‹ Passé et présent [microforme]Chapitre 96 sur 97 · L. Jagor, p · texte numérisé non relu

L. Jagor, p

2. WMétamorphoses. mœurs el instinct des insectes. l'aris, 1868. 9. Jagor, p. O8.

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Mais tous ces fléaux de l'archipel existent dans les régions tropicales, et rien n'est plus beau que cet archipel.

En y arrivant, les Européens y ont trouvé deux populations d'origines très différentes : dans la Nouvelle- Guinée! les Papouans, dans les autres iles les Malais.

Ceux-l proviennent des races polynésiennes, ceax-et des races asiatiques.

Parmi les diverses peuplades de Malais il en est plusieurs, comme les Dyaks de Bornéo, les Battaks de Sumatra, qui sont encore à l’état sauvage. Les autres sont assouplies par les Européens.

Dans les Philippines, la plupart des indigènes ont appris à parler espagnol et ont été, par les Espagnols, convertis au catholicisme.

C'est le meilleur élément de civilisation.

Dans d’autres régions de l'archipel qui professent encore la religion musulmane, le catholicisme pénètre par la vertu de nos missionnaires.

@ En visitant, dit M. Jagor, une plantation de poivre près de Bukit-Timr, j'ai été reçu chez un prêtre français qui a eu la bonté de m'accompagner dans mon exploration et de me servir d'interprète. C'était un de ces missionnaires comme J'en ai rencontré plusieurs, qui sacrifient tout pour se consacrer à leur vocation. Celui-ci, ayant hérité d'un petit bien, l'avait employé à

À. En 1911, des marins portugais, envoyés par Albuquerque, le conquérant de Malacca, à la recherche des terres où l'on pouvait récolter des épices, découvrirent celte grande île, dont on ne connait pas encore l'inrieur, et, comme elle leur rappelait par sa configuration la côte de Guinée d'Afrique, is lui donnèrent le nom de Nouvelle-Guinée,

construire une église. Pour ses propres besoins il n'avait rien gardé. Quoiqu'il fût vieux et maladif, il vivait du traitement accordé à ces courageux prédicateurs 10 dollars (50 fr.) par mois. »

M. Wallon à rencontré à la Nouvelle-Guinée des missionnaires protestants d'Allemagne, dont il se plait à louer l'instruction et le zèle. Mais ils ont, dit-il, peu de prosélvtes. Le malheur est que, pour augmenter le minime salaire qui leur vient d'Europe, ïls font le commerce, ils achètent des denrées à bas prix, ils les revendent plus cher. Comme toutes les peuplades sauages, les Papouans n’ont nul souci de l'avenir. Quand ils ont fait leur récolte de riz, ils en apportent une grande partie aux missionnaires et l'échangent pour du tabac, pour des colliers et divers autres objets de fantisie. Plus tard, quand leur provision est épuisée, 1ls rachètent leur riz avec des écailles de tortue et des noix de muscade. Dans ces deux opérations, les missionnaires ont naturellement un bénéfice, parfois peu considérable, et en tout cas légitime. Mais, quoi qu'il en soit, cela suffit pour que leur enseignement ne paraisse pas désintéressé, et que le Papouan les regarde avec une certaine méfiance.

« Tout autre, ajoute M. Wallon, est la situation des Jésuites français. En Cochinchine, au Tonkin, en Chine, là où ils sont constamment exposés à la persccution, à l'expulsion, à la mort, ils ont des maisons où sans cesse arrivent de nouveaux aspirants, qui apprennent la langue des pays de l’Extrème-Orient où ils iront prècher l'Évangile, et partent bravement.

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« Le revenu annuel de chacun d'eux ne s'élève pas à plus de 600 francs. L'indigène, les voyant vivre humblement, pauvrement, ne peut leur attribuer aucun calcul intéressé et doit croire à leur sincérité, à leur dévouement. De là les nombreuses conversions : plus d’un demi-million au Tonkin et en Cochinchine, un million en Chine.

« Les pauvres gens du peuple ne doivent-ils regarder avec un religieux respect cet homme

pas qui vient à eux avec une douce et affectueuse parole, qui s'associe à leurs inquiétudes, les console dans leurs afflictions, les assiste dans leurs besoins, les visite dans leurs maladies, et brave la mort pour accomplir près d'eux sa charitable mission ?

