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eur, qui, dès l’âge de quatorze ans, errait sur les mers, qui a été aux Indes, aux Antilles, en Australie, est un modeste emploi dans un des bureaux de la ville de Paris.
I y a dans des conditions difficiles des vocations de voyages irrésistibles. Telle a été celle de Holberg, le poète danois, qui, dans sa jeunesse, gagnait en donnant des leçons ce qu'il lui fallait pour visiter la Hollande, la France et l'Italie. Telle était celle de Goldsmith, le charmant écrivain, qui souvent a payé l'hospitalité qu'on lui accordait, en faisant danser aux sons de sa fûte les jeunes filles du village. Telle a été celle de Gaillé, qui réunissait, denier par denier; le salaire de son travail pour aller à la découverte de Tombouctou. Celle de Rochet d'Héricourt, un simple artisan d’une petite ville de Franche-Comté, qui a pénétré dans les régions les moins connues des rives de la mer Rouge, dans le pays des Adels et le royaume de Choa. Telle a été celle de Mouhot de Montbéliard, le patient, le savant, l’intrépide naturaliste à qui nous devons un admirable ouvrage sur le Cambodge. Telle a été la vocation de Mme Ida Pfeiffer, la brave Autrichienne qui, à quarante-sept ans, étant veuve, ses enfants établis, part pour l'Égypte et la Palstine, puis la Suède, la Norvège, l'Islande, rentre dans sa bonne maison de Vienne et repart pour faire le tour du monde. Telle a été la vocation de M. le capi-
tune Cochrane, qui a traversé à pied toute l'Europe, loute la Sibérie et la Tartarie jusqu’au Kamtschatka’,
1. Narrative of a pedestrian journey through Russia and Siberia, Tartary from the frontiers of China to the frosen sea and Kamtchatka. 2 vol. in-8°. Londres, 1825.
Telle est la vocation de M. Cotteau, employé, comme M. Raynal, dans l'administration de la ville de Paris, Pour récompense de ses bons services, M. Cotteau ne demande à ses chefs que des congés, et ces congés, qu'on ne peut plus lui refuser, il les emploie à faire de eu: rieux voyages. Grâce à la rapidité des nouveaux moyens de communication, en quelques mois il peut aller très loin. Il a été dans l'Amérique du Nord et l'Amérique du Sud, dans les capitales de lInde et dans l'ile de Ceylan. Il a traversé la Sibérie jusqu’à l'embouchure du fleuve Amour, et là il s’est embarqué pour le Japon, Du Japon il a été en Chine et il est revenu par Saigon, Maintenant le voilà de nouveau en route. Il apprendra à Batavia ou à Nouka-fliva qu'au mois de novembre dernier l’Académie française lui a décerné un prix pour son livre sur l'Orient.
Sterne, en parlant des diverses classes de voyageurs, en a fait une nomenclature humoristique, mais incomplète. Il cite le voyageur paresseux, le voyageur splénitique, le voyageur curieux, le voyageur orgueilleux, le voyageur menteur, sans doute selon l'ancien proverbe : À beau mentir qui vient de loin. Il oublie l’humble voyageur courtois, sans prétention, facile à vivre et tout simplement désireux de s’instruire. Gelui-là est dans les meilleures conditions pour aller de par le monde, agréablement et fructueusement. Il plaît par sa politesse, il intéresse par sa modestie. On aime à le recevoir, à lui tendre la main, à lui donner d’utiles indications. La bienveillance enfante la bienveillance, et dans l’appréciation des hommes et des choses la bienveillance
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NOUVEAUX LIVRES DE GÉOGRAPHIE 169 est souvent plus près de la vérité que le rigide examen. « Plus sage que l'orgueilleux, dit Goldsmith, est celui dont l'esprit sympathique se réjouit de tout ce qu’il y a de bon dans l'humanité!, »
Ainsi va M. Cotteau dans les pays étrangers, parmi des peuples dont il ne connaît pas la langue. Il ne songe point à contrôler le travail des savants qui ont été là avant lui, ni à faire une œuvre d’érudition, ni ce que l'on est convenu d'appeler une œuvre de grand style. Mais il veut voir tout ce qui mérite d'être vu, scènes de li nature, scènes de la vie humaine. Il observe attentivement la physionomie, les habitudes, les mœurs des diverses populations au milieu desquelles il séjourne, raconte candidement ses impressions. Chemin faisant, il interroge tous ceux qui peuvent lui donner quelque utile notion, et, pour mieux s'éclairer, ne craint pas d'avouer son igrorance. À son bon vouloir on répond avee un même bon vouloir, De jour en jour il recueille unsi de vrais renseignements.
Ses livres attirent le lecteur par la variété de tableaux et d'incidents qu'ils lut présentent. Ils l'attachent par leur accent de vérité. Ils sont à la fois agréables et instructifs. On se piaît à les lire et on les relira.
On relira non seulement ses voyages en Sibérie et en
Chine, mais ses premiers essais, ses deux volumes sur
l'Amérique.
