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Voyage dans la vieille France, par Jodocus Sincerus

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NOUVEAUX LIVRES DE GÉOGRAPHIE 143 Conquérant; en Morée, dans l’île de Chypre, à Constantinople, par les armées de Godefroi de Bouillon, de Baudouin, de Philippe Auguste et de Richard Cœur de Lion. Elle est restée en Angleterre, à l’état de langue officielle, jusqu'à la fin du quatorzième siècle, et l'on ferait une longue liste des jurisconsultes et des poètes qui où écrit en français sous le règne des successeurs de Guillaume",

Dans le livre des préceptes islandais, Kungs-skuygsio (le Miroir royal) il est dit : « Si tu veux acquérir une science complète, apprends les langues, surtout le latin et le français, qui sont les plus répandues; mais n'oublie pas ta langue maternelle? ».

Vers le milieu du treizième siècle, Brunetto Latini dit dans le prologue de son livre :

€ Et si aucun demandoit pourquoy cest livres est seriz en romans, selon le langage des François, puisque nous sommes Îtaliens, je diroie que c’est pour deux raisons : l'une, parce que nous sommes en France; et l'autre, parce que la parleure est plus délitabic et plus vommune à toutes gens”. »

L'auteur d’une histoire de Venise, dont le manuscrit et à Florence, dit aussi qu'il a composé son ouvrage en français, parce que « cette langue cort parmi le monde et est plus délitable à lire et à oïr que nulle autre »,

En 1298 Marco Polo, prisonnier à Gènes, dicte la

L. Chabaille, Introduction à l'œuvre de Brunetto Latini, p. 9. 2. Thviat thaer tungur ganga vidaz, éd. de Soræ, 1768. 9. Li Livres dou tresor, p. 3. Paris, 1853.

relation de ses merveilleux voyages à son compagnon de captivité, Rusticien (de Pise), et cette relation «st écrite en français. Une copie en fut faite pour M. & Cepoy, ambassadeur de France à Venise, qui la remit Charles de Valois, père de Philippe VI. De là, toute les traductions et publications de cette charmante œuvre.

Elle a été ainsi, notre chère langue, de royaume er royaume, de principauté en principauté, partout li bienvenue, partout s’implantant.

Par ses élégants tours de phrases elle est devenue h langue des salons; par ses formules courtoises, la langue diplomatique: par sa clarté, la langue des lettrés et des savants, le plus puissant instrument de vulgarisation. Henri Heine me disait un Jour avee sa caustiqu bonhomie : « Quand on publie en Allemagne un livre de philosophie, J'attends pour le lire qu’il soit traduit en français ».

Au congrès d'Utrecht, toutes les négociations faisaient en français, et là, en un fier langage français le cardinal de Polignac répondit aux délégués des Provinces-Unies, qui prétendaient écarter de leur pars nos plénipotentiaires : « Nous traiterons de vous, che VOUS, SANS VOUS ».

Au temps où l'Académie de Berlin couronnait les discours de Rivarol et de Schwab sur Puniversalité de li

langue francaise, on se montrait généralement fort peu courtois envers la langue allemande. Un de nos conrpatriotes, ayant traversé le Rhin, fit cette ingénieux: observation : « Les Allemands parlent un étrange jargon:

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NOUVEAUX LIVRES DE GÉOGRAPHIE 145 mais ils se comprennent entre eux ». Un autre entreprend de leur donner cette bonne lecon : « Les Allemands, s'écrie-t-il, ont un singulier idiome. Par exemple, au lieu de pain, ils disent brod; pourquoi ne pas dire simplement : du pain? »

M. Albert Babeau, à qui nous devons déjà plusieurs excellents livres', nous a raconté récemment les impressions des principaux écrivains allemands, anglais, italiens et russes qui ont voyagé en France*. Presque tous se plaisent à faire l'éloge de nos villes, de nos campagnes, de nos monuments et de nos institutions Quelques-uns parlent de notre pays avec une sorte l'enthousiasme.

Les Français n’ont point été attirés et séduits par ïes contrées étrangères.

Cependant Montaigne proclamait, au seizième siècle, l'utilité des voyages. « Le voyager, dit-il, me semble exercice profitable; l’âme v a une essentielle exercilation à remarquer des choses incogneues et nouvelles, et je ne sache point meilleure eschole à façonner la vie que de proposer incessamment la diversité de tant d'autres vies, fantaisies et usances, et lui faire wouster aussi perpétuelle variété des formes de notre nature°. »

En 1580 Montaigne s'est mis en route, à cheval, selon la coutume du temps, et avec un bon équipement,

|. La Ville sous l'ancien régime; le Village sous l'ancien régume, la Vie rurale.

2. Des Voyageurs en France, depuis la Renaissance jusqu'à la Révolution. Paris, 1885.

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