‹ Passé et présent [microforme]Chapitre 97 sur 97 · Les Iles d'or · texte numérisé non relu

Les Iles d'or

d'avoine, quelques sacs de pommes de terre, quelques brassées de lin ou de chanvre, ah! comme il faut la bourer, fumer, herser, sarcler!

En travaillant ainsi chaque jour, le paysan met son argent, ses peines, son temps à la loterie, la plus humble, la plus honnête et la plus accidentelle des loteries. Nul lngot d'or #n perspective, nul amas de billets de banque nme au tirage des sociétés financières, et, par à pus subites, les vents orageux, les pluies, par quelque propagation d'horribles insectes, toutes les récoltes penvent être délabrées, toutes les plus légitimes espérances anicantic:

Non, il n’est pas riche, le laboureur de Prébois. Mais si simples sont ses habitudes, si modérés ses besoins, si loin de lui les dangereuses tentations!

Voulez-vous visiter une maison de ce village d’autrefois, une des plus importantes? La voici. Pas un agent officiel n’en a réglé l'alignement, pas un habile archigecte n’en a dessiné la façade. Elle est construite dans la forme la plus agreste, selon les vieilles coutumes, la base en maçonnerie, le reste en planches; la toiture en épais bardeaux taillés avec la hache dans des tiges de sapins. D'un côté, la grange ct les écuries; de l’autre, l'habitation, une euisine dont la cheminée occupe, comme dans les chalets suisses, à peu près toute l’étendue, quelques chambres blanchies à la chaux, et le poële, qui est la pièce principale, la salle d'honneur.

Dans cette maison, aucun objet de luxe; mais un solide ameublement, la vaisselle en faïence épaisse, les chaises, les tables, les armoires en bois massif, un rideau

rre, quelques me il faut la

ysan met son la plus humdes loteries.

de billets de ancières, et, , les pluies, es, toutes les lus légitimes

Prébois. Mais ses besoins,

lage d’autreas un agent iabile archistruite dans ‘outumes, Îa la toiture en des tiges de : de l’autre, née occupe, toute l’étenchaux, et le honneur.

mais un $0épaisse, les if, un rideau

de coton à chaque fenêtre, de grands rideaux de serge verte à l’alcôve où est le lit du père et de la mère.

Dans cette maison, les aliments ne sont ni recherchés ni variés : des pommes de terre, du petit:lait, de grosses soupes de légumes, du pain dur comme le biscuit de mer où le knackbræd de Suède.

Ainsi que la nourriture etle mobilier, simples sont les vêtements. Nulle exhibition de fins draps, ni de dentelles, ni de mousseline : mais de fortes étoffes en laine ou en fil, tissées et teintes dans le village même.

Dans cette maison, maîtres et valets, tout le Jour, chacun à sa besogne, qui dans les champs ou dans les bois, qui à l'étable ou au grenier, Le soir, quand les salrÇçons ont remisé dans le hangar la charrue ou le tombereau, abreuvé les bestiaux, garni les râteliers, ils se réunissent dans la cuisine autour de la cheminée, et là parfois travaillent encore à façonner ou à réparer quelque instrument agricole,

Les femmes, assises dans le même cercle, travaillent aussi, Les unes tricotent ; les autres tcillent le chanvre, où filent. I] en est qui connaissent la chanson des quenouilles, dont M. Max Buchon, le poète franc-comtois, à publié une jolie version, et elles la chantent d’une voix umide avec un doux accent .

À ta quenouille au ruban blanc, File, file, pour ton galant,

La chemise à plis qu'il mettra Bientôt quand il l'épousera.

À la quenouille au ruban bleu,

pas

= FPS

File, en priant bien le bon Dieu, L'aube du vieux prêtre béni Qui vous dira : Je vous unis.

