WERTHER, RENÉ, JACOPO ORTIS
que son nom se lit sur les tables de proscription, que l'auteur nous le représente déposant dans quelques lettres la confidence de ses derniers sentiments.
Mais si la religion ni la morale austère ne peuvent approuver sa fin , il n'est pas odieux un seul moment. La haine qu'il porte à la société a commencé par l'indignation; l'injustice des hommes envers leurs semblables excuse jusqu'à un certain point l'injustice de l'opprimé envers la Providence; et si Jacopo Ortis finit par s'abandonner à la croyance unique d'un absurde fatalisme, on pardonne cette grande erreur à celui qui a perdu tout à la fois celle qu'il aime et sa patrie : le poignard dont il se frappe a quelques droits à l'amnistie que les siècles ont accordée au poignard de Caton.
Ce trait seul distingue l'ouvrage italien des deux romans que nous avons cités. Ortis est dans une situation assez simple; ses sentiments surprennent peu ; aussi l'ouvrage est-il moins profond que AYerther et que René; mais en revanche il satisfait l'àme; il est moins pénible que A\ erther, moins vague que René. Le malheur d'Ortis est plus naturel et légitime mieux ses plaintes et sa faute. 11 y a dans Werther plus d'esprit , dans René plus d'imagination , dans Ortis plus de morale.
Se résigner aux conditions de la société, quand même des vices et des travers seraient au nombre de ces conditions , est un devoir de bon sens ; se résigner aux crimes et aux abus des gouvernements , est un acte de faiblesse. L'indignation rêveuse de Werther et de René conduit à l'inaction par le découragement ; elle n'a jamais produit un bon citoyen. Le courroux philosophique d'un proscrit
comme Jacopo Ortis peut l'entraîner au désespoir et le résoudre à la mort. C'est une faute, sans doute, mais l'exemple de cette faute n'énerve point les âmes, et provoque au contraire ces énergiques sympathies qui donnent à la patrie des vengeui's.
Que les amis du passé, que les partisans de l'usage se désolent, mais qu'ils se résignent, une inévitable révolution menace notre théâtre. La routine , c'est-à-dire la paresse d'esprit, la prévention, c'est-à-dire l'injustice par anticipation , luttent encore et s'efforcent de retarder le moment fatal et décisif; parmi les auteurs , parmi les acteurs et dans le public même , il y a dés préjugés qui résistent , mais Us céderont ; car dans tous il se manifeste un besoin de nouveauté , inconnu de ceux-là même qui l'éprouvent, et qui se trahit sans s'avouer. Qu'il paraisse une imagination indépendante et féconde , dont la puissance corresponde à ce besoin et qui trouve en elle-même les moyens de le satisfaire ; et les obstacles , les opinions , les habitudes ne pourront l'arrêter. Comme elle aura deviné sou temps, son temps se déclarera pour
\ Cet article, inséré dans le Lycée français, t. V, est, je crois, un des premiers où l'on ait conseillé la tentative d'une reforme théàtnilc, sans traduire M. Schlegel , et sans emprunter des idées aux critiques étrangers. J'ai cru aussi qu'on trouverait quelque intérêt dans ce jugement sur un ouvrage digne d'être plus connu , Théâtre, par M. le comte J.-R, de Gain-Montaisnac. 1 vol. in-S". Paris, 1820.
elle. Elle révélera au publie ce qu'il cherche sans le savoir, ce qu'il demande sans en convenir, et fera succéder à un vague instinct un enthousiasme motivé. Alors l'exemple une fois donné, tous le suivront; le chemin une fois ouvert , tous s'y précipiteront , et les idées nouvelles en fait d'art dramatique deviendront bientôt des idées reçues. C'est la marche ordinaire : toute invention ne tarde pas à devenir une convention ; les découvertes font les sciences , et l'originalité crée des écoles.
Je sais qu'un tel changement est redouté de tous ceux auxquels il est commode de ne point toucher à leurs opinions et de les conserver telles qu'elles sont , comme une provision faite pour la vie et qu'il est inutile d'augmenter. Il se rencontre dans la république des lettres des esprits , comme dans la société , des hommes , dont l'ambition et l'aclivité sont bornées, et qui, satisfaits du fonds d'idées que leur ont acquis un peu de travail et d'industrie, n'ont plus d'autre envie que d'en jouir en paix , sans songer à sortir de cette médiocrité qui leur paraît dans son genre aussi précieuse pour la raison que pouvait l'être pour le bonheur celle qu'Horace a chantée. Ce sont, que l'on me pardonne l'expression, des cspiifs retires qui ne produisent et n'acquièrent plus. Mais ils ont cela de remarquable, qu'ils ne peuvent souffrir que d'autres fassent fortune. Lorsqu'une intelligence active et puissante, étendant au loin ses spéculations, ajoute à ses ressources naturelles des trésors acquis, ils lui reprochent la richesse d'imagination comme du superllu, et l'abondance des pensées comme du faste. Ils s'unissent pour la retenir dans ce rang modeste, dans cette situation sans éclat ([ue la natuic leur a imposée
comme leftr condition, et qu'ils se flattent d'avoir préférée par clioix, donnant ainsi pour une preuve de leur sagesse la marque de leur impuissance.
