‹ Passé et présent [microforme]Chapitre 1 sur 97 · RÉCITS DE VOYAGES · texte numérisé non relu

RÉCITS DE VOYAGES

Ceux qui, après la révolution de juillet, s'avisèrent d'entrer en Allemagne, soit pour y faire quelque étude, soit par curiosité, furent plus d'une fois assez désasréablement surpris des méfiances de la police et des rigueurs de ses agents. [est de fait qu'à cette époque, si les bons et innocents bourgeois de la vieille Germanie étaient toujours fort hospitaliers, les hommes du gouvernement ne l'étaient guère. I fallait être muni d'un passeport bien complet, et doué d'une physionomie bien ingénue, pour ne pas éveiller dans leur esprit quelque atroce soupçon. Les princes et les diplomates regardaient la France comme w# pays en feu, et

lo

2 PASSE ET PRÉSENT tout homme venant de là était envisagé de prime abord comme un brandon incendiaire, c'est-à-dire comme un propagandiste. On partait de ce point de vue, et lon commençait Pexamen de sa personne, Ty avait cerlaines remarques auxquelles les inquisiteurs de la police croyaient infailliblement reconnaitre Fapôtre des constitutions libérales, Le passeport daté de Paris était d'un mauvais augure: la cravate bariolée de rouge et de bleu n'indiquait qu'une moralité fort équivoque ; la moustache avait un petit air conquérant qui ne plaisait que tout juste: enfin le collier de barbe était considéré comme un signe de ralliement. Si à ces emblèmes fâcheux le voyageur avait le malheur de joindre le tre de journaliste ou d'avocat, c'en était fait de son voyage. On lui démontrait par des arguments irrésisüibles qu'il ne pouvait aller plus loin, et, S'il avait la hardiesse extrème de faire encore quelque objection, le corps de garde était là pour lui prouver d'une facon irrécusable la parfaite injustice de sa cause, ai connu un jeune légiste fort inoffensifet fort studieux, attiré au delà du Rhin par la réputation de Mittermaier, de Hugo, de Savigny, et qui dans l’espace d'une année subit einq à six fois cette terrible argumentation des agents de police, Son crime était d'avoir une figure assez conforme au signalement de Mazzini, le démocrate italien, et, quoiqu'il démonträt par les preuves les plus positives qu'il était né en France, élevé et domicilié en France, dès que les fonctionnaires chargés de veiller à la sûreté publique voyaient ses yeux noirs et ses cheveux noirs, ils commençaient par l'envoyer en prison. Le ministre de

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