SUR LA QUERELLE DES BOURBONS ET DES CHIGI
PASQUIN
Et tu ne veux pas que je rie, cher abbé? Qui se pourrait tenir de rire voyant que l'on prépare le palais des Barberini pour la venue de Créqui?...
l'abbé.
Je ne sais pas ce qui te peut obliger à rire, cher Pasquin, puisqu'on voit retourner Créqui glorieux à Rome ayant obtenu de son roi ce qu'il pouvait désirer?...
PASQUIN
L'autorité, mon cher abbé, ressemble à une paire de souliers neufs, lesquels, après avoir été portés seulement au travers d'une rue, ne se peuvent plus dire tels. Nosseigneurs ont bien vu que Louis sait bien mieux
faire le capitan en comédie que représenter Mars en campagne. Ils ont remarqué, en outre, que ses grandes rodomontades sont finalement allées en fumée; de ^sorte que, connaissant à cette heure le terrain, ils y planteront l'herbe qui leur plaira le plus.
l'abbé.
Louis, dans cette rencontre, a fait voir sa modération.
PASQUIN
Bon! qu'il attende seulement que la maison d'Autriche se remette et se voie en état de faire tête.
l'abbk.
Elle n'est guère à craindre maintenant.
Dans la maison d'Autriche on voit souvent des miracles, et quand on la croit abattue, c'est alors qu'elle se redresse comme un palmier.
l'abbé.
A te dire la vérité, je reconnais bien que les Français n'ont pas eu envie de guerre."] *
PASQUIN
Nos prêtres subtils l'ont bien vu, et pour cela ils ont gagné temps pour parer cette botte. Le prudent Mario s'apercevant que Louis ne faisait que [railler, mit bas
les armes, à son grand avantage, dans la saison où nous étions, et alla s'e récréer tranquillement à Castel Gandolfoj alors votre roi fit la paix.
l'abbé.
On commença par désavouer l'attentat détestable des Corses en beau style.
PASQUIN
Que te vienne le mal foiré !
l'abbé.
Il me semble que l'attentat des Corses ayant été la cause des troubles, il était juste qu'on en fît la base du traité.
PASQUIN
La faute, lourdaud! de qui fut-elle? du bras ou de la tête?...
l'abbé.
Je l'ignore.
Lis alors la lettre de Louis à la reine de Suède, où il lui dit tenir de bonne part que don Mario et le cardinal impérial étaient les instigateurs de cet affront.
l'abbé.
Il eût été plus noble, en effet, de punir la tête que la main.
— 224 ~" PASQUIN
C'est ce qu'on fait aussi, et d'une manière très-digne- Le cardinal, qui est allé demander pardon, sera défrayé par le roi de toute dépense.
l'abbé.
Ce sera une des mortifications que ressentira la maison Chigi des injures faites à ce grand roi.
PASQUIN
D'autant que le cardinal qui, dans le principe, devait d'abord faire des excuses de la part du Pape et demander ensuite pardon pour soi et sa maison, n'est plus tenu qu'à prononcer un compliment ridicule.
l'abbé.
Patience, mon cher! et confesse que nos prêtres n'ont pas leurs pareils à savoir tourner le monde par artifice, et qu'ils sont les seuls auxquels il réussit de bien dire et de faire mal.
i5 avril 1667
Sta cheta campana, Tien fermo il battocco
Non dare alcun tocco Ghe il Papa risana Sta cheta campana !
E ver che combatte Natura e la morte, Ma quella più forte S'avanza iii vigore E qtiesta in dolore Per hora è lontana Sta cheta campana !
Lo sgombro s'aftVetta...
Ne bouge pas, ô cloche, Retiens bien ton battant Et garde-toi de sonner, Car le Pape guérit.
Ne bouge pas, ô cloche !
Il est vrai qu'il lutte Contre la nature et la mort:
Mais celle-là, toujours plus forte, Redouble ses coups vigoureux, Tandis que l'autre, par malheur, Est bien loin à cette heure.
Ne bouge pas, ô cloche !
On se hâtait de déménager :
Pure folie, vraiment!
Que le facchino et la corbeille S'en retournent : envoyez-leur Vite une estafette; ■Car elle est plus puissante que l'art, La main du souverain Pontife.
Ne bouge pas, ô cloche!
Il Papa è morte? Il Papa è vivo e sano,
Ghe Dio ce lo mantenga per cent' hore;
Il Papa corne ch' è nostro Signore
Ha la sua vita e la sua morte in mano.
Per ingannare il popolo Christiano,
Sempre sla moribondo e mai non more, Se beii fin da principio egli ebbe humore De morir nel concla\-o Vaticano.
Huom più finto di lui già mai fu visto Che con tante mutanze et invention!
S'appella santo' e poi riesce un tristo.
Christo mori una volta, e con finzioni Questo vicario suo di più di Christo Fa mille morti, e più resurrettioni.
Le Pape est-il mort? Le Pape est vivant et sauvé. Que Dieu le conserve cent heures !
Le Pape, comme notre Seigneur, tient sa vie et sa mort dans sa main.
Pour tromper la chrétienté il est toujours moribond et ne meurt pas, lui qui d'abord avait envie de mourir dans le conclave du Vatican.
Jamais on ne vit homme plus faux; car avec ses feintes et ses mensonges^ il se qualifie saint et n'est qu'un misérable.
Le Christ mourut tout de bon, et ce fourbe, qui se dit son vicaire^ surpasse le Christ; car il meurt et ressuscite mille fois.
Che ha detto il Pontefice nelle sue hore estreme
Maxima de se ipso , Plurima de parentibus, Prava de principibus, Turpia de cardinalibus, Pauca de Ecclesiâ, De Deo nihil.
Qu'a dit le souverain Pontife à ses derniers moments?
PASQUIN
Beaucoup de choses de lui.
D'un certain nombre de ses parents.
Du mal des princes,
Des infamies dés cardinaux,
Peu de paroles de l'Église,
Et de Dieu, rien!