À la quenouille au ruban vert, File la nappe à cent couverts Sur laquelle de si bon cœur Nous boirons à votre bonheur.

a rareté,

À ta quenouille au ruban gris, File, file les draps de lit,

Pour la chambrette dont vous seuls, Lui et toi, passerez le seuil,

nee norme ni comm reste

À ta quenouille au ruban d'or, File toujours et file encor

Les béguins, langes et maillot, Pour ton gros premier poupenot.

a a nr ne mere

À ta quenouille au ruban roux,

File un mouchoir de chanvre doux, Qui servira pour essuyer

Tes yeux quand ils voudront pleurer,

À ta quenouille au ruban noir,

File, sans trop le laisser voir,

Le linceul dont, quand tu mourras, L'un de nous l’enveloppera.

| Quelquefois une voisine, une bonne vieille femme, vient s’asscoir devant le feu de sapins pétillant, et raconte les traditions qu'elle a apprises dans son enfance, les légendes de saints qui les premiers ont pénétré dans ces forêts remplies d'animaux terribles, puis les Pistoires de sorcellerie et de féerie dont personne ne peut mettre en doute la parfaite authenticité,

ille femme, illant, et rason enfance, pénétré dans uis les Pisnne ne peul

Quelquefois apparait le colporteur : c'est un événement. Il détache de ses épaules sa caisse ambulante, la pose sur une table et en étale les richesses aux regards éblouis. On y voit des objets d'un usage journalier : boîtes d'aiguilles et d’épingles, ciseaux et couteaux. diverses choses de fantaisie, des fichus en soie et des bagues qui font rêver, des livres d'instruction élémentaire et de piété, puis des recueils de contes populaires publiés par les frères Dekker, de Montbéliard, ces bienfaiteurs de l'enfance, À l’une de ces admirables exhibitions du colporteur, avec mes finances d'écolier j'ai acheté pour quelques sols l’histoire du Petit Poucet, que je n'avais pas encore lue, une brochure imprimée sur un gros papier gris, avec une gravure à gros traits représentant l’ogre formidable endormi sur un roc et le vaillant petit qui lui tire ses bottes de sept licues.

Pour quelques sols quelle émotion, quel trésor!

Dans ma longue vie de bibliophile ai-je jamais fait une meilleure emplète ?

À ces mêmes soirées quelquefois aussi arrive un mendiant, Il n’a pas eu besoin de frapper à la porte, elle est ouverte comme celles de nos salutaires hospitalités de nuit. « Salut à celui qui donne, dit le Iavamal d’Odin, le dieu scandinave. Il a besoin de feu, celui qui entre les genoux gelés. Il a besoin de nourriture et de vêtements, celui qui a traversé les montagnes. »

Dans le village de Prébois le mendiant a sa place au coin du feu. Une des femmes de la maison lui servira une bonne écuellée de soupe. Une autre réparera ses vêtements, si on ne peut lui en donner de meilleurs. Il

ES

couchera dans la grange sur un chaud amas de foin et ne partira pas sans qu’on lui mette quelque chose dans sa besace.

Grâce à leurs habitudes de travail, d'ordre et de sobriété, les gens de mon village d'autrefois ont l'heureuse aisance par laquelle on est affranchi du souci matériel. Is n'auront point l'honneur d'être comptés au nombre des capitalistes; mais ils n'auront point de dettes. Ils ignorent les inquiétudes du billet à ordre, les angoisses du protêt. Jamais ils n'ont vu la main de l'huissier armée d’une assignation.

Si pour ces travailleurs le régime de la semaine est

parfois un peu dur, ils ont les joies du dimanche et

des autres fêtes de l’année.

Le dimanche, ils peuvent entonner l'hymne catholique des paysans de la Carniole :

Quand l'aurore renait avec sa robe blanche,

La cloche dans les airs chante son chant pieux; Sonnez, cloches du temple, annoncez le dimanche, Sonnez pour le vieillard et pour l'enfant joyeux.

Dès le matin, dans le village, tout le monde est en urande toilette, les hommes avec leurs habits de droguet et leurs guêtres en cuir, les femmes avec leur robe de toile ou de serge, leur tablier surmonté de sa bavette, au col ua ruban auquel est suspendue une croix, et sur la tête le touquet, c’est-à-dire une espèce de calotte en velours noir, traversée par une épingle d'argent.

Au premier son de la cloche on se dirige vers l'église.

