‹ Passage du Coran a l'Evangile, faisant suite aux Soirees de Carthage, et a la Clef du CoranChapitre 4 sur 38 · DIALOGUE III · texte numérisé non relu

DIALOGUE III

Sujet : Le prêtre reprend le dziri d’avoir prématurément indiqué pour guide la religion d’Abraham. — Il retire le dziri du doute par une autre voie. — Au lieu de rejeter entièrement le Coran, il suffit d’en compléter quelques passages par l’Évangile. — C’est alors que ces passages, réduits dans le Coran à l’état de lettre morte, ont un sens. — La plupart des dogmes chrétiens et des sacrements renfermés en principe dans le Coran. — Les vertus du Coran perfectionnées par celles de l’Évangile.

Prêtre. Messieurs , s’il y a un temps pour écouter, il y a un temps pour parler. Je me hâte de. repousser la complicité que vous me donnez à vos égarements, et de vous tendre la main pour vous ramener, si Dieu le veut, au sentier de la vérité. Absent hier de votre conversation, j’ignore par quel chemin vous êtes arrivés au point où vous vous trouvez; mais ce que je puis vous dire, c’est que vous avez fait fausse route. Il ne valait pas la peine de tant courir, pour entrer dans une impasse.

Tu es à plaindre, à dziri! En te séparant de

toute révélation, tu es tombé dans le doute, comme la pierre détachée du sommet de la montagne roule dans l’abîme. Tu es à plaindre, mais tu n’es pas le plus coupable. Le plus coupable , que le cadi me le pardonne, c’est lui : il ne convenait de détruire qu’à la condition de réédifier. Pour le faire, au lieu d’avoir si vite recours à la religion d’Abraham , de laquelle il n’a pu en temps inopportun tirer un parti salutaire, il devait commencer par employer les décombres du Coran.

Ami de la vérité , je dois à tous la vérité. Je vous la dirai donc, Messieurs, avec franchise : vous vous êtes montrés injustes à l’égard de Mahomet et de son livre. Si, pour mille raisons, vous ne pouvez reconnaître votre législateur pour prophète, ne trouvez-vous rien en lui qui convienne à un sage ? Examinez de sang-froid son œuvre , dans quelles circonstances il l’a accomplie, et les moyens qu’il a employés.

Mahomet se trouvait entouré d’idolâtres , de Juifs et de Chrétiens : d’idolâtres qui ignoraient l’unité de Dieu; de Juifs obstinés dans leurs égarements relatifs au Messie; de Chrétiens qui avaient dévié de la vraie route. Réunir sous le même drapeau, en les réunissant dans la même croyance, ces populations diverses et réciproquement exclusives, telle a été l’entreprise. Pour y parvenir, le législateur a su accorder à chacun ce qu’il ne pouvait lui refuser sans courir le danger de se rendre impossible. A chacun il a su faire oublier ou adopter ce qu’il fallait pour opérer la fusion.

Au polythéisme il substitue l’unité de Dieu ,

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dogme commun aux Juifs et aux Chrétiens. Mais, d’un autre côté, il remplace le pèlerinage de Jérusalem par celui de la Mecque, y compris les sacrifices , la vénération pour la Caaba, la pierre noire, la pierre blanche; usages d’où, après de longues tentatives, il n’a pu parvenir à détourner les idolâtres. Il consacre le divorce et la polygamie. Ceci devait plaire aux Juifs, et était une amélioration pour les Arabes , chez qui le nombre des concubines était jusque-là illimité. Mais les Juifs devaient à leur tour admettre la venue du Messie. Ceci devait plaire aux Chrétiens hétérodoxes , et leur devait paraître suffisant, à eux qui n’avaient du Messie une idée guère plus exacte que celle qu’en donne le Coran.

Par cette combinaison , Mahomet a d’abord fait ses affaires ; il a fait celles des idolâtres en les initiant à la connaissance de Dieu; il a fait celles des Juifs en les détournant de la vaine attente de ce qui est déjà arrivé ; il a fait celles des faux Chrétiens en posant l’unité de Dieu comme point d’arrêt dans leurs égarements. Mahomet enfin a constitué un peuple : premier titre de sagesse.

Moïse avait été envoyé pour donner une loi préparatoire; Jésus, pour apporter le complément à cette loi. Le fils d’Abdallah vient douze cent quinze ans après Moïse, cinq cent soixante-treize après Jésus. Il trouve un peuple qui, loin d’être mûr pour la loi de l’Évangile, a, en partie, l’ignorance et la grossièreté du peuple hébreu au temps de Moïse, en partie l’obstination dans l’erreur, plaie à quelques égards pire que l’idolâtrie. Le nouveau législa-

l'ASSAGE DG CORAN

teur donne aux siens une loi à la fois préparatoire par les éléments empruntés de la loi de Moïse, et renfermant en germe les éléments de la loi évangélique , comme s’il laissait à Dieu et au temps de marquer l’heure du passage des éléments préparatoires à la vérité complète. C’est ainsi que Mahomet, postérieur dans l’ordre des temps à Moïse et à Jésus, s’est placé, dans l’ordre des idées, contemporain du premier et précurseur du second : deuxième titre de sagesse.