On peut voir s'il n'en est pas ainsi, s'il n'est pas vrai que, toutes les fois qu'il naît un écrivain créateur, les écrivains ordinaires se iiàtent, en blâmant son essor, d'en accuser l'audace et d'en rabaisser la difficulté. « Il est trop aisé, s'écrient-ils, lorsqu'on s'affranchit ainsi de toutes les règles, de se distinguer de la foule. La merveille et le vrai mérite, c'est de porter avec grâce la chaîne dont nous nous sommes chargés ; c'est de fournil" avec succès la carrière étroite où nous nous sommes renfermés. Mais que si nous voulions secouer les entraves du goût , dépasser les bornes de la raison , nous atteindrions sans peine une égale renommée , et nous produirions d'aussi grands effets. »
Ayez-en donc, madame, et voyons cette affaire,
disait la brillante Célimène à la prude Arsinoé , qui lui reprochait ses succès ; et c'est aussi la seule réponse que le génie puisse faire à cette pruderie de l'esprit , qui lui reproche ses conquêtes , et qui feint de dédaigner ce qu'elle envie.
Les plaintes , les censures , les mépris ne peuvent rien contre les grands talents : ils se fout jour à travers les nuages du préjugé ; la prévention elle-même est forcée de les reconnaître , et s'incline éblouie de leur lumière. Ils commencent par rencontrer des critiques, et produisent bientôt des imitateurs; ils violent une règle établie, et presque aussitôt, par leur exemple, ils en consacrent une nouvelle. JNaguère on lés repoussait comme des novateurs,
tout à l'heure on va les suivre comme des modèles. La même ser%ilité d'esprit , qui les a combattus dès leurs premiers pas , se traîuera dans peu sur leurs traces , et c'est eu leur nom qu'elle proscrira les essais nouveaux et les tentatives à venir. La supériorité intellectuelle, qu'on la nomme talent, raison, génie, comme on le voudra, exerce sur les hommes un empire si naturel et si légitime, que, dans quelque sphère qu'elle se montre, elle assemble en peu de temps à sa suite des sujets ou des adeptes, des admirateurs ou des copistes. Ses conceptions ne tardent pas à faire loi, et son autorité demeure en vigueur, jusqu'à ce qu'une autorité nouvelle se fonde à un titre égal et nouveau. En général, ce qu'on a appelé les vicissitudes des choses humaines n'est que le renouvellement successif du pouvoir dans tous les ordres ; ou bien encore, le progrès des idées parmi les hommes.
11 y aurait beaucoup à dire sur ce sujet; mais je me fie au lecteur , et il m'en saura gré. Qu'il me suffise d'avoir indiqué le fait général , dont je ne veux aujourd'hui lui donner la preuve que dans une application particulière. Je veux me placer dans un champ fort étroit, celui du théâtre. C'est là l'empire dont j'entreprends de signaler les vicissitudes; c'est le seul dont je prétende être le Montesquieu, et que je dénonce de nouveau comme menacé d'une révolution prochaine. J'exhorte donc tous les amis de la stabilité à se réunir pour conserver ce qui existe , car je les avertis qu'ils sont en péril. L'ancien régime du royaume dramatique est ébranlé, l'esprit révolutionnaire y fermente. L'iusurrection approche. Intérêts moraux, intérêts matériels , tout est compromis , je les en préviens : car les auteurs de la vieille école ne peuvent se
dissimuler que le jour où leurs principes sur l'art seraient abandonnés , la révolution qui s'opérerait dans la théorie se ferait ressentir à la recette ; et que, si l'opinion dramatique changeait de direction et de favoris , le caissier du Théâtre-Français pourrait bien changer de créanciers.
Il faut prouver mes prédictions : c'est à cela seul que je me crois astreint, et non à discuter s'il est bon que la révolution se fasse ou ne se fasse pas. Sans examiner si elle est juste, je vois qu'elle est nécessaire, c'est assez; je n'ai pas besoin de m'en inquiéter davantage ; car j'ai d'ailleurs la certitude que, fort différente en cela de quelques autres révolutions, elle respectera tous les droits acquis et ne nuira qu'aux abus. Les grandes légitimités, comme celles de Corneille ou de Racine, demeureront intactes , et la spoliation n'atteindra que quelques usurpateurs dont je veux taire les noms ; car on doit des égards au malheur, même lorsqu'il est mérité ; je ne veux point me faire délateur , et je n'ai pas envie de dresser moi-même d'avance des tables de proscription.
