Deux volumes in-18. Paris
Dors, petit enfant, dors.
Au ciel se promènent les moutons, Les étoiles sont les agneaux,
La lune est le petit berger".
Dors, petit enfant, dors.
Avec ces naïives paroles ont été bercés des savants, des artistes, peut-être ces généraux alsaciens qui ont si vaillamment combattu pour la France : Kellermann, Kléber, Rapp, l’héroïque défenseur de Danzig.
M. Weckerlin a traduit fidèlement toutes ces strophes et ces couplets, prévoyant bien pourtant qu'il ne serait pas satisfait de sa tâche.
Par ses nombreuses voyelles, par la douceur de ses diminutifs, le dialecte populaire d'Alsace a une euphonie particulière. Il ressemble à l’allemannique, auquel Hebel a fait par sa prose et ses vers un si grand renom. Si exacte, si habile que soit une traduction, elle ne peut reproduire le caractère naïf de cet idiome, ni son accent musical.
Mais M. Weckerlin ne s’est pas borné au travail de traduction. Il a joint à ses chansons des notes instruttives et une introduction où il signale par ordre de date toutes les illustrations littéraires de l’Alsace, depuis saint Materne, le premier apôtre du pays, jusqu'à Schœppilin, son savant historien?; depuis sainte Odile, l’humble cénobite, jusqu’à Arnold, le joyeux écrivain.
L'Alsace a eu, comme l'Allemagne, ses chanteurs de
1. Le nom de la lune en allemand, der Mond, est masculin. 2, Son Alsatia illustrata a èté traduite en 1849 par M. Ravenez.
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l'amour et du souvenir, ses Minnesinger' et ses maîtres chanteurs. Plusieurs de ces poëtes des douième et treizième siècles ont été si distingués que M. Van der Hagen, avec l’ardeur de son patriotisme teutonique, les a fait entrer dans sa collection de Minnesinger”, prétendant qu'ils étaient allemands.
L'un d'eux, Gottfried, de Strasbourg, est justement célebre. Il accompagnait, comme Walther de Vogelweide, Frédéric EL à la croisade. Il a composé un beau poème, comme Wolfram d'Eschenbach, un des héros des tournois de la Wartburg. Il a si bien décrit la grèce et la beauté d'Yseult, qu'il méritait d’être honoré comme Henri Frauenlob, dont les femmes de Mavence pleurèrent la mort et dont elles voulurent elles-mêmes porter le cercueil dans la cathédrale.
M. Weckerling à vraiment fait une bonne œuvre en publiant ses chants d'Alsace. Aïnsi à fait, il y a quelques années, un noble lorrain, M. le comte de Puvymaigre. Avec son religieux patriotisme, il a rassemblé les chansons de village dans le pays messin. Avec sa vaste érudition, il y a joint un trésor de notes, de citations et de comparaisons. En 1880 il à réimprime ce curieux volume avec de nouvelles glanes et de nouvelles notes. Grâce à lui, nous avons en un beau reeueil les poésies populaires de la Lorraine.
Alsace! Lorraine! Ces deux noms sont inséparables
1. Par une juste association d'idées, le mot minne, en suédois, signifie à la fois amour et souvenir.
2. Minnesinger, Deutsche Liederdichter des 12, 15 und 14 Jahrhunderts, 3 vol. in-4. Leipzig, 1838.
dans notre souvenir : ces deux sœurs si braves et 4 fidèles qui nous ont été si cruellement enlevées !
Sous le sceptre étranger qui maintenant les gou. verne, elles nous aiment, elles nous regrettent. laure fondée par M. le comte d'Haussonville à Paris, au Vi. sinet et en Algérie est un des témoignages de nos solli. citudes pour tout ce qui vieñt d'elles. Nous ne pouvons oublier le temps où elles vivaient de notre vie, et nons songeons avec douleur aux liens brisés. |
Cette douleur ne sera-t-elle pas adoucie par une esp rance ?
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Nous ne savons pas la géographie. Les Allemands le disent, et en 1870, hélas! ils nous ont fait voir comme ils connaissaient la géographie de la France, jusqu'à la profondeur d'un ravin, jusqu'aux sinuosités d'un ruisseau, jusr ‘aux contours d'une forêt.
Nous vons pas la géographie.
Je voudrais dire ce qu'il en est réellement de cette sentence répétée si souvent par nos doctes voisins.
Le fait est qu’un des meilleurs moyens pour acquérir de véritables notions géographiques est de voyager, et, pour voyager fructueusement, il faut connaitre la langue du pays que l’on visite.
Longtemps, longtemps en France, on n'a point eu ces deux soucis.
Dans la bonne comme dans la mauvaise saison, à moins qu'ils n’y fussent obligés pour faire un pèlerinage, pour guerroyer en pays ennemi, ou pour accomplir
quelque mission, nos bons aïeux ne cheminaient guère au delà de la frontière. Ils n’entendaient pas, comme le jeune Viking chanté par Geïier, la voix de la Sirène les appelant à la mer, à la mer (fil siæ, till siæ). ls
n'éprouvaient pas, comme les habitants des contrém arides, le besoin de s’en aller au loin chercher un sol plus fructueux et un climat plus doux. Ils ne s'en. nuyaient point à leurs foyers et n'avaient nulle envi d'errer en diverses régions, comme ces touristes que les Anglais appellent globe trotters.
Que, s'ils avaient la curiosité de voir des étrangers, c'était un désir facile à satisfaire. De tous côtés les étrangers affluaient en France et se plaisaient à ; demeurer.
Zingerling, écrivain allemand du dix-huitième siècle, a employé trois ans à la parcourir, et il dit : « Paris est l’abrégé du monde entier. Les Français ont un caractère de feu; de là sans doute la vivacité de leur esprit, la rapidité de leurs résolutions, leur irascibilité et en mème temps la promptitude avec laquelle leur colère s'apaise. Leur démarche est d’une élégance extrême. Tout plait en eux, lexpression de leur physionomie, leurs gestes. Mais il est difficile de les imiter, et les étrangers tombent souvent dans le ridicule en s’efforçant d'y parvenir’, »
Ces étrangers, séduits par les agréments de la France, se plaisaient à parler français.
Elle date de loin la supériorité de notre langue et elle a été promptement acceptée par toutes les nations.
Dès les premiers temps de sa formation elle fut importée à Naples et en Sicile par les compagnons de Robert Guiseard; en Angleterre, par Guillaume le