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LA SUËDE SOUS BERNADOTTE sh) que je lai quittée, elle était grande, forte, respectée, « J'ai toujours désiré que ma politique fût celle de la France. Je suis venu dans ce pays et j'ai dû remplir ma mission. J'ai fait tout ce que ma conscience me preserivait de faire; mais faurais mille royaumes à donner à la France que je ne nracquitterais pas envers elle de la reconnaissance que je lui dois. Souvent on lait des tentatives, et le succès les justifie. Le suecès m'a justifié, mais Je puis dire que je n'ai jamais travaillé en vue du succès,
€ J'ai été attaqué, voilà le fait, Ne parlons pas de cette époques mes entrailles en sont encore émues. Fai été attaqué. Fai demandé qu'on suspendit Finvasion de la Poméranie : on ne nr'a pas répondu, Si Napoléon avait voulu être sage, Si n'avait pas tenu au svstème continental ni à la guerre de Russie, il était César, 1 serait devenu Auguste. »
Puis, de cette époque, dont la mémoire lattristait visiblement, revenant tout à coup à l'époque actuelle : € La France, ajoutaitil, ne doit pas désirer la guerre, Les hommes qui ont fait la guerre ont employé ou le fanatisme religieux ou le fanatisme de la liberté, Le hnatisme religieux est passé; le fanatisme de la liberté emportera ceux qui S'y soumettront. Ni la France fait ki guerre et remporte la victoire, elle donnera par là
> un étonnant élan à ses opinions; mais cel élan, où
Sarrôtera-t-11?...
€ Personne ne songe à attaquer la France, je puis
à lallirmers mais st on lattaque, elle peut remuer le monde...
« La France tranquille, l’Europe ne sera jamais agitée... »
Un instant après, il revenait encore aux divers incidents de son élection, à la fatale alternative où son titre de prince royal de Suède l'avait jeté en 1813. Il semblait qu'une pensée impérieuse, une pensée rebelle, à laquelle il tentait en vain d'échapper, le ramenit sans cesse malgré lui à cette phase décisive de sa vie. « L'amour-propre, me dit-il, est souvent le mobile de nos actions. À l’époque où je fus élu, on disait: « Il est « proposé, mais il n’osera pas accepter ». Ce mot vint de haut. Alors j'aurais voulu abdiquer mes emplois, ren-
trer dans la vie privée; mais ce mot : à n'osera pas! M
m'entraina, et j'osai. »
Après avoir rappelé à diverses reprises la déplorable époque de 1815, il se tut tout à coup et resta quelques instants immobile, la tête penchée. Sa figure, jusque-là si vive, si animée, se revêtit soudain d'une indéfinissable expression de tristesse; puis, se levant brusquement ct m'entrainant vers la fenètre :
mençait à se répandre dans la chambre où nous étions: mais, au pied du palais, nous voyions les vagues de ki mer, les flots du lac Mélar dorés par les rayons di soleil couchant. Les banderoles des navires, les pa villons de lamirauté et des casernes flottaient au souffle de la brise, et, tandis que la façade du théâtre. les larges maisons du Blasieholm, projetaient sur le pavé de grandes ombres, les vertes collines du pare. les bouleaux aux branches pendantes, les pins à Ja téte
[TE at VAI F \ @ Ah! je crois, s'écrir M il le disai
til, et il faut croire! » En ce moment l'obscurité com. #
arrondi ciel d'a quai el d'un bi un aulr un COU] vapeur ; silence ment ém de religi mots : « scène, pi de roi, Chaque ans plus vieux, il Certes, ec pouvoir e l'on vit c4
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mais arrondie, se détachaient en lignes distinctes sur un ciel d'azur. Cà et là une barque s’éloignait encore du s in- quai et glissait légèrement sur l'eau limpide. À côté Aou d’un bâtiment qui venait de jeter l'ancre dans le port, 15. fl un autre navire larguait ses voiles, virait de bord, et belle, un coup de canon annonçait l’arrivée d’un bateau à nent vapeur; dans l’intérieur de la ville, tout était déjà calme, à vie. silencieux. Le roi contemplait d’un regard profondéile de ment ému ce doux et imposant spectacle, et nulle parole cest de religion ne m'a plus frappé dans le monde que ces t vint mots : QI faut croire! » prononcés en face d’une telle $, ren scène, par un vieux soldat de 1789, dans son palais à pas! DA de roi.
| Chaque fois que j'ai revu Charles-Jean, un an, deux lorable ans plus tard, il m'a exprimé le même sentiment reliielques EN vieux, il m'a parlé de la France avec le même amour.