Maintenant ma conscience est tranquille , je puis développer sans scrupule les symptômes de la crise qui s'annonce ; et, s'il arrive des malheurs, j'espère que, suivant une méthode assez usitée , on ne m'accusera pas de les avoir provoqués, pour les avoir prévus.
Le signe principal du mouvement qui se prépare est , à mon sens, le dégoût marqué du public pour tous les ouvrages conçus et exécutés dans les règles. Il semble que tous les anciens moyens de l'émouvoir aient perdu leur efficacité. En vain cherche-t-on à les renouveler en les déguisant avec soin , en les engageant dans de nouvelles combinaisons ; il les reconnaît et s'ennuie. En vain
change-t-on les noms, les costumes, les décorations; il retrouve les mêmes situations dans d'autres lieux et les mêmes personnages sous d'autres habits. Rien ne le trompe, rien n'échappe à sa pénétration ni à son dédain. Il y a même de certains effets de théâtre tellement usés qu'il a fallu y renoncer tout à fait, témoin les suicides des jeunes princesses et les récits des confidents. Évidemment il faut inventer pour remuer ce public difficile et blasé : on ne peut plus fermer les yeux sur cette triste nécessité; et si Ton ne ^ eut pas s'exposer à le voir, par une grande et volontaire insurrection, consommer à lui seul la révolution qu'on redoute, et, désertant audacieusement la vieille constitution du Théâtre-Français, aller chercher, à quelque extrémité de Paris , un empire illégitime , mais mieux approprié à ses besoins nouveaux , l'empire du mélodrame , il faut que les grands esprits osent entreprendre eux-mêmes cette révolution qu'autrement ils seraient contraints à subir ; il faut qu'ils s'étudient à former habilement une intime alliance entre la tradition sacrée qui domine la scène classique et l'esprit nouveau qui menace de l'envahir. Craignons le mélodrame comme un pouvoir de fait; efforçons-nous de maintenir, s'il se peut, le fait là où est le droit, et de prévenir une désunion aussi fatale à l'ordre qu'à la liberté, c'est-à-dire,* pour rentrer dans le langage du sujet, au bon goût qu'à l'imagination.
Qu'a-t-on besoin d'attendre de nouvelles preuves du danger que je signale? A-t-on oublié ce qui s'est passé depuis plusieurs années? L'ingrat public n'a tenu aucun compte dural)le à la plupait des auteurs de la dignité du langage, de la rigoureuse observation des bienséances de
RÉVOLUTION DU THÉÂTRE. i33
notre scène et des unités matérielles. Dès le premier abord, il les a rejetées, ou s'est contenté de leur accorder un succès court et modique. Si l'on recherche quels sont les ouvrages qui ont obtenu un notable succès, et parmi ceux-ci quels sont les passages qui leur ont particulièrement attiré la faveur du parterre , on trouvera , j'en ai peur, que ce sont précisément les pièces qui sortaient jusqu'à un certain point du genre ordinaire des tragédies françaises, et dans celles-là les scènes ou les personnages qui se recommandaient par quelque chose d'étrange ou d'inusité. Mettons à part, je le répète, les ouvrages de génie, parce que dans ceux-ci les formes classiques n'ont pas été subies, mais choisies et presque inventées par l'auteur même; mais rappelons-nous ces tragédies régulières, qui ont eu dans leur temps un succès complet et quelquefois une véritable vogue ; qu'il y en a peu qui soient aujourd'hui goûtées et applaudies ! qu'il y en a peu qui, si elles étaient aujourd'hui données pour la première fois, produisissent un effet général et profond! Ou a remarqué que les reprises réussissent faiblement, et l'on s'est étonné de voir la renommée de certains ouvrages vantés autrefois pâlir et disparaître à cette nouvelle épreuve. Ne serait-ce pas une suite de cette aversion du public actuel pour les combinaisons surannées de nos tragédies, qui ressemblent pour la plupart à des variations du même air? Je ne sais pas beaucoup de nos ouvrages secondaires qui jouissent à présent de quelque faveur, à moins qu'un grand acteur, qui lui-même est une exception à toutes les règles, et dont le talent est à lui seul une innovation éclatante , ne leur ait donné ce dont il est si richement doué, l'originalité et le naturel. Talma
est la représentation vivante de ce qui manque au plus grand nombre de nos tragédies. Même dans celles qui passent pour bonnes , il y a quelque chose d'énervé qui ne prend plus sur les esprits. La répétition des mêmes moyens , toujours suivis des mêmes effets , leur donne à toutes une fastidieuse ressemblance ; et de là , les deux grands défauts de notre scène, le factice et le commun. A mesure que le nombre des ouvrages grossit, que les copies s'accumulent sur les copies et s'éloignent des modèles, l'insipidité fait des progrès, et l'ennui présent s'augmente de tout l'ennui passé. Lorsqu'après un long intervalle on remet au théâtre des pièces qui , lors de leur première apparition , n'étaient encore que des secondes ou des troisièmes copies, comme elles ont été depuis imitées à plusieurs reprises, le public, qui confond les temps, qui n'a point la complaisance ou la justice de se reporter à l'époque où elles ont été composées, les relègue au rang de celles qui leur ont succédé, et dont il est déjà las, sans songer que, précisément parce qu'elles sont moins récentes, elles sont un peu plus neuves que les tragédies contemporaines.
