‹ Passé et présent [microforme]Chapitre 60 sur 97 · Ad · texte numérisé non relu

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C'est dans son second voyage que Christophe Colomb découvrit ee cordon de perles et d'émeraudes qu'on appelle les Petites Antilles.

Le 5 novembre 1495, après un violent orage, il aperçut à l'ouest une des plages du vaste archipel, une haute cime et de vertes forêts. C'était un dimanche. II donna à cette île le nom de Dominica, à une autre celui de Saint-Vincent, à une autre le nom de Guadeloupe pour accomplir une promesse qu'il avait faite aux religeux de Notre-Dame de la Guadeloupe dans l'Estramadure, à un nombreux groupe d'îlots le nom d'iles Vierves, en mémoire de la légende de sainte Ursule et des onze mille vierges.

Ils étaient pieux, ces hommes qui s'aventuraient hardiment sur les mers inexplorées. Avant de quitter h terre natale, ils recevaient dévotement la bénédiction de l'Église. Dans leurs heures d'angoisses, ils invoquaient le secours du ciel; dans les terribles ouragans des tropiques, lorsque au sommet des mâts de leurs na-

1. Adventures of a naturalist in the lesser Antilles, by F. A. Über,

vires voltigeaient les flammes produites par une atmo. sphère surchargée d'électricité, ils disaient que sain Elme, pour les guider sous un ciel ténébreux, allumait ses flambeaux, et cette candide croyance les rassurait dans leur péril", Lorsqu'ils voyaient poindre à la sur. face des flots la terre inconnue, longtemps rêvée, péniblement cherchée, ils se jetaient à genoux pour remer. cier la Providence, Îs entonnaient un Joveux cantique et consacraient leur découverte par une dénomination religieuse.

« Les îles de la Grèce, s'écrie lord Byron, les iles de la Grèce que dore un éternel été!»

Qu'aurait-il dit, l'admirable poète, S'il avait vu les iles de l'archipel Colombien où sans cesse tout fleuri et tout mürit?

Qu'aurait-1l dit, le mélodieux Ponee de Léon qui à chanté en si beaux vers la Noche serena, S'il avait vu les régions voisines de l'Équateur où, dans la nuit, le ciel est éclairé par la Croix du Sud, la mr à par sa phos phorescence, la terre par les lucioles?

Les Petites Antilles se déroulent en demi-cerele sur un espace de dix degrés de latitude entre Atlantique et la mer des Caraïbes.

Un grand nombre de ces îles sont d’une dimension si exiguë qu'elles ne peuvent guère être habitées, D’autres, fort bien notées dans les statistiques commerciales, ont cinq à six lieues de longueur. La plus méri-

4, Washington Irving, History of the life and voyages of Christopher Colombus, t. Il, p. 7.

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AVENTURES D'UN NATURALISTE 201 dionale, la plus importante est la Trinité, On y compte, en y comprenant les laborieux coolies, 100 000 habihnts'. Un étroit canal la sépare de l'Amérique du Sud. Veat-elle pas été Jointe autrefois? Ces rocs, ces masis de verdure, ces fertiles terrains disséminés sur l'Océan depuis la pointe de la Floride jusqu'aux plages du Vénézuéla, depuis le golfe du Mexique jusqu'à l'embouchure de lOrégon, n'ont-1ls pas été jadis unis lun à l'autre? Ne sont-ils pas les débris d'une vaste terre qui, des rives de l'Amérique centrale, du Yucatan, de Honduras, se prolongeait vers les Açores et les rives de l'Afrique? N'y at-il pas là les vestiges d’un continent écroulé, d’une Atlantide comme celles dont Platon parle dans son Timée? Cest l'opinion de plusieurs célébres naturalistes, et notamment de M. Wallace et de M. Agassiz.

Si, maluré les vieilles légendes et les observations scientifiques, la révolution géologique des Antilles est encore un fait incertain, on sait qu'elles ont subi de réels désastres, ces charmantes îles qui, par leur éloiumement des guerres et des turbulences de l’ancien monde, semblaient faites pour s'épanouir d'année en année, paisiblement, à jamais.

Les Européens qui les premiers y abordèrent les contemplauent émerveillés. Sur leurs flots d'azur, sous leur ciel lumineux, avec leurs arbres chargés de fruits, leurs fleurs embaumées, leurs oiseaux étincelants, elles ipparaissaient comme des paradis terrestres, et déjà

1, The stalesman's Year-book, p. 275.

elles avaient été dilapidées, ensanglantées par les (a. raibes, plus terribles que les Vikings scandinaves dont les Sagas célèbrent les exploits, que les flibustiers dont Oexmelin a raconté les aventures ?: car ils ne se con. lentaient pas de dévaliser leurs prisonniers, ils les man. geaient.

Du nord de la Floride, les Caraïbes s'étaient peu À peu répandus dans les Antilles, Is avaient successive. ment pris possession de plusieurs îles, De là, avec leurs canots creusés dans des trones d'arbres, ils allaient piller les autres îles. Les enfants de cette peuplade an. dacieuse et féroce apprenaient dès leur bas âge à ma nier la rame, à lancer la flèche empoisonnée, Les femmes combattaient comme les hommes. Quand l'un des conquérants du Pérou, lintrépide Orellana, l'ami de Pizarre, entreprit de descendre l'immense fleuve formé par le Maragnon, le rio Negro et le Madeira, il fut attaqué par des femmes nues armées de flèches, « C'étaient peut-être des Amazones, dit Orellana, qui avait quelque notion des récits de l'antiquité. De li, le nom de fleuve des Amazones. »

Après les Caraïbes dans les Antilles sont venus les Européens, Espagnols, Anglais, Français, et les Suédois, qui ont pris possession de l’île Saint-Barthélemy, et les Danois, à qui appartient Sainte-Croix, la principale des îles Vierges, et Saint-Thomas, qui est à présent le

point central du service des bateaux à vapeur dans ces parages.

Nous avons eu une belle et noble part dans ce merveilleux écrin de l'Océan. Nous avons eu : dans les

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