‹ Passage du Coran a l'Evangile, faisant suite aux Soirees de Carthage, et a la Clef du CoranChapitre 18 sur 38 · I-.es interlocuteurs. Est-il bien vrai · texte numérisé non relu

I-.es interlocuteurs. Est-il bien vrai

Prêtre. C’est la vérité.

I-*es interlocuteurs. De quelle manière est rapporté le prodige clans l’Évangile?

Prêtre. Moïse, avant d’approcher du buisson ardent, dut ôter ses sandales; le Coran vous le dit. Nos cœurs ne sont pas toujours dignes d’exprimer ou de goûter toutes choses. Ce sera en temps plus opportun. Tout ce que je puis vous dire, c’est que sur ce point aussi le Coran est complété par l’Évangile.

A L’ÉVANGILE

§ IV

Secrétaire. Le babas a eu soin d’écarter une circonstance qui est à sa charge. C’est la demande qu’Aïça fit aux apôtres de prier pour la prolongation de sa vie.

Prêtre. Soyez tranquilles : cette particularité ne m’a point échappé , et je ne veux pas vous refuser l’honneur d’une réfutation explicite, quoique la chose se trouve déjà réfutée en principe. Jésus, comme lui-même l’a dit, déposait sa vie, parce qu’il le voulait, et devait la reprendre par sa puissance. Il n’avait donc que faire des prières des apôtres. S’il leur recommande de prier, c’est comme moyen de triompher de leurs faiblesses. 11 prie lui-même, ainsi que nous l’avons vu ailleurs, pour enseigner aux hommes la conduite à tenir dans les circonstances difficiles. Écoutons l’Évangile : « Jésus se rendit avec ses disciples à la villa de Gethséinani (où il voulait être arrêté). Il leur dit : Demeurez ici, pendant que j’irai là me livrer à la prière. Priez vous-mêmes, pour éviter d’entrer en tentation. Jésus s’éloigna à une portée

de pierre, et, les genoux en terre, il priait Il

revint à ses disciples , qu’il trouva endormis

Il leur dit : Pourquoi dormez-vous? Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation. L’esprit est prompt, et la chair est faible. » Est-ce clair, Messieurs?

us

PASSAGE SU CORAN

Secrétaire. Je suis curieux de savoir de quelle manière l’Évangile rapporte l’arrestation d’Aïça?

Prêtre. La voici. Quelques moments après les dernières paroles qui viennent d’être citées , Jésus dit à ses disciples : « L’heure est proche. Voilà que le Fils de l’homme va être livré entre les mains des pécheurs. Levez-vous , marchons. Celui qui me livrera approche.

« Jésus parlait encore , lorsque Judas Iscariote arriva à la tête d’une troupe de gens armés d’épées et de bâtons , éclairés par des lanternes et des flambeaux (c’était donc la nuit). Le traître avait dit : Celui que vous me verrez embrasser, ce sera Jésus; saisissez-le, et l’emmenez en sûreté. Aussitôt il s’avance pour embrasser son Maître. 11 lui dit : Je vous salue, ô mon Seigneur! et il l’embrasse. Jésus lui dit : Ami, à quelle tin es-tu venu? Est-ce ainsi , ô Judas , que par un baiser tu trahis ton Maître !

a Jésus, sachant bien tout ce qui devait arriver à sa personne, s’avance vers les gens armés, et leur dit : Qui cherchez-vous? Ils répondent : Jésus de Nazareth. — Jésus leur dit : C’est moi. — A cette parole*, les hommes reculent et tombent à la renverse. Jésus leur demande de nouveau : — Qui cherchez-vous ? — Jésus de Nazareth. — Je vous ai dit que c’est moi. Si c’est moi que vous cherchez, permettez aux miens de s’en

A l’évangile. H 9

aller. Aussitôt on se précipite sur lui , et l’on saisit sa personne.

« Un de sa compagnie porte la main à l’épée, frappe un serviteur du grand-prêtre, et lui coupe l’oreille droite. Le nom de ce serviteur était Malchus. Jésus ne fait que toucher l’oreille du blessé, et elle est guérie. Il dit à Pierre : Remets ton épée dans le fourreau ; ceux qui se serviront de l’épée périront par l’épée. Ne suis-je pas capable de boire le calice que m’envoie mon Père? Ne savez-vous pas que je n’aurais qu’à m’adresser à mon Père , etôl m’enverrait plus de douze légions d’anges? Gomment donc s’accompliraient les Écritures, selon lesquelles les choses doivent arriver ainsi? »

Vous n’aurez pas manqué d’observer, Messieurs , que , tout en se laissant arrêter comme homme, Jésus a laissé briller un rayon de sa divinité. A sa réponse. C’est moi , les gens d’armes ont été renversés. Il défend à ses amis d’avoir recours à l’épée, puisqu’il dédaigne d’appeler les légions d’anges qui sont à son service. Jésus est sublime surtout , tant il est divin , dans la parole adressée au traître : Ami. Mais vous ne comprenez pas, peut-être.