Mahomet a rétabli l’unité entre la Bible et l’Évangile, unité rompue par les juifs. Le Coran a même, par son côté vrai, plus de rapports avec ces deux livres, que certaines de ses parties n’en ont entre elles.

11 paraît, Messieurs, qu’après avoir découvert dans ce livre des contradictions et des erreurs : contradictions entre versets et versets, entre préceptes et préceptes ; erreurs en histoire , erreurs en physique , erreurs en astronomie , erreurs au point de vue de toutes les sciences , vous avez conclu contre la divinité du Coran. Je ne prétends point m’inscrire en faux contre votre jugement ; mais le Coran n’en demeure pas moins un livre digne de notre attention. 11 s’identifie presque avec la Bible par les pratiques légales, par les institutions domestiques et civiles, par la partie historique, sauf les changements introduits à dessein par l’auteur. Un côté théologique et quelques idées saines du Coran forment, peut-on dire, une belle préface, et le livre que cette préface attend, c’est l’Évangile : troisième titre de sagesse.

a l’évangile.

Oui, Messieurs , que ce soit intention de la part de Mahomet, je voudrais pouvoir me le persuader, que ce soit permission divine, son livre renferme un ordre d’idées fécondes qui conduisent au livre de Jésus, où elles trouvent leur complément. Ministre de Jésus , je puis donc vous répéter dans un sens ce que lui-même disait aux enfants d’Israël : « Je ne prétends pas détruire votre loi, mais la compléter. »

Le Coran reconnaît l’existence et l’unité de Dieu; c’est bien: mais, tout en voulant exalter sa puissance, l’auteur, sans s’en douter, lui donne des bornes et détruit sa sagesse. Le Mectoub détruit radicalement la liberté de l'homme. En détruisant sa liberté, il détruit ja moralité de ses actions. La moralité des actions détruite, c’est par inconséquence qu’on enseigne l’existence d’une autre vie destinée à la récompense de la vertu et à la punition du crime. C’est par inconséquence qu’on établit des tribunaux sur la terre pour juger les coupables: sans liberté, il ne peut y avoir ni coupables ni vertueux. Dieu l’a voulu, voilà ce que vous répond à tout instant le libertin que vous reprenez d’une faute, le scélérat en qui vous condamnez un crime. La réponse est logique.

Qui pourrait énumérer, Messieurs, les funestes conséquences d’une telle doctrine? Pourquoi cette effroyable décadence des pays musulmans, à côté de la prospérité relative des pays chrétiens ?

Une des principales causes, c’est qu’à l’ombre du mectoub l’enfant du Coran s’endort dans l’indolence et l’inaction, taudis que l’enfant de l’Évangile se dit : Aide-toi, et Dieu t’aidera ! L’Évangile donne le dernier mot pour concilier la toute-puissante volonté de Dieu et le libre arbitre de l’homme.

Dans le Coran est professée la foi à une vie future. Heureuse inconséquence! Mais pourquoi promettre pour paradis un harem, et en constituer gardien, à la place d’eunuques, le Dieu trois fois saint ? L’Évangile dit : Dans le ciel il n’est ni époux ni épouses. Tous les bienheureux sont comme des anges. Heureux ceux qui ont le cœur pur , parce qu’ils verront Dieu.

Le Coran dit en parlant de l’homme : Dieu Ta créé dans un état parfait; et ailleurs : L’homme nait dans un état de misère. Ces versets , isolés et sans nulle explication dans votre livre, sont des lettres mortes, en apparence contradictoires. Ils se concilient parfaitement néanmoins , et renferment sur l’homme tout un système aussi philosophique que théologique ; mais la conciliation et l’explication de ces passages ne se trouvent que dans l’Évangile.

Le Coran fait l’éloge de la vertu, mais sans offrir à la faible humanité de secours pour la pratiquer. L’Évangile ehseigne certaines vertus inconnues aux disciples du Coran ; il les élève toutes à un degré plus sublime, et par des moyens proportionnés en facilite la pratique.

Le Coran recommande la crainte comme la vertu la plus agréable à Dieu , et ne dit rien de

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l’amour. Dans l’Évangile , la crainte n’est que le commencement de la sagesse; l’amour en est le perfectionnement : c’est que la crainte est la vertu des esclaves ; l’amour, celle des enfants libres.

