livre publi S gravurés
Au delà d’Andlau, les ruines du château de Spesbourg, jadis résidence de la noble famille des Dikos qui s'éteignit au quatorzième siècle.
Au delà de Barr, les larges pans de murs du château de Landsperg, qui fut construit au douzième siècle et longtemps habité par une des plus illustres familles de l'Alsace,
Plus loin, les profondes forêts où campent ces cohortes de bücherons, ces schlitters dont un artiste de grand mérite, M. Schuler, a si bien représenté les physionomies, les travaux et les périls.
A travers ces forêts, un sentier serpente jusqu'au Mænnelstein, entouré d’un rempart de grosses pierres qu'on appelle le mur païen ou le mur du diable.
Non loin de ce mur du palais est la maison de Dieu, la chapelle de sainte Odile, le couvent hospitalier, puis l'esplanade, où l'on ne peut s'arrêter sans se sentir sisi d’une religieuse pensée, à l'aspect du tableau qui se déroule aux regards: ici, un océan de forêts; plus loin, l'immense laine d'Alsace; à droité de ce panorama, les tours :nassives de l’église de Bâle; à gauche, la merveilleuse flèche de la cathédrale de Strasbourg, le Rhin, qui à cette distance apparaît comme un fil d'argent, et, à l'horizon lointain, les cimes de neige des Alpes. ,
Je me rappelle les bonnes heures que j'ai passées à Strasbourg, les Kræniele littéraires, les soirées de l'flejars, dans la maison de mon ami Fritz Berger, avec ses savants convives, et mes songes de voyageur sur la terrasse du dôme, d’où l’on voit les hommes si petits
dans les rues, l’espace si grand du côté de l'Allemagne et de la France, et la couronne de la tour pyramidale qui s'élance si haut vers le ciel.
En 1795 le citoyen Teterel, un des maîtres du eluh des Jacobins de Strasbourg, demanda qu'on détruisit cette flèche sans pareille, attendu, disait-il, que par ses proportions excessives elle blessait l'égalité.
Dans la frénésie révolutionnaire cette stupide requête semblait toute naturelle. La difficulté seulement étail d'aller à einq cents pieds en l'air démolir la solide construction. Un autre jacobin eut une lumineuse idée, Il dit qu'on pourrait faire du monument du fanatisme un monument républicain, en plaçant à sa sommité le signe du sans-culottisme, le bonnet rouge. On applaudil à cette motion. Les ferblantiers se mirent à l'œuvre, « le catholique édifice du moyen âge fut coiffé d'un énorme bonnet rouge en tôle.
Je me rappelle les jours d'automne si vite écoulés dans le village de Saint-Louis. Là furent mes meilleures joies. Là sont maintenant mes tombes.
La terre d'Alsace si fertile, mais trop petite pour constituer un État indépendant, a toujours été convoitée par les puissances voisines. En 995 elle fut avec la Lorraine. adjointe à l'empire germanique par Henri l'Oiseleur'. En 1648 elle fut cédée à la France par le traité de Westphalie dans les termes les plus explieites.
1, Les délégués de Saxe et de Franconie qui allèrent annoncer à Henri son élection au trône impérial, le trouvèrent dans les montagnes du Ilarz, occupé d'une chasse aux oiseaux. De là son surnom d'oëseleur. {(Kohlrausch, Histoire d'Allemagne.)
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L'empereur, tant en son nom qu'en celui de la maison d'Autriche, comme aussi l'empire, renoncèrent à tous droits, domaines, propriétés, possession et juridiction qui ont jusqu'ici appartenu à l'empire, à l'empereur ou à la maison d'Autriche, sur la ville de Brisach, le landgraviat de la haute et basse Alsace, sur le landrave et la préfecture provineiale des dix villes impériales qui sont situés en Alsace, savoir : Haguenau,
Colmar, Schlestadt, Wissembourg, Landau, Obernai,
Rosheim, Munster, au val Saint-Grégoire, Kaisersberg, Turekheim, tous les villages et tous les droits quelconques qui dépendront de ladite préfecture provinciale, et les transportèrent tous et un chacun d'iceux au roi Très Chrétien et au royaume de France, en sorte que la ville de Brisach et les quatre villages qui lui appartiennent, le landgraviat de l'une et de l’autre Alsace, h préfecture provineiale sur les dix villes et lieux dépendants ; en outre, les vassaux, habitants, hommes, sets, villes, châteaux, villages, forteresses, bois, mines d'or et d’argent, et autres minéraux, rivières, ruisseaux, pâturages, tous droits, régales, appartenances avec toute sorte de juridictions, de supériorité et de suprèmes domaines, appartiennent dès à présent et à perpétuité au roi Très Chretien et à la couronne de France, et qu'ils soient censés lui appartenir sans aucune contradiction de la part de Pempereur, de l'empire, de la maison d'Autriche, ou de quelque autre que ce puisse être, de manière qu'aucun empereur ni aucun prince de la maison d'Autriche ne pourra en aucun temps prétendre ni usurper un pouvoir ou
124 PASSÉ ET PRÉSENT droit quelconque sur lesdits pays, tant en decà qu'un delà du Rhin'.
Strasbourg restait en dehors de ce traité, à l'état de ville libre et impériale, tenant séance aux diètes de l'empire, avec les souverainetés de premier ordre, Ma sans violence, sans aucune effusion de sang, par de pacifiques arrangements elle devait être aussi annevi à la France. Voici le fait qui a été raconté par plusieun historiens :
« Un matin, M. de Louvois, ministre de la guerre, lit appeler M. de Chamilly pour le charger d’une mi. sion et lui donner des instructions en ces termes: € Partez ce soir même pour Bâle, en Suisse. Vous Y se. «rez dans trois jours; le quatrième, à deux heures « précises après midi, vous vous établirez sur le pont € du Rhin avec un cahier de papier, une plume et de « l'encre. Vous examinerez et éerirez avec la plus « grande exactitude tout ce qui se passera sous vos « yeux pendant deux heures. À quatre heures précises, « vous aurez des chevaux de poste à votre voiture ; vous « partirez, vous courrez jour et nuit et m'apporter « votre cahier d'observations. À quelque heure qu « vous arriviez, présentez-vous chez moi. »
M. de Chamilly, quoique fort étonné d’une mission qui lui semblait puérile, obéit. Il arrive à Bâle, se place au jour et au moment indiqués sur le pont et écrit tout ce qu'il voit passer. C'est une marchande fruitière avec ses paniers, un voyageur à cheval, en habit bleu, un
4. Le Roy de Sainte-Croix, les Anniversaires glorieux de l'Alsace. p. 10.
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