Au retour de la messe on se met à table, le père et

de foin et chose dans

e et de s0ont l’heui du souci comptés au t point de et à ordre, la main de

semaine est imanche et

ne catholi-

x; nche,

bnde est en its de droke leur robe sa bavetle, e croix, et de calotte argent.

rs l'église.

le père et

UN VILLAGE D'AUTREFOIS 927 la mère au milieu et, de chaque côté, les enfants, qu’on appelle dans le patois du pays les railoles, les petites souris qui grignotent, puis les domestiques, qui justifient Le vieux proverbe franc-comtois : Lou bon maitrot fa lou bon valot.

Quelle table! quel festin! Un bouillon dont l’arome parfume toute la salle, une énorme pièce de bœuf, du lard, des choux et deux belles bouteilles de vin.

Les Grimod de la Reynière, les Berchoux, les Brillat- Savarin, les plus illustres gourmands, n’ont jamais rien savouré de pareil.

Après ce repas somptueux, on retourne à l'église pour entendre les vêpres; puis, loisir complet, Les jeunes filles se promènent dans les jardins; les garçons jouent aux quilles; les vieillards, assis sur un bane, s’entreliennent des apparences de la récolte ou des affaires de la commune. Îls ne lisent point de journaux, et ne se croient point appelés à diriger les événements politiques de l'Europe.

À Noël, trois jeunes gens représentant les rois mages vont le soir, avec une étoile en papier doré et une lanterne, chanter de maison en maison les vieux noeï composés en patois de la montagne par un modeste poète qui n'y à pas mis son nom. Puis les cloches sonnent, et, malgré la neige et le froid, toutes les familles se rendent dévotement à la messe de minuit.

En rentrant au logis, avant de s'asseoir à la table du réveillon, chacun se dirige vers la cheminée où est l'énorme tronche de Noël. L'Enfant Jésus a mis ses présents sous celle tige de sapin. Alors les bonnes sur-

prises et les heureuses exclamations à la vue des belles choses que successivement on découvre : des mouchoirs et des cravates si finement ourlés, des bas auxquels nulle maille ne manque, des bonnets que les modistes de la ville ne pourraient si bien confectionner, des ta bliers qui feraient honneur à des princesses, et des noix, des pommes, des galettes de pur froment pour les petits L'Enfant Jésus connait tous les gens de la maison et n'oublie personne.

À la Fête-Dieu, la façade de chaque habitation près de laquelle passera la procession est revêtue de tentures blanches, et le sentier parsemé de ramilles de sapin. Les jeunes filles travaillent avec ardeur à élever des reposoirs. Heureuse celle qui pour orner le sien trouve les plus belles fleurs et les plus brillantes étoffes!

Mais c’est à la fête patronale que l’on voit des prodiges. Alors tout ce qu'il y a de fine farine, de beurre et d'œufs dans les ménages est employé à pétrir des brioches et des gäteaux. De toutes les cheminées sortent des tourbillons de fumée, tous les fours sont chauffés, tous les tournebroches en mouvement.

La veille du bienheureux jour, tout le village est en émoi. À chaque instant, de nouveaux cris de joie et de nouveaux événements. Ge sont des cohortes de parents et d'amis qui viennent de plusieurs lieues de distance s'associer aux joies de cette fête. C’est le boucher du chef-lieu de canton qui s'avance d’un air grave, conduisant des veaux et des moutons qu’il va immoler. C’est la musique attendue avec impatience, une clarinette, un violon et un cornet à piston qui toute l’année pour

e des belles s mouchoirs is auxquels es modistes ner, des ta et des noix, ir les petits

maison et

tion près de de tentures s de sapin.

élever des sien trouve toffes !

es prodiges.

‘e et d'œufs brioches et t des tour- :s, tous Îles

age est en Joie et de de parents e distance

oucher du re, conduioler. C’est clarinette.

nnée pour

un minime salaire vont de village en village jouer des valses et des contredanses.