Si des reprises nous passons aux nouveautés , que sont devenues tant de tragédies arrangées suivant toutes les convenances de la scène qui sont les mêmes pour toutes , et contre les convenances du sujet qui sont différentes pour chacune, ces tragédies si conformes aux règles et si infidèles à la vérité , dénuées d'invention dans les ressorts , de vie dans les caractères , de couleur dans le style , et qui cependant ne blessent ni la bienséance ni le bon goût , qui sont même conduites avec art , pensées avec justesse, écrites avec élégance? Depuis le
commencement de ce siècle, trois ouvrages seulement ont obtenu et mérité im accueil distingué , les Templiers , les Vêpres siciliennes et Marie Stuarl. A quelle cause attribuer l'honorable exception que le public a faite en leur faveur , sinon à ce qu'elles présentent elles-mêmes d'exceptions aux usages de notre théâtre ? Le fait n'est pas contestable à l'égard de Man<' Shiart. Ce qu'on admire de vérité tant dans le caractère que dans l'action des personnages, est déjà une dérogation à toutes les lois qui régissent notre scène; et malgré le talent que je me plais à reconnaître dans l'auteur de Marie Stuart , c'est sans contredit, et lui-même il le déclare, à la force et à la vérité native de la conception originale qu'il doit une grande partie de son succès. Quant aux Templiers, cette pièce, quoique timidement faite, a certainement marqué par tout ce qu'elle a offert d'inaccoutumé sur notre théâtre ; et peut-être serait-il aisé de montrer que les défauts reprochés à ce bel ouvrage ont leur source dans la soumission trop scrupuleuse de l'auteur au despotisme des règles , soumission qui ne lui a pas permis d'entrer franchement dans son sujet, ni de reproduire tout entier l'événement qu'il voulait peindre. Quoi qu'il en soit, ce qui a ravi nos suffrages c'est l'idée heureuse et neuve de nous attacher par l'intérêt d'une situation purement historique ; car la situation l'est tout à fait , si les mœurs et le langage ne le sont pas.
Une semblable observation , et plus frappante encore , s'applique aux Vêpns siciliennes. Si l'on n'y trouvait que cette facilite de style, cette chaleur de sentiment, cette verve d'une poésie facile , ce langage entraînant et pur, et dont l'auteur se sert, pour emprunter l'expression de
Féuelon, comme dmi vêtement; certes, le mérite serait grand encore : aujourd'hui surtout que dans le style l'élégance est si commune et l'imagination si rare. Ce serait toujours un charme que d'entendre de beaux ^ ers , et il serait toujours permis de dire que les Muses lie Sicile }i avaient encore nen chanté de si grand ^ . Mais il faut reconnaître dans les Vêpres un mérite plus sérieux, des beautés plus fortes, des traits et des physionomies presque entières d'une vérité peu commune dans nos tragédies , des événements présentés avec ce caractère imprévu et brusque que le hasard donne toujours aux réalités , et que les poètes tragiques donnent si rarement à leurs fictions. Je citerai le personnage de Montfort, le plus complet, le plus naturel et par conséquent le plus critiqué de tous ceux de la pièce : l'inconséquence de sa conduite , ses fougues de colère et de générosité, de violence et de tendresse, sa paresse dans le pouvoir , son sommeil dans le péril , son imprévoyance qu'expliquent à la fois son courage et sa vanité sont autant de brillantes fautes qui signalaient alors les guerriers de notre pays , et dont on assure que la tradition n'est pas encore perdue. On peut citer encore plusieurs des actions de Procida , telles que le meurtre inopiné de Gaston , et surtout cette admirable scène de conjurés, qui, déjà si vive et si éloquente en ellemême, a cela de remarquable qu'elle a lieu dans le palais même de ceux contre qui l'on complote, circonstance singulière, comme il s'en trouve des milliers dans l'histoire, et particulièrement dansées œuvres bizarres et irrégulières qu'on appelle des conspirations. En revanche, > Sicelides Musae, etc.
si nous voulions relever les défauts de l'ouvrage , nous pourrions les imputer en grande partie à la réserve excessive de l'auteur , qui n'a pas non plus osé pousser ses idées jusqu'au bout , ni se fier à son imagination ej à l'histoire plus qu'aux leçons de l'art et aux règles de la scène. Ainsi, il ne s'est pas senti la hardiesse de faire de Lorédan le mari d'Amélie ; ce qui eût , dans le sujet et le pays donnés , rendu bien plus directe et bien plus terrible la jalousie entre le vainqueur et le vaincu , entre un conquérant français et un mari italien.
