne paroîlre goères en public. » Loisel , p. 259.

Mais ce que cette timidité faisait perdre au public , on le regagnait par tout ce qui sortait du cabinet de M. Pithou. « Ce qu'il écrivoit et consultoit étoit toujours » fort élaboré, et il ne signoit jamais rien ^ qui ne fust » reveu et corrigé , tant il avoit son honneur en recommandation. » Ibid,

Aussi la confiance la plus générale ne tarda pas à s'at* tacher de plus en plus à lui , et le surnom qu'il reçut prouve l'estime qu'on faisait de sa science et de sa vertu : on l'appelait le Sage arbitre.

1. Ajoutez « la nécessité de s*accominoder au goût de la foule, » Grosley, t. 1, p. 104; et » son dégoût pourie fastidieux usage de la I* parole que ses contemporains prenaient pour de l'éloquence. » Biogr. univers., p. 532. Voyez aussi Josias Le Mercier.

2. Voyez dans Grosley, t. I, p. 105, les précautions dont il usait «ITaiit de signer le? CQ^sultatioDs rédigées ^ar se« coafcèce%«

313 PlkR^K PIThOU.

On trouve un exemple de Tautorîté qu'il exerçait sur ses clients , dans une consultation dont Grosley cite un fragment. Elle avait été demandée pour le grand-doc de Toscane : il s'agissait de confiscation, Pithou fi'exprhne pas seulement le droit , mais il Conseille au duc de se relâcher de sa rigueur, en lui rappelant ce passage de Pline dans le Panégyrique de Trajan : « Que la cadse » du fisc n*est jamais mauvaise que sous un bon prince. » Et le conseil fut suivi.

A l'approche des troubles religieux , Pilhoû vint chercher un asile dans sa ville natale , dont le barteau le repoussa comme calviniste. Il prit alors le parti de passer en pays étranger. Le duc de Bouillon avait souhaité qu'il se chargeât de rédiger la Coutume de Sa principauté ; il se rendit à ce vœu (en 1567) et le territoire protestant de Sedan lui dut le code de Ibis qui allait le régir. De là P. Pithoù alla s'établir 5 Bâle (1568) , et il y consacra les loisirs de soti séjour à la publicatioti de quelques travaux historiques *.

Ramené en France par Tédît de paciGcation de 1570, il fit un court voyage en Angleterre à la suite du duc de Montmorency, ambassadeur de France près de cette puissance ^. — 11 se trouvait de retoUr à Paris au moment de la Saint-Barthéleray *, et il faillit être enveloppé

1. Une édition de la Vie de l'emperenr Frédéric-Barbcronsse, par Oïlion de Freissingen, el de l'Histoire dti diacre d'Aquilée, I^aul VVarnefried, qui se recommande par une belle préface sur l'aVanfagc d'étudier l'histoire sur les originaux.

ti. Grosley, l. 1, p. 157, rectifie Loisei en assignant îi ce voyage la date précisu du mois de mai 1572.

.'i. Le 24 aoAi 1572. « Survint finalement la T:igUf, pendant la-

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dans ses mctssacres. « Car estant logé en la maison d*un » catholique duquel la femme estoit de la religion pré- » tendue réformée, elle el quelques autres dé leur mai- » son y ayant est6 tués , il se retira chez les voysins * , » où une servante Tayant aperçu et appelé sa maîtresse, » la boAne femme se trotiva àtisSî éperdue que luy. Et » néanmioins rayant priée d'avertir M. Lefebvre, advocat » qui demeuroit vis-à-vis de là , elle le flt ; de sorte qu'il » demeut-a chez ledit sieUr Lefebvre quelques joiirs et » puis après chez moy, où il ne cessoit d'étudier aussi » iieti que s'il eust esté en son estude ordinaire. » (Loisel, p. 259).'

En effet Pithou acheva ses notes sur les lois mosaïques conférées avec les lois romaines , précisément à l'époque où il venait de courir un si grnnd péHl. Loisel en fait la remarque en terriics qui méMtent d'être conservés , taat ils servent bien à caractériser soii îlltistrc ami. « En- » fin , dit-il , la fermeté de son esprit est admirable , eh » ce qu'au milieu desteilipêtes des guerres ciViles , il fut » Û résolu que d'assembler, transcrire et inettrë eu lu- » mières des notes si doctes et si élabourées i qu'un » antre en son grand repos et loisir en eust été bieii em- » péché. Aussi mit-il à la fin de ces notes ce qui S'en- » suit : Petrus Pithœus scriéeiat Lutetiœ Pari^

» qaèlle Pilhou se tint à Paris pour ce c[u*elle Ty trouva et que ses » livre* y estoient. » f loisel, Fie de Pithou^ p. 269.

1. Girosley, p. 138, ajoute les détails suivants : « Pithou eut à n peine le temps de sortir en chemise, de gagner le grenier, de nion- «• ter sur le toit et de se jeter *d;ms une maison voisine.... Ses meu- » liles et ses livres, que les massacreurs s'amusèrent à piller, assu- » rèrènt sa retraite et lui sauvèrent là vie. » ï^ilhou. ai \wk.\.\c(>vV.o\Ave de ses livi-es peirdiis, elle est Rapportée dans Gto%le^, vA-»"^- \K^-

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9 siorum, anno Domini MDLXXII , menst » septemére » (c*est-à-dire dans le mois qui a suivi la Saint-Barlhélemy). — (Loisel, p. 261 et 262.)

