AU RETOUR D'UN VOYAGE
« Pourquoi partez-vous encore? me disait un de nes amis, à qui j'annonçais une nouvelle excursion.
— Pour le plaisir de revenir. »
Et c’est vrai.
Ni agréable, si intéressante que soit une contrée drangere, elle ne peut nous enlever le désir de revoir la terre natale.
« Ah! s’écrie linfortuné Lorédan Foseari, on compte un grand nombre d'émigrants qui se sont établis dans de nouvelles régions et y ont prospéré. On ne compte pas ceux dont le cœur s'est brisé au moment de leur départ, ou quelque temps après. On ne parle pas de cette maladie où, dans ses accès de fièvre, le pauvre exilé voit appecaître à ses yeux les champs paternels si verts, stattrayants, qu'on ne peut sans peine l'empêcher d'y retourner. On ne parle pas de cette rustique mélodie qui entretient les aspirations et la douleur du montagnard éloigné de ses rocs et de ses cimes nua-
seuses, Il savoure ces douces, fatales réminiscences, eLil en meurt, On dit que c’est une faiblesse, Pour
262 PASSÉ ET PRÉSENT moi, c'est le témoignage d'un noble sentiment, Celui qui n'anne pas sa patrie ne peut rien aimer!, »
Les Français aiment leur patrie. De tous côtés elle est si belle notre France, à son heureuse latitude, sous son climat tempéré, dans sa ceinture continentale et sa ceinture maritime! De tous côtés elle est si riante ou si majestueuse, par ses campagnes, ses rivières, ses fleuves, par ses monuments de différents âges, par ses cités et ses ports de mer!
Un jour, en revenant de Londres, je débarque à Calais, une ville de 12 000 âmes, un simple chef-lieu de canton. Son origun.: ne remonte pas comme celle de Marseille jusqu'aux Phocéens, ni comme celle de Besançon jusqu'aux temps de Brennus.
Mais dans cette petite ville, quelle imposante histoire! quelles curieuses chroniques!
Là est l’un des premiers actes de ce terrible drame qu'on appelle la guerre de Cent Ans.
Édouard HE, victorieux à Créey, veut s'emparer de Calais, et tous les Anglais se passionnent pour cette entreprise. Ils abhorrent cette cité qui s'élève audacieusement en face de leur plage, qui leur enlève la libre possession du canal de la Manche, qui sans cesse entrave leur commerce et souvent le dévaste par d’atroces pirateries. Delenda Carthago.
Le maudit port de France doit appartenir à l'Angle-
terre ou être anéanti, et les sagaces Anglais n'iront pas, à sept lieues de distance, engager une lutte décisive,