‹ Passage du Coran a l'Evangile, faisant suite aux Soirees de Carthage, et a la Clef du CoranChapitre 17 sur 38 · IL · texte numérisé non relu

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Prêtre. Indulgence cruelle! Puisqu’il le faut, je reprends. Les deux récits commencent par des paroles offensantes pour Aïça, mais surtout humiliantes pour les auteurs. D’après celui de Damiri, Aïça, provoqué par les Juifs, les aurait maudits et changés ou fait changer en pourceaux. Que c’est là méconnaître le caractère du Messie ! Sa bouche, accoutumée à bénir, nes’ouvrit jamais pour maudire, pas même le disciple apostat, ni ses bourreaux : à celui-là il prodigua le nom d’ami; sur ceux-ci il appela le pardon et les

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bénédictions d’en haut, il est faux aussi qu’Aïça ait infligé aux Juifs l’ignominieux châtiment dont il est parlé.

Dziri. Quand il l’aurait fait , ce n’eùt pas été un grand dommage.

Prêtre. Vous ne savez, Messieurs, parfois, quel esprit vous anime. Pourquoi tant vous acharner contre cette portion de la famille d’Adam? Continuons.

Le passage en question n’est qu’un travestissement d’un passage de l’Evangile. Voici le fait :

Jésus se trouvait dans le pays des Géraséniens. Deux possédés se présentèrent à lui. Les démons qui les tenaient sous leur puissance, après avoir proclamé sa divinité, O Jésus, fils du Très-Haut ! le prièrent, s’il les chassait, de les envoyer dans les pourceaux qui paccageaient sur la montagne. C’est ce qui fut fait; et le troupeau se précipita dans la mer. (J/arc, ch. 5.)

Dziri. C’est très-joli.

§ III-

Prêtre. Ben-Féthian commence son récit en disant que Dieu prévint Aïça qu’il aurait bientôt à quitter la terre, et quù celle nouvelle Aïça frémit de frayeur. Ces paroles, comme celles qui viennent après, sont employées à dessein pour écarter d’Aïça toute apparence de divinité , mais elles ont le sort d’être contredites par l’Évangile. Écoutez : « Ils étaient sur le chemin de Jérusalem. Jésus dit à ses apôtres .* Voilà que nous mon-

tons à Jérusalem ; et tout ce que les prophètes ont prédit du Fils d’Adam, s’accomplira : il sera livré aux princes des prêtres, aux scribes et aux sénateurs, qui le condamneront, le tourneront en dérision, lui cracheront au visage, le flagelleront, et le mettront à mort. Le troisième jour, il ressuscitera. » Est-il juste de dire, Messieurs, qu’Aïça, semblable au commun des mortels, ignorait l’heure de sa mort , et en envisageait l’approche avec frayeur ou pusillanimité?

D’après vos récits encore, Messieurs, Aïça, pareil à peu près à uu chef d’atelier qui réunit ses hommes pour leur demander un coup de main après les avoir avinés, aurait convié les apôtres à un repas pour les prier de demander à Dieu la prolongation de sa vie. O enfants d’Ismaël , vous que Dieu a doués de cœur et d’intelligence, pourquoi voulez-vous passer aux yeux du monde pour méchants ou insensés?

Jésus convie ses apôtres , c’est vrai , mais à la célébration du beïram de Moïse, et non à un repas ordinaire. Voici les paroles de l’Évangile : « C’était le premier jour des azymes, auquel il fallait immoler l’agneau pascal. Les disciples s’approchèrent de Jésus, et lui dirent : Où voulez-vous que nous allions vous préparer la Pâque? Jésus envoya deux disciples, Pierre et Jean, en leur disant : A l’entrée de la ville, vous rencontrerez un homme portant une amphore pleine d’eau. Suivez-le dans la maison où il entrera , et vous direz au père de famille : Le Maître te fait dire : Mou temps est proche ; c'est chez toi que je fais la Pâque

avec mes disciples. Et le père de famille vous montrera une salle spacieuse et ornée. Préparez-y la Pâque. Les deux disciples partirent, se rendirent à la ville, se conformèrent en tout aux ordres de leur Maître, et préparèrent la Pâque.

« A l’approche de la nuit, Jésus s’y rendit, accompagné des douze apôtres ; à l’heure prescrite, il s’assit avec eux, et leur dit : J’ai vivement désiré de manger cette Pâque avec vous avant ma passion : car, je vous le dis, je ne la ferai plus jusqu’à ce qu’elle soit accomplie dans le royaume des cieux. » Et à cette Pâque figurative et préparatoire Jésus substitua la réalité, qui durera jusqu’à la fin des siècles.

Les interlocuteurs. En quoi consiste cette réalité?

Prêtre. C’est alors qu’eut lieu le miracle auquel le Coran fait allusion par la descente d’une table chargée de mets délicieux.

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