Dans l'enceinte où résonne cette mélodieuse musique, il y a de douces causeries et de vigoureux serrements de main. Bientôt l’autorité des parents sanclionnera les vœux des amoureux et l’on célébrera un beau mariage. Le jeune couple sera conduit à la mairie et à l'église par de nombreux amis qui feront retentir l'air de leurs coups de pistolet et de leurs acclamations. De tout côté on se rassemblera pour voir passer la dot de la mariée, un grand char attelé de deux bœufs; sur ce char : une gerbe de blé, indice du travail agricole, une quenouille, indice du travail domestique, un beau buffet en noyer rempli d'une quadruple rangée de linge qui doit rappeler de doux souvenirs à celle qui l'emporte dans sa nouvelle demeure. Ce linge superbe : été fait avec le chanvre et le lin récoltés dans le domaine paternel et filés au logis en de nombreuses veillées. Il a été blanchi par la rosée, et séché au soleil dans l’enclos de la maison.

D’événement en événement les années s’écoulent, et nul habitant de Prébois ne songe, comme l'aventurier de La Fontaine, à s’en aller courir après la fortune. Le jeune homme enlevé par la conscription, conduit dans quelque grande ville, n’a pas la moindre idée de rester là après son temps de service : il n’aspire qu'à retourner à son foyer natal. Toutes les familles de Prébois sont si unies, qu'à la mort du père et de la mère on ne songe point à partager leur succession. Les enfants continuent à vivre sous le même toit et à cultiver ensemble leur domaine.

À ces sentiments de famille se joint le séntiment religieux, très intense, très sincère, sans le plus léger doute, la f61i naïve du charbonnier,

« Que crois-tu? — Je crois ce que croit l'Église. —

Et qu'est-ce que croit l'Église? — Ce que je crois. »

À une telle déclaration il n’y a rien à répliquer.

Un soir, à Florence, une foule nombreuse était réunie sur la grande place. On entend tinter l’Ave Maria. Aussitôt tous les entretiens sont interrompus, et dans un pieux silence tous les fronts s'inclinent. Deux hommes seulement restent debout, le chapeau sur la tête. C'étaient deux Français, qui se reconnaissaient et depuis plusieurs jours se cherchaient. Les braves gens de Prébois ne pourraient se rencontrer dans cette attitude de libres penseurs.

Dès leur enfance ils ont appris à aimer les pratiques religieuses. Les fêtes qu’ils célèbrent dans le cours de l'année sont des fêtes religieuses, et leur vie journalière est réglée par la cloche de l’église. À l’angélus du matin, le réveil; à l’angélus de midi, le diner; à l’angélus du soir, le repos.

Le curé est, à leurs yeux, un grand personnage, bien au-dessus du maire et du notaire de la commune, voire des premiers fonctionnaires de l'arrondissement.

Il est non seulement le directeur des âmes, mais le sage conseiller que l'on invoque dans les affaires temporelles. Il est appelé à résoudre des questions litigieuses. Ïl apaise paternellement les colères, il empêche par sa douce intervention beaucoup de procès.

Le maître d'école est un de ses fidèles auxiliaires. À

le séntiment le plus léger

l'Église. — e crois. »

pliquer.

e était réunie laria. Aussiet dans un eux hommes sur la tête.

saient et deraves gens de celte attitude

les pratiques le cours de ‘ vie Journal’angélus du er; à l’angé-

bnnage, bien mune, voire nent.

nes, mais le ffaires temiestions liti- , ilempêche ès, xiliaires. À

= : 2 Rene res à

la tâche assidue qu'il accomplit près de ses élèves 1il joint l'office de chantre à l’église et de sacristain. On dit aujourd'hui que ces deux emplois sont indignes d’un instituteur. Celui que J'ai connu, il y à soixante ans, à Prébois, n'avait point du tout cette idée. Au contraire, il se glorifiait même de sonner les cloches mieux que personne. [1 avait la candide satisfaction d'un ancien sacristain de Rouen devant lequel on parlait avec enthousiasme d’un sermon de Bourdaloue. — «Ce sermon-là, s’écria fièrement le brave homme, c’est moi, monsieur, qui l'ai sonné. » Les enfants de Prébois aimaient ce maitre d'école, et les parents se plaisaient à lui témoigner leur estime. Son humble enseignement n'a pas produit des hommes qui gouvernent les empires, mais beaucoup de braves gens qui maintiennent le bon ordre dans leurs maisons, et, si l’ordre était dans chaque maison, a dit un philosophe, l’ordre serait dans l’État.