Dziri. Nous comprendrons mieux, s’il plaît à Dieu.

Secrétaire. Ce récit est différent du nôtre.

Qui peut savoir lequel est préférable ?

Prêtre. J je secrétaire n’y pense donc pas? Depuis longtemps vos récits sont réduits à néant.

Si j’ai consenti à entrer dans ces détails , ce n’a été que pour faire plaisir à vos seigneuries.

§ VI

Dziri. Ma réflexion aura maintenant un double à-propos. Ah ! si le babas savait de quelle supercherie le secrétaire fait usage en présence de sa bonne foi , il le maudirait.

Prêtre. Le disciple aurait mauvaise grâce de maudire quelqu’un, après les exemples de douceur et de clémence laissés par son divin Maître.

Dziri. Tout cela est parfait; trop parfait pour nous. Si tu savais, encore une fois...

Prêtre. Je ne désire connaître que le bien de mes semblables. Quant au mal , cachez-le à mes yeux avec un bernons doré.

Dziri. Mais c’est une chose qui intéresse la vérité.

Prêtre. A la vérité vous devez tout; à moi, rien.

Dziri. Dans le récit de Ben-Féthian, le secrétaire a supprimé à dessein un passage qui est en faveur de ta thèse : il suppose la mort d’Aïça. Ce passage, le voici : « Les savants ne sont pas d’accord sur la fin d’Aïça avant son ascension. Les uns disent qu’il fut élevé au ciel et ne mourut pas ; d’autres prétendent, au contraire, que Dieu le fit mourir, et le ressuscita après trois heures de temps; selon d’autres, après sept heures. Ceux qui affirment sa mort, se fondent sur ces paroles

A l’évangile. 121

<lu Coran adressées par le Très-Haut à Aïça : Je te ferai mourir, et t'élèverai à moi.

Secrétaire. Je n’ai pu tout dire à la fois.

Dziri. Ce passage se trouve au milieu de la page que tu as lue, entre ces deux alinéas : Ils ne s’aperçurent pas de la métamorphose , à cause des ténèbres. — Ils le lièrent et le conduisirent par une corde.

Prêtre. C’est là une petite ruse de guerre pour laquelle il ne faut pas trop quereller le disciple. Les hommes, à part de très-rares exceptions, 11e sont que ce qu’on les fait. Les coupables, ce sont les maîtres qui ont fait son éducation, et dont il suit le système.

Secrétaire. Pour mon éducation comme pour mon système , je ne connais d’autres maîtres que les pères de la Sonna.

Prêtre. Je le vois bien.

Dziri. Si tu as oublié, ô digne disciple de tes maîtres, ce que nous avons découvert dans le Coran et la Sonna, l’examen des récits que tu viens de citer devrait suffire pour te convaincre de l’organisation du mensonge en système.

§ VII

Prêtre. Abstenez-vous de tonte altercation , je vous le conseille, ô illustration algérienne! Quand les hommes sont coiffés d’un système ou d’une opinion quelconque , c’est du temps perdu que de vouloir les réfuter de front. Mais comme l’er-

reur se ment à elle-même, il suffit de l’attendre au passage. Jamais circonstance plus opportune pour faire l’application.

Mahomet, qui visait au titre de sceau des prophètes, pour esquiver le miracle de la résurrection d’Aïça, preuve irréfragable de sa divinité, a nié le fait de sa mort. De là le verset : Ils ne fon! pas lue, ils ne Vont pas crucifié : un qui lui ressemblait, a été mis à sa place. Mais comme le fait était trop enraciné dans l’opinion pour pouvoir être éliminé de l’esprit de tous, le fils d’Abd-Allah a prêté à Dieu la parole vague adressée à Aïça : C'est moi qui te ferai mourir, et t'élèverai à moi, en laissant à ses adeptes le soin de concilier les deux versets comme on voudrait ou l’on pourrait. De là, diversité d’opinions parmi les commentateurs. Ceux qui ont adopté le premier verset dans un sens absolu, n’ont reculé devant aucune difficulté pour le défendre, jusqu’à imaginer la métamorphose du traître, et sa substitution à la personne d’Aïça. Nous avons vu dans quelles erreurs et dans quelles contradictions ils sont tombés.

Les autres, arrêtés par le second verset , se sont rapprochés de la vérité , mais sans y entrer. Ils se sont échappés par la tangente en supposant une mort de quelques heures, immédiatement suivie de l’ascension; le tout opéré par la puissance du Très-Haut, Aïça étant réduit à un rôle entièrement passif. Mais ni les uns ni les autres ne se sont fondés sur rien. C’est ici surtout que le Coran a besoin d’être redressé et complété par

a l’évangile. 123

l’Évangile, où circonstances de temps, circonstances de lieu , de la mort , de la résurrection et de l’ascension d’Aïça, sont marquées d’une manière précise.

Page 1