On peut examiner ainsi tel ouvrage qu'on ^oudra de ceux qui ont été récemment représentés; on reconnaîtra, je crois , que , soit que blasés par la jouissance continue des beautés régulières , nous ayons contracté le besoin d'émotions plus vives et moins communes, soit qu'au contraii'e cette révolution qui s'est opérée, qui s'opère encore dans nos idées et dans nos mœurs , en nous faisant considérer les choses humaines sous un nouveau point de vue , nous rende nécessaire un nouveau système dramatique qui nous les représente comme nous les voyons, il est de fait que les anciennes formes de nos tragédies ne nous suffisent plus, et que le poignard de la Melpomène française est émoussé. La préférence même que nous accordons à de certains ouvrages , à de certaines scènes qui n'attiraient autrefois qu'une médiocre attention, qui étaient à peine comprises, notre répugnance pour ces intrigues d'amour , pour tous ces moyens de théâtre qui déparent même quelques-uns de nos chefsd'œuvre, notre froideur peut-être excessive aux tragédies que la passion seule anime, l'enthousiasme que nous inspire tout acteur qui donne à son jeu du natiuel et de
la profondeur sont autant d'indices de la direction que doivent prendre désormais les poètes dramatiques , s'ils veulent marquer dans leur temps et durer après eux. Certes, je ne leur conseille, je ne leur demande point l'extrême liberté des théâtres étrangers, ce mépris de toute vraisemblance, qui nuit à la clarté et à l'effet de l'action théâtrale comme au développement et à la vivacité des sentiments. Je ne leur conseille , je ne leur demande pas cette imitation servile de la réalité, qui ne craint point d'allier dans le même ouvrage , de rapprocher dans la même scène la pompe et la grossièreté , les bouffonneries et les déclamations. Mais je conseille et demande cette liberté intelligente qui. ne se fait point scrupule d'étendre les clauses de la convention sur laquelle repose tout art dramatique , qui transporte sur le théâtre les hommes tels qu'ils sont avec leurs faiblesses , leurs incohérences et leurs inégalités , qui ne mutile pas enfin les événements, et leur conserve, non pas une minutieuse fidélité dans les détails , mais la vérité historique, c'est-à-dire ce caractère d'effets composés de la volonté et des circonstances, du conseil et du hasard , caractère bien connu de quiconque a considéré les affaires de ce monde ailleurs que dans les livres. Voilà le genre de beautés que je souhaite à nos tragédies futures , et qui , pour se rencontrer rarement chez nos grands maîtres, ne leur sont pourtant pas inconnues; voilà le genre d'altération qu'il est désirable, qu'il est instant de faire éprouver à la régularité forcée de la tragédie classique. C'est dans la marche de l'intrigue , c'est dans la peinture des individus et dans le ton du dialogue qu'il faut innover plutôt que dans la
construction, en quelque sorte matérielle, de la tragédie. Les changements ti'op fréquents de décorations , la multitude excessive des personnages et la prolongation démesurée de l'action, sont autant de violences faites à l'illusion théâtrale , déjà si peu respectée ; et l'on ne doit recourir à ces moyens d'exception qu'avec une extrême réserve, et lorsque la nature du sujet l'exige impérieusement.
Des considérations semblables paraissent avoir frappé et conduit même plus loin que moi l'auteur d'un ouvrage qui a donné lieu aux précédentes réflexions , et qui me semble mériter tout l'intérêt des lecteurs éclairés. M. le comte de Gain-Montaignac , dont l'amitié et les lettres déplorent encore la perte prématurée , avait reçu profondément la grande impression qu'ont dû laisser dans toutes les âmes élevées et sensibles les événements de notre âge. Cette impression avait réagi sur toutes ses opinions comme sur toutes ses facultés : à ses yeux , tous les objets , les choses réelles comme les ouvrages de l'art, avaient pris un nouvel aspect. Il était un de ces hommes qui, placés aux époques de passage où la société et l'esprit humain semblent se renouveler, appartiennent à l'âge qui s'enfuit en même temps qu'à l'âge qui s'avance, et s'agitent entre un passé qui les retient encore et un avenir qui les entrahie. Cette situation d'esprit n'est point rare de nos jours ; et si les événements lui laissaient le temps de s'observer et de s'exprimer elle-même , j'ai l'idée que nous lui devrions toute une littérature fortement caractérisée , très-différente de celle des gens de lettres de profession, et qui serait beaucoup mieux entendue dans le monde que dans les académies.
