Pasquino et Marforio
Nous publions aujourd'hui une nouvelle édition de cet ouvrage qui, à son apparition, obtint un succès tellement brillant qu^en peu de Jours tous les exemplaires furent enlevés.
De tous côtés on nous a manifesté le désir de relire ce livre auquel les événements du jour donnent une piquante actualité. Aujourdliui qu'une lutte décisive est engagée entre la libre pensée et Vorthodoxie de Rome., il est bon de savoir ce que de tout temps on a pensé du pouvoir papal et de la personne du pape à Rome même. Pasquin, aux portes du Vatican., a eu le courage de dire la vérité à tous les successeurs de saint Pierre., et sous une forme épigrammatique a porté sur eux des jugements auxquels ses contemporains applaudissaient et que la postérité a ratifiés. « Il n'y a pas
de grand homme pour son valet de chambre^ » affirme un dicton français ; il ne pouvait y avoir de pape infaillible pour un Romain.
Ce qu'étaient Pasquin et son compère Marjorio^ et quels hommes illustres ont soufflé., sous le voile de V anonyme., leurs ineffaçables satires à ces deux figures légendaires, M. Mary Lafon l'explique admirablement dans sa préface.
La presse libérale accueillit la première édition de ce livre avec force éloges; est-il besoin d'ajouter que les galettes cléricales n eurent pas asse^ d'injures pour ces pages qui., cependant., appartiennent à l'histoire. Nous remplirions un volume avec les articles de polémique et de critique qui furent publiés à propos de l'ouvrage de M. Mary Lafon. ■ Nous n'ajouterons qu'un mot. Une œuvre historique., quelle que soit sa tendance, quel que soit son esprit., ne doit pas être perdue pour la postérité., et la traduction des épigrammes de Pasquin par M. Mary Lafon méritait d'être lue par tout le monde. C est ce qui nous a décidé à en publier une nouvelle édition.
ylU LECTEUR 'BIEU^VE ILL^yJ^T
Je n'abuserai pas de ta patience, car il y a en moi du La Fontaine autrement que par le nom propre ; les longs discours, les grandes phrases me font peur. La première édition de ce livre, paru il y a sei:{e ans, fut épuisée en quin:{e jours. Pourquoi n en fut-il pas fait d'autres? C'est ce que f ai toujours oublié de demander à mon digne et excellent ami Dentu. D'autres ou^ vrages m' ayant occupé et absorbé entièrement depuis cette époque, je ne songeais à mon ancien voisin de la Piazza di Pasquino qu'à bâtons rompus, en quelque sorte, et lorsque des libraires de la France ou de Vétranger s'adressaient, en désespoir de cause, à moi, pour retrouver ce recueil introuvable. En le laissant réimprimer aujourd'hui par im compatriote du grand et mordant satirique^ j'ai revu minutieusement la pre-
inière édition, et, jaloux de justifier, autant qu'il ni a été possible, la faveur et l empressement du lecteur éclairé, j'ai accru le texte primitif de bon nombre de pièces nouvelles, assaisonnées au sel moderne. Ce condiment, fait de la quintessence de V esprit romain aussi vif que piquant et fin, donnera, je l'espère, un nouvel attrait à ce livre, auquel je souhaite, de tout mon cœur, l'accueil sympathique dont il fut honoré à sa première apparition par le public et la critique.