ue-là si D Certes, ce fut un jour affreux, un jour qu'il faudrait
issable pouvoir effacer de notre histoire moderne, que celui où nent et EN l'on vit cet enfant de la France, anobli, illustré, comme s'écrit il le disait lui-même, par la France, s’allier aux ennemis de notre pays, tracer lui-même le plan de bataille
ù qui devait ensevelir nos soldats dans les plaines de
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Di Leipzig, ouvrir, selon l'expression de Napoléon, aux à hordes du Nord le chemin du sol sacré. « Pour pren- & dre femme, disait encore Napoléon dans son style éner- Svique, on ne doit point renoncer à sa mère. » Et à Charles-Jean à renoncé à sa mère, à la terre vénérable Spour laquelle il avait si longtemps combattu, dont il avait vaillamment partagé les périls, et qui lui avait mis au front un rayon de gloire. Mais qu’on ne croie
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58 PASSE ET PRÉSENT pas, comme l'ont prétendu quelques écrivains trop faciles et trop mal informés, qu'en s'éloignant de la
France pour poser le pied sur la première marche du trône de Suède, Bernadotte eût déjà des projets de rupture arrêtés. Non, j'en ai l'intime conviction, et, en tenant compte même de son état de rivalité à l'égard de Napoléon, tranchons le mot, de l'hostilité qui éclata
assez ouvertement au {8 brumaire, qui ne fut que palliée ensuite, et qui dut se réveiller par le peu d’empressement et de bonne grâce que l'empereur mit à sanctionner l'élection de la diète d’Orebro; non, Bernadotte, en prenant congé de Napoléon et en disant adieu à la France, ne songeait point à rompre avec Napoléon et avec la France. Et si, par malheur, il eût eu cette coupable intention, tout ee qu'il remarqua dès son arrivée en Suède aurait suffi pour l'en détourner. La Suède était depuis plusieurs siècles l’alliée de la France: la Suède sentait bien que, dans la déplorable situation où l'avait jetée Gustave IV, elle devait chercher de notre côté son appui: que la Russie était un plus puissant, un plus redoutable adversaire, et que, pour se défendre contre les projets d’invasion d’un tel colosse, elle n'avait pas de secours plus sincère, plus désintéressé à attendre que celui de la France. Le roi Charles XIE, appelé par une subite révolution à porter la couronne à demi brisée de son neveu, partageait à cet égard toutes les idées de la nation. Jeune, il avait valeureusement conduit les vaisseaux de son frère Gustave III contre les flottes de Catherine IE. I s'était signalé dans mainte entreprise hardie. Toute sa gloire lui venait de
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ses combats contre la Russie. Tous ses plus beaux, ses plus brillants souvenirs se rattachaient à cette époque
de lutte ardente. Plus tard, appelé à la régence de
Suède, pendant la minorité de son neveu, il s'était
opposé au mariage du jeune roi avec une princesse de Russie. Dans sa vieillesse il conservait les mêmes principes de sympathie et d'abandon du côté de la France, de défiance et d’éloignement envers la Russie; et certainement il ne les dissimula pas à l'illustre maréchal français qui arrivait en Suède pour lui succéder. Malheureusement le ton impérieux de Napoléon, les notes acerbes et violentes de son ambassadeur à Stockholm, ébranlèrent peu à peu les dispositions amicales du roi de Suède et de ses conseillers. Deux années pénibles se passèrent, véritables années d'épreuves pour la Suède. Dans le cours de ces deux années, la France prescrivait sans cesse de nouvelles conditions; la Suède se plaignait doucement, puis se résignait, non sans comprendre toutefois l'importance des sacrifices qu’on imposait à son commerce, à son industrie, et sans se sentir humiliée de les faire. Avant de quitter la France, Charles-Jean avait eu avec l’empereur un long entretien sur la Suède. Napoléon voulait que ce royaume se soumit à toutes les conditions du système continental, système plus pénible, plus dangereux pour ce pays que tout autre. Bernadotte demanda quelques mois pour étudier l’état de la Suède, les dispositions, les ressources du peuple qu'il était appelé à gouverner. Cet ajournement lui fut accordé, et les Suédois, attribuant à son influence personnelle une con-