C'est à cette littérature qu'appartient le théâtre de M. de Gain. Si le cadre et la forme de ses drames sont empruntés de l'Angleterre et de l'Allemagne , toutefois on sent, en les lisant , que la pensée qui l'a déterminé pour ce genre, l'a contraint en quelque sorte de le choisir, et résultait encore plus de sa nature que de son goût. Il n'a pas adopté son système dramatique par une fantaisie littéraire , mais comme le seul qui lui permit de représenter les choses ainsi qu'il les avait vues, et les hommes tels qu'il les avait observés. Je vais le laisser parler lui-même, il rendra mieux que je ne le pourrais faire sa pensée et la mienne : « Familiarisés avec des révolutions terribles, sans » cesse renaissantes , qui de françaises deviennent euro- » péennes, et près desquelles les guerres civiles dont Cor- » neille fut le témoin ne sont que des jeux d'enfants, quelle » émotion et quelle étude irions-nous chercher au théâtre » tel qu'il existe? que peuvent maintenant nous appren- » dre des poèmes écrits dans un langage conventionnel , » nous offrant des personnages qui portent plus souvent » un masque habilement colorié qu'une figure vivante?... » Nous avons besoin désormais d'un art plus simple , plus » près de la nature et de la vérité. On ne pourra plus com- » mander notre intérêt qu'en nous montrant les hommes » qui ont influé sur le sort des peuples, tels qu'ils ont été » en effet, en les faisant agir et parler comme nous sentons » qu'ils ont dû agir et parler. Il faudra nous montrer à » découvert les petites causes des grands événements , la «variété prodigieuse des physionomies, le mélange de » bon et de mau^ ais qui se trouve dans tous les hommes, » l'inconséquence des caractères les plus décidés, et quel- » quefois aussi la suite des plus frivoles dans de certaines
M occasions ; enfin , la nature humaine en son ^ rai point » de vue, en sachant faire un clioix propre à frapper, à «émouvoir, à instruire, ce qui, toujours et partout, est » l'art du poète et son vrai but. Ne cessons jamais d'ad- » mirer Corneille et Racine comme de beaux génies qu'il » ne faut point prétendre égaler ; mais en relisant tou- » jours leurs poèmes immortels , si nous voulons encore » une scène, convenons que le système tragique dans le- » quel ils ont excellé a perdu de sa force et ne se prête
» plus à nos besoins Le principe constitutif d'un art
» est immuable sans doute ; mais les formes extérieures, » qui servent à l'application de ce principe , varient sans » cesse selon les temps et les lieux. »
On sent que les tragédies de M. le comte de Gain ne peuvent être appréciées avec justice, si l'on ne consent à se placer dans le système dramatique qu'il avait choisi. 11 s'était soumis à deux responsabilités indépendantes l'une de l'autre , celle de sa théorie et celle de ses œuvres : de là deux questions que nous tiendrons distinctes; et s'il devient nécessaire d'ouvrir une discussion réglée , nous prions les contradicteurs de vouloir bien s'inscrire séparément contre son discours préliminaire et contre ses tragédies.
« Vieillis par une longue et dure expérience, il nous est » devenu impossible d'être intéressés par des ouvrages » qui ne reposeraient que sur un idéal convenu ; et le lan- » gage magnifiquement vague de la tragédie en vers , sa » froide pompe et ses narrations épiques ont usé en France » tout leur effet. » Ces mots sont le résumé des principes de M. de Gain sur l'art du théâtre. Nous nous contentons de les rappeler, sans les appuyer ni les contre-
dire, et en faisant seulement nos réserves eu faveur de la poésie, qui nous parait très -digne de rester la langue de la tragédie, pourvu qu'elle daigne varier ses tons.