Depuis plus d’un siècle, la France a publié sur
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l'Amérique, et principalement sur les États-Unis, lx livres les plus intéressants, d’abord les judicieuses observations de M. le marquis de Chastellux', puis les poétiques pages de Chateaubriand, puis l'excellente narration de La Rochefoucauld-Liancourt? et les études scientifiques de Volney*,
En 1797, au premier essor de la Confédération, M. de La Rochefoucauld disait : « Les États-Unis sont peut-être la partie du monde qu'il est le plus difficile de faire connaître à ceux qui n'y voyagent pas euxmêmes. C’est un pays tout en croissance, Ce qui est vrai pour sa population, ses établissements, son commerer, ne l’étuit pas 11 y a six mois et ne le sera plus six mois plus tard, »
En 1853, M. Michel Chevalier visitait ce pays avec son
savoir d'ingénieur et il en décrivit avec une verve juvé-
nile les étonnants progrès*.
A la mème époque, M. de Tocqueville, sous l'empire d'une utopie, avec une honnête intention, composait son célèbre ouvrage sur la démocratie en Amérique”,
En admirant la fortune matérielle de la république de Washington, 1l l’attribua aux influences de la iulttude. «I erut ainsi, dit M. Le Play, pouvoir ériger en dogme la supériorité du nombre en matière de gouvernement. e& depuis la publication du Contrat social
1, Voyages dans les Etats-Unis en 1781 et ex 17892, 2 vol, in-8, 2, Voyages dans les Etats-Unis en 1705, 1796, 3797. 8 vel. tn. . Tableau du climat et du sol des Etats-Unis, À vol. in-8°, 105. . Lettres sur l'Amérique, 2 vol, in-8. 183.
. 4 vol. in-8v, 1835 et 1K97.
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NOUVEAUX LIVRES DE GÉOGRAPHIE 171 «on livre est celui qui a exercé la plus funeste influence ur nos destinées!, »
Si M. de Tocqueville, le loyal gentilhomme, vivait encore, il déplorerait certainement son erreur, et si M. Michel Chevalier pouvait revoir les États-Unis, que drait-l, lui qui était, il y a cinquante ans, si étonné du développement de leur commerce et de leur industrie ?
I v a cinquante ans, on ne comptait dans toute la Confédération que 12800 000 âmes. Les villes étaient peu nombreuses et relativement peu importantes. Bosion n'avait que 89 000 habitants, Baltimore 92 000, la \ouvelle-Orléans 69 000, Philadelphie 160000, New- York 260 000. Chicago, Cineinnati, Saint-Louis n'étaient que des bourgades inconnues. L’émigration européenne commençait à peine et n'avait pu altérer la pureté du «ang anglo-saxon. En 1825 Boston était encore entièrement peuplée par les descendants des puritains, et l'on pouvait dire qu'elle était plus anglaise qu'aucune ville de la mère patrie. En 1875 New-York, avec ses lubourgs, Brooklyn et Jersey-City, forme une agglomération de 2 millions d’àmes. Boston, Baltimore, la Nouvelle-Orléans, comptent chacune de 200000 à 280 000 habitants ; Cincinnati en a 500000, Chicago 100 000, Saint-Louis 800 000. Les villes de 50000 à 200 000 se sont multipliées dans Ex mème proportion?,
M, Simonin est l'un des hommes qui connaissent le
l. Lettre à M. Claudio Jannet, p. 16 et 17.
2, Claudio Jannet, les Etats-Unis contemporains, 1, 2,
se
mieux l'Amérique. I y a fait six voyages. Il à parcour les États-Unis dans toute leur étendue, des rives d l'Hudson aux rives du Sacramento, des palais de Ney. York aux campements des Peaux-Rouges.
Pur ses études spéciales 1l est particulièrement ape à juger certains travaux et certaines industries qui, dans ces derniers temps, ont fort occupé les États-Unis, Il : assisté à la construction du chemin de fer du Pacilique et à l'exposition de Philadelphie; 11 a attentivement étudié l'exploitation des mines d'argent, de fer, de pétrole dans les diverses régions des États-Unis, «t l'extension des appareils électriques dans toutes le villes, sur toutes les routes.
Il a ainsi, à chaque pas, constaté une activité, une puissance d'invention vraiment prodigieuses. Sa descrip. tion de New-York, de son port, de ses rues, de ses fortunes commerciales, est éblouissante".
Dans un livre spirituel parsemé d’ingénieuses remurques et de fines épigrammes, M. Toutam reconnait aus la grandeur de l'Empire-Citr*.
Mais le ver qui est entré dans le fruit d'une si belle apparence, la tache de sang, la corruption, ces deux plaies corrosives de la république amérieaine, on ne peut les oublier.
La tache de sang, la tache indélébile de la gwerre de Sécession, ah! comme elle à retenti parmi mous, cette horrible guerre qui, par le fer, le feu, a ravagé, dévaste,