Le Coran dit : Faites du bien aux croyartts.

L’Évangile dit : Faites du bien à votre prochain , sans distinction de culte ni de nation, de vertu ni de vice, afin d’imiter votre Père céleste , qui fait lever le soleil sur les bons etsur les méchants.

Le Coran dit quelque part que le pardon est préférable à la vengeance. Ce que le Coran semble insinuer une fois comme conseil, l’Évangile, dans toutes ses pages, le donne pour précepte. C’est que Jésus avait pardonné à ses bourreaux plus de six cents ans avant que Mahomet balbutiât le nom de pardon, sans pouvoir en baser sur rien la pratique. Sur ce point , comme sur tous les autres, Jésus a pu dire : Je vous ai donné l’exemple afin que vous fassiez comme vous m’avez vu faire.

Le Coran ne cesse de recommander la pureté.

De là, force ablutions. L’Évangile recommande la pureté du cœur, sans laquelle les ablutions physiques ne font que des sépulcres blanchis. Par l’usage des voiles le Coran parvient à faire des momies, jamais une femme solidement vertueuse; tandis que l’Évangile, sans autre voile que celui du cœur, sait faire des anges de vertu.

Le Coran dit que l’ange Gabriel ouvrit la poitrine à Mahomet, et purifia son cœur d’une tache de sang noir. Par ce seul fait, Mahomet donne à entendre que tous les fils d’Adam portent en

naissant une tache analogue; mais il ne dit rien de l’origine de cette tache, ni du moyeu de l’effacer. Ce que le Coran tait, l’Évangile l’enseigne.

Le Coran enseigne que Jésus fit descendre sur la terre une table chargée de mets délicieux ; mais il ne dit pas si, dans ce miracle, il s’agit d’un présent passager ou permanent. Ce que le Coran laisse ignorer, l’Évangile l’explique avec détail , et démontre que cette table se trouve encore parmi les hommes.

Vos traditions disent : Quand une localité se trouve affligée par quelque fléau, Dieu envoie des personnages invisibles, appelés kouls , pour apaiser la colère divine en expiant par la mort les crimes des populations. L’Évangile enseigne mieux que cela : un koul, le koul par excellence, est en permanence parmi les hommes. Tout Chrétien est instruit sur la manière de participer à un tel bienfait.

§ III

Voilà, Messieurs, le côté semi-vrai du Coran; voilà en substance ce qui doit en combler le vide. Est-ce sans motif, Messieurs , que Mahomet appelle votre attention sur l’Évangile en le nommant Livre de Lumière, placé comme un phare sur une colonne d’or au port du salut?

Est-ce sans motif qu’il en fait explicitement cet élose : « Ce livre renferme la lumière et la direction; il confirme le Pentateuque; il renferme la

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direction et l’avertissement pour ceux qui craignent Dieu. » (Sourate ta Table.)

Est-ce enfin sans motif que Mahomet a fait un solennel éloge de Jésus, quand il l’a appelé Parole de Dieu , Esprit de Dieu , avouant ainsi que tôt. ou tard l’esprit reprendrait ses droits sur le serviteur; quand il l’a appelé Conjirmateur du Pentateuque, sachant très-bien que le confirmateur n’a pas besoin d’être confirmé , et que ce titre équivaut à celui de sceau des prophètes; quand il dit enfin : « Ceux-là seuls sont membres de la famille des Écritures qui croient avant leur mort au Messie, et mériteront ainsi son témoignage au jour de la résurrection,» ne pouvant disconvenir que le prophète des prophètes ne peut être que celui à qui appartient le jugement en dernier ressort ?

§ IV

Messieurs, le Pentateuque était un testament : le Messie et son Evangile en sont l’héritage. Le Coran est un codicille en faveur de pupilles, codicille dont la date est de six cents ans postérieure à l’ouverture de la succession. Comme la liquidation ne sera close qu’à la fin des siècles , les nouveau-venus arrivent toujours à temps. Bien que votre titre ne porte pas de cachet authentique , Dieu ne vous exclut pas de l’héritage. Les majeurs ont pris leur quote-part; c’est à vous de voir si vous jugez à propos «l’entrer en possession de la vôtre, en vous faisant reconnaître pour fils de

famille, ou si vous préférez la tutelle de la servitude à l’émancipation. Je vous ai tendu une main amie ; c’était mon devoir. Dieu m’en tiendra compte; mais sachez bien qu’il n’est pas inattentif à la détermination que vous prendrez.

Les interlocuteurs arabes , sans rompre le silence, croisent leurs regards réciproquement scrutateurs. Le muphti et le cadi paraissent joyeux d’espérance , le secrétaire atterré. Le dziri, d’un air grave et impassible, reprend la parole.

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