« J'ai connu à Singapour, dans le quartier chinois, un de ces Jésuites français qui était vraiment le père de ses convertis. Chaque dimanche, il leur faisait un sermon en chinois; chaque soir, il avait avec ceux qui lui en témoignaient le désir des conférences religieuses et il donnait dans son école des leçons à leurs enfants. Jour et nuit sa maison était ouverte à quiconque avait besoin de lui. L'un venait lui dire : « Je n'ai plus de riz « pour nourrir ma famille. — Voilà tout ce qui me reste, « disait le missionnaire, partageons, » A un autre qui sollicitait un peu d'argent, il remettait son dernier dollar. Puis, quand il n'avait absolument plus rien, il allait, à son tour, invoquer la bienfaisance des riches de sa communauté. Et toute cette communauté l'aime, le vénère, a pleine confiance en lui. »

Ainsi vont en de lointaines contrées, au péril de leur

318 PASSE ET PRÉSENT vie, avec la fermeté de leur foi et l'ardeur de leur devouement, les Jésuites de France, enseignant et étu-

diant. Les pauvres, les opprimés, les barbares, auxquels ils portent la consolation et la lumiere de l'Evangile, les bémissent. Les voyageurs qui les ont vus

à l'œuvre leur rendent un cordial hommage. Nos écoles de philologie, d'histoire naturelle, de géographie leur doivent les plus curieuses notions. Nos savants les admirent, Plus d’un gouvernement envie leur coopération : le gouvernement républicain de la France les proscrit.

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Nous vivons en un temps de progrès. C'est sûr, Nos Journaux souvent le disent, et la plupart de nos députés laffirment à haute voix.

Ce progrès de notre chère France a été, pendant une longue suite de siècles, très lent, très faible, parfois à peine visible, I vavait, en nos pauvres temps de monarchie, des rois fort éclairés, et, sous le règne de ces rois, des hommes de génie dont on adimirait les œuvres dans le monde entier.

Mais ce n'était pas le progrès.

[est éclos, il s’est épanoui au souffle de la Révolution en 1789, ce salutaire progrès par lequel l'humanité doit être régénérée,

Alors les hommes, si longtemps esclaves, ont pris possession de leurs droits, et par un miraculeux ‘approchement sont tous devenus égaux l’un de l'autre, tous

frores.

Dans ce touchant accord on à beaucoup pillé, saccagé, brülé, nové, fusillé et guillotiné, Mais tout cela seulement pour mieux faire voir Ia générosité patriotique el constituer plus fortement l'universelle fraternité,

Ensuite le progrès, qui était en si bonne voie, a été brutalement comprimé par le conquérant de l’Europe qui dans l'éclat de sa gloire n'avait pas, le malheureux, le moindre respect pour la liberté de la presse, cette incroyable invention des peuples modernes.

Le progrès s'est alangui sous le poids des idées rétrourades de la Restauration. En 1830 il a été quelque peu ravivé par le soleil de juillet. En 1848 il à pris un nouvel essor, puis un autre en 1870.

Voltaire, au déclin de sa vie, s'écriait avec l'enthousiasme du prophète : « Oh! mes amis, nos neveux seront heureux. Ils verront de belles choses! »

Oui, bon Voltaire, nous devons nous estimer heureux : nous avons vu vraiment de belles choses, et, si nous continuons à nous bien conduire, nous en verrons d’autres peut-être encore plus belles.

Le vieillard cependant ne fixe guère ses regards sur l'avenir, et, si agréable que soit le présent, il n'y est point entièrement attaché. [se complait dans ses réminiscences et retourne volontiers vers le passé.

C'est ainsi que Je retourne vers le temps de ma jeunesse, dans les montagnes de Franche-Comté, à Pontarlier, ma ville natale, la plus jolie, sans aucun doute. la plus attrayante petite ville de France.

Près de là est un village nommé Prébois, auquel je suis attaché par le souvenir de mes vacances d’écolier.

L'affection que je lui garde ne n'engagera point à en faire une image poétique, une imitation des églogues de Théocrite ou de Virgile, des bergeries de Racan, des idylles sentimentales de Florian ou de Gesner.

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Je ne puis essayer non plus de retracer un tableau de la vie rurale, comme MM. de Ribbe et Babeau l'ont fait récemment dans leurs excellents livres",

Je voudrais seulement décrire Prébois tel que je l'ai connu avant nos nouveaux progrès, avant nos quatre dernières révolutions.

Un gros village, dans une vaste plaine sillonnée par un ruisseau, dominée par une des cimes du Jura.

Il possède une forêt, dont on fait des coupes régulières pour solder les dépenses de la commune, et dont chaque année l'affouage est réparti entre tous les ménages, Il possède des communaux où chaque habitant peut faire paitre gratuitement son bétail. De côté et d'autre, sur un assez long espace, s'étendent ses cultures.

M. Mistral, l'illustre auteur de Mireille, a fait une charmante description d’un village agricole de la Provence”?,

Le village de Prébois est essentiellement agricole, et, à voir l'extension deson domaine, on pourrait le croire riche, Mais ses champs ne sont point vivifiés par le soleil du Midi; sa couche de terre végétale n'a point soixante pieds de profondeur, comme celle de la vallée du Mississipi.

Elle est dure à cultiver, cette terre des montagnes, et peu féconde. Pour en tirer quelques gerbes d'orge ou

1. Ch. de Ribbe, La Vie domestique, 2 vol. in-12 ; /a Faniille, 2 vol. in-12.

Alfred Babeau, Le Village sous l'ancien régime, À vol. ; l'École de village, 1 vol,; la Vie rurale, À vol,

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