Peu de temps après, Pilhou, abjurant les notions da protestantisme dont il avait été imbu dans son enfance, se convertit au catholicisme avec une bonne foi si réelle que les esprits les plus passionnés ne s*avisèrent jamais de la contester ; et, ce qui est bien plus remarquable , sans que ce changement lui fît perdre Testimc de ses anciens amis^ — Cette abjuration de P. Pithou fut un titre aux faveurs qui vinrent le chercher, mais il les refusa pour ne point être enlevé à ses* travaux et à ses éludes de prédilection. Ainsi en 1573 , quand Paul de Foix, depuis archevêque de Toulouse, son ancien condisciple, voulut l'emmener avec lui dans son ambassade en Italie , avec le titre de secrétaire de cette l^atiou et un brevet de conseiller-d*État au grand conseil , il ne voulut point accepter.

£n même temps qu'il refusait ainsi deux titres émi> nents, il borna son ambition aux fonctions modestes de

1. Pour preuve des conversions il fallait signer un formulaire d'abjifralion exigé par les Lettres Patentes de Charles IX du 22 septembre 1572. Grosley, p. 145, dit que Pithou signa ce formulaire l'année suivante (1573). D'autres, tout en convenant qu'il a pu en effet ne signer le formulaire qu'en 1573 , prétendent qu'il avait embrassé la religion catholique trois ans avant le massacre de la St-Barihélemy. C'est ce qu'assure positivement Paul Col. iniùs, en reprochant à Josias Le Mercier d'avoir omis cette particuijriié dans la Vie de Pilhou. Si ce fait est vrai, ce serait un motif de plus pour confirmer la sincérité de la conversion. (Voyez la Clef «les lettres de J. Scaliger, an Recueil des uîuvres de Colomiès, donnée parS. Albin Fabricius, à Hambourg, 1709, in-i", )■. 336.) — Cependant Loisel, au(|uel j'uttache toute confiance en ce qui touche les particularités de la vie de Pilhou, dit, p. 160, qu'il ne songea à se convertir qu'aprèjf fa Saiu^-BarthéXçm^, Il en ^insi d'accord avec Grosle;^.

PltRRE PITHOU. 321

bailli de Tonnerre *, et il suc les honorer et les relever par la manière dont il les exerça ^.

En 1580 M. de La Guesle , procureur-général au parlement de Paris , le pressa si fort d*accepter une place de substitut à son parquet, qu*il y consentit « plus pour contenter ses amis , dit Loisel , que par volonté qu*il en eust » {Opuscules, p. 263. ) — C'est en cette qualité que Pithou fut chargé , en 1581 , de rédiger la réponse au bref que Grégoire XIII avait fulminé contre Henri III, à cause des articles sur la discipline ecclésiastique insérés dans l'ordonnance de Biois pour tenir lieu des dispositions ahalc^ucs du concile de Trente. Le pape aurait voulu que le concile même fût reçu et accepté en France. Pithou répond au bref, et repousse cette prétention ultramontaiue dans un excellent mémoire où il défend fortement et en peu de mots la cause du Roietde l'ÈtatK

Cette année 1581 , il consentit encore à exercer les fonctions de procureur-général près la chambce de justice établie en Guienne, parce que c'était une mission temporaire, et que ses travaux devaient être partagés par son inséparable ami Ant. Loisel, nommé avocatgénéral à la même chambre *. — Dans l'exercice de cette

1. Ce dire de bailli lai fut conféré par le duc d'Uzès et madame Louise de Clermont Tonnerre, sa femme.

2. 11 dressa lui-même pour ce bailliaj^e un véritable Code de Proc&iure. Ce Code, sous le titre A^ Articles de Règlement^ a été imprimé dans les Opuscules de Loisel, p. 403.

3. Ce mémoire ^e trouve dans les Opuscules, p. 345. U conserve encore à présent tout son intérêt.

4. « Laquelle charge il vouloit encore refuser, n^eutt été qu'on

322 PIERRK PITHOU.

.cbaî*gc, Pithoujastifîa pleinement l'adage que ^iemA- » gistrat monstre Vhomm^^» »

« Il s'y comporta de telle sorte que ses actions

» pourroient servyr d*exemple et de patron , non-senle- » ment d'un très-bon procnreur-général en conr soirré- » raine , mais aussi d'un bon advocat du roy. » Il lui arriva , en effet , de faire l'une et l'autfe fohctioil pendant une absence de Loisel.

Après denx années et demie passées dnns cette nrîssion , les deux amis revinrent à Paris. Lôîsel se remit àf plaider au palais, et Pithon reprit avec dignité les travant de la consultation^.

n continua de fréqtrenter le palais pendant les troubles de la Ligue, tant que l'anarchie n'y eut point pénétré ; mais dès que le parlement subit le joug des factieux et effaça le nom du roi de ses actes il cessaf d'y paraître, et prédit au président Brisson le triste sort qùè lui réservaient ses nouveaux maîtres !.....

Dévouée cœur à Henri IV, Pithou fut un des principàtit auteurs de la Satire Ménippée^^ qui èohtri-

» me nomma avec loypour estre son compa^on en la charge d'a^> » vocat du roy, et nous acceptâmes ces commissions Vun pour Ca* » mour de l'autre, — Loisel, ^ie de Piiiunty p. 263.

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