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EN ALSACE 125 paysan, des portefaix, ete. À trois heures, un homme en veste et en culotte jaune s'arrête au milieu du pont, ‘avance du côté du fleuve, s'appuie sur le parapet, rearde l'eau, recule d'un pas, et avec un gros bâton frappe trois coups bien distinetement sur la balustrade. Tous ces incidents et bon nombre d'autres qui paraissaient sans importance sont notés ponctuellement. Quatre heures sonnent. M. de Chamilly remonte dans sa voiture, arrive chez le ministre le surlendemain avant minuit, confus de n'apporter que des notes si insignilantes. Les portes de lhôtel sont aussitôt ouvertes. M. de Louvois prend avec empressement le cahier de papier et lit, et lorsqu'il arrive à la mention de l'homme en veste jaune, la joie éclate sur son visage. IE se rend chez le roi, le fait réveiller, cause un quart d'heure au chevet de son lit, puis, en toute hâte, expédie quatre courricrs qui depuis quelques heures étaient prêts à partir,
Les trois coups frappés sur le parapet à une heure convenue étaient le signal du suceës de la négociation engagée entre M. de Louvois et les magistrats de Ntrasbourg,
Trois semaines après, le 25 octobre 1681, Louis XIV entrait triomphélement dans la vieille cité impériale, réunie désormais à la France. L'ancienne bannière de Strasbourg semblait annoncer cette union elle : représente la Vierge avec l'Enfant Jésus, tenant à la main une leur de lis.
L Coste, Réunion de Strasbourg à la France, p. 18.
120 lV'ASSÉ ET PRÉSENT
Comment, après deux siècles, cette heureuse alliance a-t-elle été rompue? Hélas! nul de nous ne peut l'on. blier.
Un Alsacien, que la guerre a exilé de son foyer, fait un tableau idyllique de la blanche maison qu'il oc. cupait avec sa femme et ses enfants, en été, à la cn. pagne, près de Strasbourg, et au mois d'août 1870 écrit :
« Deux mois se sont passés, La soirée du 24 août es sombre, le temps humide et le ciel couvert de nuages La maison blanche est toujours là, encadrée de ver. dure; ma.s comme la scène a changé!
«€ Dans la cour est établie une cantine où sont attablés des soldats allemands coiffés du casque à pointe de cuivre. Des factionnaires veillent aux portes, armés tu lourd fusil à aiguille. Sur la terrasse sont réunis pli sieurs officiers prussiens. Ils boivent de la bière « fument des cigares. Leurs regards sont tournés vers h cathédrale de Strasbourg, dont la flèche dentelée se dr. tache en noir sur le ciel gris. On dirait qu'ils sont dans l'attente d’un spectacle. [ls regardent l'heure à leur montre et s’impatientent,
@ Il règne un grand silence. Pas un passant dans le chemin; pas une voiture sur la route. Tout est morne tl sumbre. Tout à coup on entend sonner au loin l'heure. La cloche de la cathédrale tinte huit fois. C’est le glas funèbre de l'antique capitale de l'Alsace,
« Aussitôt éclate un bruit épouvantable. Cent pièces d'artillerie détonent à la fois. De tout côté les projectiles sont lancés et convergent sur Strasbourg. Les
hombes tr afflent et du Rhin midable.
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EN ALSACE 127 hombes tracent dans l'air leurs sillons de feu. Les obus äflent et éclatent. Les gros mortiers établis au delà du Rhin dominent ce vacarme de leur tonnerre formidable.
«La forteresse répond par tous les canons de ses remparts, et la vieille cité apparait au milieu d'une ceinture de feu.
« À ce spectacle sinistre, les Prussiens poussent un Wiple hourra. La joie et la haine éclatent sur leurs \Isayes.
QAu-dessus de Strasbourg s'élève une épaisse fumée, que parfois le vent agite comme un immense drapeau noir, Bientôt les flammes Jjaillissent; la grèle des pro-
jectiles allume partout des incendies. La clarté qu'ils
projettent est telle, que l'on aperçoit comme illuminés les grands édifices, les hautes toitures, les clochers des églises, La cathédrale est intacte encore, et sa masse colossale se dresse majestueusement et semble grandir a milieu des ruines qui l'entourent,
QC On peut compter un à un les édifices qui brülent. lei, le faubourg et les casernes; là, le musée de la place Kléber ; plus loin, le temple neuf et la bibliothèque avec ss manuserits précieux, ses médailles, ses trésors dcumulés depuis des sièeles. D’inunenses gerbes de laummes s'élèvent vers le ciel, et les papers qui brülent burbillonnent au loin en vives étincelles, L'ennemi dirige ses projectiles vers les foyers d'incendie pour rendre tout secours et tout sauvetage impossibles. Ce sont d'énormes brasiers au milieu desquels Les bombes tt les obus font explosion, Détonations incessantes,
128 PASSÉ ET PRÉSENT longues paraboles lumineuses dans le ciel noir, éch. lement sinistre des incendies, une mer de feu’. »
Pendant plus d'un mois la fière cité combattit ave une prodigieuse résolution. Le 28 septembre, elle nn pouvait plus résister. Quarante-quatre pièces d’artilleris badoise et quatre-vingt-dix-sept prussiennes, canon rayés et mortiers, nuit et jour l'avaient mitraillée?, Ces ainsi que notre noble chère ville de Strasbours fut annexée à l'Allemagne.
L'Alsace avait cruellement souffert de la guerre de Trente Ans, cette terrible guerre enfantée par Ka Réfor: mation”, ;
ar un décret de Louis XIV, des concessions de lerrain avec des exemptions d'impôts pendant six ans furent accordées à tous les étrangers qui voulue s'établir dans cette province. D'autres sages ordonnances, une régulière et paternelle administration amtliorèrent graduellement sa situation, et, lorsqu'en 167 les Impériaux essayèrent de l'envahir, Turenne le baitait à Turekheïm et Condé à Haguenau *.
En 1748 et 1848 l'Alsace célébrait par des fêtes