A'oilà donc les lecteurs et les critiques bien avertis : ils savent qu'ils ont affaire à des tragédies historiques , à des tragédies en prose, et dont l'auteur a beaucoup moins pris pour modèle le dialogue de Phèdre ou de Zaïre que le dialogue d'Eucrate et de Sylla. Lors même qu'elles seraient moins recommandables par leur mérite dramatique, il faudrait toujours y remarquer un sentiment de la vérité morale, qui n'exagère ni le mal ni le bien dans les personnages historiques ou supposés, qui tient compte à chacun de ses intentions et de ses motifs, qui n'accuse point les opinions des fautes des hommes, ni le cœur des hommes du vice des opinions , qui sait enfin reconnaître que , comme toutes les causes ont leur part de vérité , tous les caractères ont leur part de Acrtu. Ce discernement, cette justice a manqué à bien des écri^ains distingués, quelquefois à des littératures et à des époques tout entières. Et cependant elle est presque aussi nécessaire dans la composition des ouvrages d'esprit que dans la pratique de la vie ; rien ne la remplace pour ceux qui la connaissent; il n'y a point pour eux d'intelligence possible avec ces esprits incomplets qui ne voient qu'à moitié , qui ne pénètrent qu'à demi , avec ces esprits étroits qui méconnaissent toujours. La prévention corrompt en effet les plus rares qualités : par elle , la richesse d'imagination , la vigueur de raisonnement ne sont plus que des moyens de parer l'imposture, d'aiguiser le mensonge, d'armer enfin de spécieux prétextes tous ces préjugés du vulgaire qui deviennent in-
domptables dès qu'ils se croient autorisés. Aujourd'hui surtout que des changements de tout genre , si multipliés et si divers, nous ont fait un devoir en même temps qu'un besoin de l'impartialité , il faut dire à ceux qui en sont dépourvus : « Gardez-vous d'entreprendre de retracer la conduite et les sentiments des hommes ; vous ne les verriez point tels qu'il faut nous les montrer. Vos peintures seraient forcées ou inexactes; vous falsifieriez vos modèles. Gardez-vous surtout de la peinture d'histoire : incapables de vous transporter dans les temps et dans les lieux , vous ne sauriez comprendre ni reproduire des mœurs, des opinions, un langage qui ne sont point les vôtres; vous représenteriez ce qui n'est pas, ce qui ne fut jamais. Vous perpétueriez ces contre-sens trop longtemps soufferts sur notre scène ; vos personnages seraient infidèles à leur nom, ils mentiraient à leur pays , ils contrediraient leur siècle , et l'art de l'imitation par excellence deviendrait dans vos mains l'art du travestissement. »
M. de Gain n'a point mérité ces reproches : il s'est attaché à présenter tous les objets sous leurs véritables couleurs; il s'est fait une loi de conserver à toutes les opinions comme à tous les sentiments leur bonne foi , souvent même leur innocence, quelquefois leur charme. Je prendrai pour exemple une de ses pièces, dont le sujet est tel que ses propres affections et les principes de sa vie entière auraient pu facilement obscurcir de quelques préventions sa clairvoyante équité : ce sujet est la mort de Charles I". Ne croyez pas qu'il ait eu la maladresse d'accumuler aveuglément sur ce prince tous les genres de supériorités et de vertus, pour ne jeter sur ses adver-
vu PASSÉ ET PRÉSENT.
saires et ses juges qu'un vernis uniforme d'envie, de haine et de brutalité. II n"a point imaginé que l'intérêt de son héros malheureux lui donnât le droit de refuser à ses persécuteurs toute grandeur et tout enthousiasme. Cet ouvrage, comme tous ceux du recueil, est écrit dans un grand esprit de justice ; et si quelquefois l'auteur s'est mépris sur la vérité, c'est peut-être pour avoir trop compliqué les ressorts qui font agir ses personnages , et non pour les avoir, au gré d'une observation superficielle, façonnés sur les modèles convenus que nos auteurs copient éternellement, et qui n'ont jamais eu d'originaux. Le théàti-e de M. de Gain se compose de trois ouvrages : Charles-Quint à Saint-Just, Charles I" et la Coii- JH ration des adolescents; le plus remarquable est sans contredit le premier. Le sujet, dont la conception est heureuse et neuve , était particulièrement favorable au talent de l'auteur, plus habile, ce me semble, à lire dans le cœur des hommes qu'à représenter leurs actions, à leur prêter des sentiments qu'à leur supposer une conduite. 11 semble en effet que, trop occupé de l'impossibilité de donner jamais ses pièces à la scène, il ait cherché presque uniquement dans la tragédie une occasion d'exposer et de développer d'une manière saillante une observation sur un caractère ou sur une situation historiques, et qu'il ait plus songé à la rendre frappante pour la réflexion que sensible aux regards. Telle doit cependant être la pensée d'une tragédie ; il faut qu'elle soit ■slsible, pour ainsi dire, qu'elle puisse se personnifier entièrement, qu'elle perde sa forme abstraite, pour devenir tour à tour Ol'dipe ou Phèdre, Koxane ou Vendôme.
Nous nous attaclierons donc de préférence à la tragédie de Charits-Qinnt, comme devant donner une idée juste et favorable à la fois de la manière de M. de Gain. On y verra comment, en profitant d'une simple donnée historique, il a su s'en rendre maitre, deviner ce que les auteurs nous taisent d'après ce qu'ils nous racontent; et, par une induction ingénieuse et féconde , recréer tout un ordre défaits qui, supposés pour la plupart, ont presque tous l'air de la vérité. Quels sont en effet les fondements de sa pièce ? quelques lignes de Strada et un dialogue de Fénelon.