cession à laquelle ils attachaient un grand prix, en éprouvèrent pour lui un nouveau sentiment de respect et de considération. Mais, dès le mois de novembre 4810, Napoléon adressa rudement à la cour de Suède son ultimatum : « Choisissez, dit-il: des coups de canon aux Anglais qui s’approchent de vos côtes et la confiscation de leurs marchandises, ou la guerre avec la France ». ït l'on dosnait cinq jours pour répondre. Cette de. “33 à impérieuse, qui ne permettait plus aucune obseratioe, répandit la terreur dans la capitale, Le conseii du roi fut appelé aussitôt à délibérer sur la doulourcuse alternative où la Suède se trouvait tout à coup placée. Fermer avx Anglais les ports de la Suède, c'était ravir à ce pays ses plus sûres, ses dernières ressources. Entrer en guerre avec la France! ia nation entière ne pouvait encore s'y résoudre. Charles-Jean assistait au conseil qui allait discuter une si grave question. Dans la pénible anxiété qu'il éprouvait, dans l'obligation qui lui était imposée st inopinément par le sort de sacrifier les intérêts réels, nécessaires de la Suède, ou de prononcer un vote contre la France, 1l se retrancha dans la neutralité. « Agissez, dit-il aux conseillers du roi, comme si je n'étais pas là. Je suis prit à mettre à exécution les mesures que vous jugerez devoir prendre dans une telle crise. » Le résultat de la délibération fut tel que l’empereur pouvait le désirer. Charles-Jean lui écrivit alors la lettre suivante :
€ NIRE,
« Par ma lettre du 11 novembre j'ai eu l'honneur
D ONOUS, cau “
d'instra
tout ce
pour art Le minis sujet, lo porter L santé d prouvait
contre n répondre qu'une n M. le ba veante al l'unissent ennemi | posséder
« En n
de Suède, lerèts du dant tren de m'ado promis, € était doul à Votre M:
«€ Dans bandonne | prendre pi «Le cot
d'instruire Votre Majesté que le roi était prêt à faire
s € à Fr tout ce que les lois constitutionnelles lui permettaient 10, M pour arrêter l'introduction des marchandises anglaises, ulti- M Le ministère s'occupait d'un règlement très sévère à ce aux Me sujet. lorsqu'une dépèche de M. Lagerbielke est venue tion porter x douleur dans l'âme du roi, et déranger sa 6», M santé d'une manière bien sensible, Cette dépêche nous e de. M prouvait à quel point Votre Majesté était prévenue bser- A contre nous, puisqu'en nous donnant cinq jours pour cut répondre, elle nous trutait avec la même rigueur LE qu'une nation ennemie; et la note officielle remise par coup M. le baron Alquier n'a laissé à la Suède que lafflinode, M geante alternative, où de voir rompre les liens qui tes ï l'unissent à la France, ou de se livrer à la merci d’un ation 0 ennemi formidable, en lui déclarant la guerre, sans -Jcan posséder aueun moyen pour le combattre, ques- «En me décidant à accepter La succession au trône dans Mi de Suéde, J'avais toujours espéré, Sire, concilier les in- Mn lé « lérèts du pays que j'ai servi fidèlement et défendu pendec dant trente années, avec ceux de la patrie qui venait il se de m'adopter. À peine arrivé, J'ai vu cet espoir comah promis, et le roi a pu remarquer combien mon cœur s pré était douloureusement combattu entre son attachement ne dés à Votre Majesté el Le sentiment de ses nouveaux devoirs. td «Dans une situation si pénible je n'ai pu que m'aslrot bandonner à la décision du roi, et m'abstenir de
prendre part aux délibérations du conseil d'Etat. 3 . Tel Q . , À «Le conseil d'État ne s’est pas dissimulé :
kil , , , … QT" Qu'un état de guerre ouverte, provoqué par hneur Me nous, causera infailliblement la capture de tous les
bâtiments qui sont allés porter des fers en Amérique:
€ 2 Qu'à la suite d'une guerre malheureuse, nos magasins sont vides, nos arsenaux sans activité et di. pourvus de tout, et que les fonds manquent pour parer à tous les besoins;
« 3° Qu'il faut des sommes considérables pour mettre à couvert la flotte de Carlscrona et réparer les fortifi. cations de cette place, sans qu'il y ait aucuns fonds pour cet objet;
€ 4° Que la réunion de l’armée exige une dépense extraordinaire d'au moins 7 ou 8 millions, et que h constitution ne permet au roi d'établir aucune taxe sans le consentement des états généraux :
€ 5° Enfin, que le sel est un objet de première €t absolue nécessité en Suède, et que c’est l'Angleterre seule qui l'a fourni jusqu'ici.
« Mais toutes ces considérations, Sire, ont disparu devant le désir de satisfaire Votre Majesté. Le roi et son conseil ont fermé l'oreille au eri de la misère publique, et l'état de guerre avec l'Angleterre a été résolu, uniquement par déférence pour Votre Majesté, et pour convaincre nos calomniateurs que la Suède, rendue à un gouvernement sage et modéré, n'aspire qu'après la paix maritime. Heureuse, Sire, cette Suède si mal connue jusqu’à présent, si elle peut obtenir, en retour de son dévouement, quelques témoignages de bienveillance de la part de Votre Majesté!, »
Cette première difficulté ainsi résolue, il s'en pri-