ÉPITAPHE QU'ON TROUVA COLLÉE SUR LL TOMBEAU DE CLÉMENT VII
Clementem eripuit nobis clementia fati : Humanum toto gaudeat orbe genus !
Hic est qui fuerat jam dedecus urbis et orbis Et fuit ëetatis magna ruina suse.
Hic est qui gravibus vexavit régna tributis
Atque Italuni totas hausit avaras opes.
Hic est qui patriam bellis oppressit acerbis,
Turbavit proprios seditione lares.
Hic voluit rapidis sua mœnia perdere flammis,
Et plus quam humana strage replevit humum, Hic est qui multas viduavit civibus urbes,
Crudelique suas imbuit ense manus.
Hic est qui bellis Insubria diruit arva, '
Extorrem Urbini compulit- ire ducem.
Hic est si nescis, qui jam tibi, Roma, paravit
Excidium, pestem, funera, bella, famem.
Hic est per quem tôt prostant et in urbe puella^
Per quem pulsus honos virgineumque decus. Hic est qui molles evexit ad astra cinœdos,
Formosum à tergo munere inivit Hylam.
Hic est qui fuerat vivens infamia mundi,
Imperii labes, spurcitiesque sui.
Contemptor divum, scelerum vir, publicus hostis,
Perfidus, ingratus, raptor iniquus, atrox. Nutrivit longi discordia semine belli
Movit pacatos semper ad arma duces.
Hoc vivente, fuit nullarum copia rerum :
Tabuerant sterili pallida membra famé.
Curavitque nihil miserai jejunia Romœ
Ut fruges magno venderet cere suas.
Infelix totum quod non extinguere mundum
Nec potuit sanctis bella movere deis.
Exo3us vitam et morbo tenuatus amaro En date vulturibus cives tam putre cadaver,
Nulla has relliquias hospita terra tegat. lUuxit tandem cœlo lux una sereno, ^ Et venit populis sœpe vocata dies. Ducite felices per compita, ducite ludos
iEnead^e, et lœtis solvite corda jocis.
Hune lucem, moneo, vestris inducite fastis;
Longa hanc posteritas relligione colat.
Sicut magnanimo pulsos à consule Reges
Legimus et nostro tempore durât honos.
Et tu sublatum e terris laîtare Neronem :
Pristina libertas reddita Roma tibi est.
La clémence du sort nous a enfin ravi Clément : que le genre humain tout entier éclate d'allégresse !
Ci-gît qui fut Topprobre de la ville et de l'univers, qui fut le fléau de son siècle !
Ci-gît qui écrasa ses sujets de tributs et engloutit dans son avidité tous les trésors de l'Italie,
Ci-gît qui ensanglanta la patrie par des guerres atroces, et remplit de troubles et de séditions les lieux mêmes où il était né.
Il voulait les livrer aux flammes, et grâce à lui un carnage infernal joncha le sol de cadavres.
Ci-gît qui rendit tant de villes veuves de leurs citoyens, et qui rougit de tant de sang le glaive que tenaient ses mains cruelles.
Ci-gît qui ravagea les plaines milanaises et qui dépouilla le duc d'Urbin.
Ci-gît, si tu l'ignorais, Rome, celui qui t'apporta la ruine, la peste, la mort, la guerre et la famine!
Ci-gît celui qui a rempli Rome de prostituées, qui a fait disparaître de son sein la pudeur et la chasteté.
Ci-gît celui dont les mœurs honteuses rappelaient le beau Corydon.
Ci-gît qui fut durant sa vie l'infamie de son siècle, le malheur de l'empire et la honte du Saint-Siège.
Contempteur de Dieu, voué au crime, ennemi public, perfide, ingrat, usurpateur du bien d'autrui. cœur de fer.
Il ne s'occupait qu'à semer la discorde et la guerre, et à diviser les souverains.
Tant qu'il vécut tout nous manqua; nous nous traînions à peine, épuisés et pâles de faim!
Et après avoir affamé ainsi la malheureuse Rome, il lui vendait des vivres au poids de l'or.
Son seul regret en mourant fut de n'avoir pu exterminer le genre humain et porter la guerre dans les cieux. Aux vautours, citoyens, aux vautours sa dépouille infecte !
Que nulle terre hospitalière ne la recouvre, et réjouissez-vous ! dansez ! chantez ! célébrez ce Jour à jamais par des fêtes, comme nos pères quand ils chassèrent les tyrans !
Néron est mort : la liberté de nouveau t'est rendue, ô Rome !