On sait qu'après les fatigues et les prospérités d'un long règne, lassé d'une des vies les plus agitées et les plus glorieuses que monarque ait menée , le rival et le vainqueur de François I", l'ennemi et le protecteur de la réforme naissante, l'effroi et l'appui du trône pontifical, celui dont les drapeaux avaient flotté dans trois parties du monde, l'empereur Charles -Quint, abandonnant le sceptre des Césars aux mains de son frère , et déposant sur la tète de son fils la couronne d'Espagne, des Pays- Bas et des Indes, alla ensevelir sa vieillesse , sa gloii-e , son génie , et peut-être ses remords , dans le monastère de Saint-Just, habité par les Hiéronymites , et situé sur les frontières de Castille et de Portugal. Tout est mystère dans ce singulier événement : les motifs de la résolution de l'empereur, les particularités de sa retraite ont donné lieu à des conjectures opposées, à des récits contradictoires, toujours étranges, souvent merveilleux. M. de Gain a su profiter de cette obscurité pour établir un système, dans lequel il a fait habilement rentrer quelques-uns des détails anecdotiques que des traditions di-
verses ont conservés ; et, sans s'inquiéter des objections, il a entrepris de représenter à sa manière , et dans un même tableau, l'entrée , le séjour et la mort de Charles- Quint à Saint-Just. Un tel sujet, qui, comme on le voit, embrasse plus d'une année, ne comportait pas une action très-animée; mais précisément parce qu'il se réduit à l'histoire des sentiments d'un homme extraordinaire dans une position extraordinaire, il offi'ait une riche matière au talent de l'observation. Chades-Oiànt, du reste, n'est pas une tragédie dans le sens ordinaire du mot, puisqu'il y manque une intrigue; c'est, dans une forme damatique, le développement d'un fait moral.
La pièce est précédée d'un prologue, qui se passe dans la vallée de Just d'Estramadm-e , près du monastère des Hiéronymites. A côté de leur égUse s'élève un pavillon nouvellement bâti , et qui domine la vallée. L'architecte qui a dirigé la construction de ce pavillon, destiné à servir de retraite au plus puissant monarque des deux mondes, annonce sa prochaine arrivée à un vieil hidalgo, qui n'ose croire que ce soit là le séjour du général sous lequel il a si longtemps servi. Cependant les habitants de la vallée arrivent en foule; ils précèdent l'empereur qui paraît bientôt , suivi de ses deux sœurs, les reines douairières de France et de Hongrie. Tous les Espagnols s'agenouillent ; il les relève avec empressement , en se flattant qu'il fait un acte d'humilité. Les religieux sortent du couvent pour le recevoir ; et en leur présence , avec un sentiment sincère sans doute, et qu'il croit profond et religieux, il implore la miséricorde céleste. Presqu'en même temps, il aperçoit l'hidalgo , le reconnaît pour un vieux guerrier, et le nomme chevalier de Saint-Jacques.
S'approchant ensuite de ses sœurs, il leur montre le lieu de sa retraite, le beau paysage qui s'étend sous ses yeux ; et , après quelcfues mots de tendresse et de piété , après avoir brièvement recommandé à ceux qui furent ses sujets la fidélité à leur ancien Dieu et à leur nouveau maître, il monte les degrés du portail, et s'abandonne à celui qui donne le repos et les empires.
Le premier acte se passe dans la salle principale de l'appartement de Charles, à Saint-Just. 11 est seul : ce sont ses premiers moments de retraite et de tranquillité. Les fleurs de son jardin , la vue de sa fenêtre , le chant éloigné des religieux, tout le calme et lui plait ; son oisiveté même est un bonheur tout nouveau ; et c'est confusément, qu'à travers sa joie, qui semble désintéressée, il laisse percer la joie moins pure de se voir délivré d'un roi de France, dont la rivalité lui pèse, et d'un fils dont l'ambition l'inquiète. Les religieux, leur prieur, Turriano, ce mécanicien qui, selon l'histoire, partagea sa retraite, tous se ressentent de la douce disposition de son àme. Pour la dernière fois il veut réunir à sa table les hidalgos du voisinage, et, en attendant, il sort avec le prieur pour visiter l'établissement. Pendant ce temps, un jeune no\ice, le frère Paul, reste seul; et jeté dans un cloître par la volonté de ses parents, il maudit ce séjour, où d'autres se réfugient, et regrette, sans le connaître, ce monde que d'autres abandonnent. Bientôt toute la noblesse du canton se présente, et, en attendant l'empereur, admire la simplicité de l'asile choisi par le premier des grands d'Espagne. Charles reparaît; il les accueille et les complimente avec cette bienveillance altière que donne la vie du trône ; il les interroge avec cet intérêt affecté
<i8 PASSÉ ET PRÉSENT.
d'un homme qui n'a pas oublié que ses questions sont des faveurs , et pour qui les réponses ne sont guère que des révérences. La porte s'ouvre; on annonce que le repas est prêt; l'empereur sort le premier, en s'appuyant sur don Gomez, le chevalier de Saint-Jacques. Tous suivent alors sans distinction de rang.
UN HIDALGO, à son voisiti avant de sortir. Auriez-vous cru, seigneur, qu'il fût si facile de paraître et de demeurer devant un roi?