EPITAPHE D'ALEXANDRE VII
Arrête, voyageur, et lis!
Une pierre, rejetée par ceux qui bâtissent,
Git dans ce coin Et couvre Alexandre ,
Septième du nom,
Dernier en sagesse.
Premier en orgueil.
Très-grand par le Pontificat,
Très-excellent... pour ses neveux.
Très-amer au peuple,
Vrai fils de Jupiter Et digne frère de Mercure.
Né à Sienne; De la lune, et non sans cause, Il se disait cousin;
Car, émule en tout du grand Turc, Pour mieux remplir sa main rapace,| Il se fit aussitôt musulman.
Appelé Fabius au baptême, Il temporisa toujours pour le bien, Et se garda surtout
De restituer.
Jeune, des jésuites.
Il fut le protégé.
Volant ensuite de ses propres ailes, Grâce à la seule hypocrisie, Il sut s'élever aux honneurs.
Après avoir exercé diverses légations, Cardinal par Innocent
Créé, D'une peau de brebis Il se couvrit pour arriver Au trône pontifical; Et là, de peur que le monde Ne reposât à l'ombre du chêne Qui ornait ses armoiries.
Il l'arracha de son blason Et n'y voulut que les montagnes.
Demandant à genoux la paix aux rois.
Pour faire la guerre à ses sujets.
Il rendit Marins (i) à Rome Et la fit retomber en Scylla.
(i) Son frère Mario.
Imitateur de Pierre en une seule chose
Il renia le Christ à la face du monde Lorsque les cris du coq (2) Il entendit.
Afin de cacher sa honte et ses larmes. Un neveu ridicule
Au très-chrétien il envoya.
Le seul bien qu'il fit à Rome
Consista dans des démolitions,
Il accabla pour ainsi dire le peuple
Sous le faix des impôts,
Et Dieu lui-même
N'en fut point exempté!
Ses parents furent enrichis
Avec l'or arraché
Des sources saintes et pieuses;
Aussi voulut-il être appelé
Très-pieux et très-saint.
Père commun des fidèles Il ne dépensa pas un baïoque du sien, Et ne se montra prodigue que de l'argent d'autrui. Après avoir déshonoré le grand devoir
Il mourut enfin de la pierre.
Qu'il infecte ce sépulcre Celui qui ne fut jamais en bonne odeur auprès du Christ.
Si tu veux voir son âme
(2) Allusion à sa querelle avec Louis XIV.
Va-t'en Ou l'on n'est pas en paix (i).