Les pieuses populations des : sntagnes de Franche- Comté furent bien affligées quand le régime de la Terreur ferma les églises et proscrivit les prêtres. La plupart de ces innocents persécutés se retirèrent en Suisse, principalement dans le canton catholique de Fribourg. Ils vivaient là pauvrement. Un grand nombre n'avaient d'autre moyen d'existence que le produit d'un travail manuel. Mais là ils n'étaient pas très éloignés de leur

paroisse, et, à l'appel d’un malade ou d’un affligé, ils y retournaient.

J'ai encore vu à Prébois, dans plusieurs granges, la cachette du généreux curé qui venait au péril de sa vie

accomplir un des devoirs de son sacerdoce. Le paysan qui en le recevant sous son toit s’exposait au même p‘ril s’en allait d’un air indifférent à travers le village. A chaque personne qu’il rencontrait et dont il connaissait les dispositions il disait un mot, il faisait un signe. C'était compris.

Le lendemain, avant l'aube, de la plupart des maisons sortaient en silence des hommes et des femmes qui se dispersaient de côté et d'autre, cheminaient isolément et se rejoignaient au fond des bois.

Là était le prêtre, qui leur tendait la main, parlait aux uns de leurs espérances, aux autres de leurs anxiétés, consolait, conseillait, encourageait. Puis tous tombaient à genoux. Il priait avec eux; il leur donnait sa bénédiction et reprenait le chemin de l'exil.

S'il y avait alors un surcroît de danger, quelques vigoureux garçons demandaient à accompagner le vé-

néré proscrit. Îls connaissaient les chemins périlleux,

s’arrêtaient le Jour dans quelque chalet isolé, se glissaient la nuit comme des contrebandiers dans les défilés des montagnes, et, après avoir passé la frontière, revenaient au village annoncer que le cher voyageur était en lieu de sûreté.

J'ai revu, il y a quelques années, ce village dont Je garde depuis un demi-siècle un fidèle souvenir. Quel changement !

Prébois a maintenant un chemin de fer, une gare et tout ce qui s'ensuit. Prébois, commune agricole, est devenue commune commerciale et, de plus, politique. On y voit une fabrique d’horlogerie et des scieries, deux

e. Le paysan au même p‘rs le village.

nt il connaissait un signe.

part des mai- , des femmes

ninaient isole-

main, parlait

tres de leurs ait. Puis tous

1 leur donnait

l'exil.

ger, quelques

pagner le véins périlleux, isolé, se gliss dans les déla frontière, her voyageur

Lu

illage dont Je uvenir, Quel

*, une gare et ricole, est depolitique. On cieries, deux

boutiques flamboyantes, deux grandes auberges avec des salles de bal, des brasseries et des estaminets avec des billards et des journaux, toutes choses jadis complètement ignorées sur cet humble coin de terre. C’est le progrès.

En face du presbytère, maintenant un peu délabré, s'élève un large et haut édifice pour lequel la commune s’est gravement endettée : c’est la maison d'école. Autre signe de progrès.

La plupart des anciennes habitations en bois sont reconstruiles en pierre sur un nouveau modèle et couvertes en tuiles ou en ardoises.

Évidemment les habitants actuels de Prébois sont mieux logés que leurs devanciers, ils sont aussi mieux nourris et se flattent d’être beaucoup mieux habillés.

Mais contentement passe richesse. Ont-ils ce contentement? Je ne le pense pas. Des besoins plus nombreux leur créent de plus aigus soucis d'argent. L'attrait du travail industriel les détache du labeur agricole, le viril, le salubre, le religieux labeur en plein air, en pleine lumière. Les habitudes d'atelier les éloignent du foyer de famille. La politique ef les journaux suscitent entre eux des dissentiments qui peuvent produire des haines violentes. Enfin, ils sont à tout instant en proie à une fièvre plus funeste que la fièvre jaune ou la fièvre typhoiïde : ils sont livrés à la fièvre électorale enfantée par les microbes du suffrage universel.

On dit que le vieillard se plait à louer le passé : Laudator lemporis acti. Je suis vieux, je regarde le Prébois actuel, et je me plais à songer à celui que j'ai connu il y a soixante ans,

# + fi 2 nf nn rare ou eme am nn rer Scream nes rame er retenir en psoriasis

names meneur restes Sn

Page 1