‹ Passions: primes vers d'amour et variations sur de vieux thèmesChapitre 21 sur 93 · DOUX PROPOS · texte numérisé non relu

DOUX PROPOS

Que nous serons heureux, quand nous serons unis !

Tout jeunes, — deux enfants î — aimés, choyés, bénis !

Comme deux gais oiseaux, allant, battant rie l'aile,

Enfant, nous laisserons la maison maternelle,

— Peut-être, hélas ! — qui sait ! — pour la revoir parfois! —

Et nous nous en irons loin des bruits, loin des voix !

Nous aurons, à nous deux, une humble maisonnette,

Qui, par tes soins constants, sera toujours bien nette ;

De beaux portraits ici, beaucoup de livres là ;

Art, poésie, amour: nous aurons tout cela !

Aimant les doux parfums, comme le doux langage,

Nous aurons des oiseaux babillant dans leur cage.

Des fleurs, — toutes les fleurs ! — en ce charmant séjour.

Et des songes, la nuit ! et des projets, le jour !...

Et, pour mieux faire encor du cher petit ménage

Un nid tout plein d'qmour, — en modèle au jeune âge, —

Nous aurons nos plaisirs, nos caprices, nos goûts ;

Parfois, nous battrons ferme, à grands petits coups,

Nous donnant bravement — couple d'enfants qui joue! —

Des tapes sur les doigts, des baisers sur la joue !

D'autres fois, tu viendras sur mes genoux t'asseoir,

Alors je le ferai dada tout doux ; le soir,

Tu me feras dodo, toi, rythmant les secousses

De tes genoux berceurs, par tes chansons si douces !

Parfois encor, trouant les horizons étroits,

Faisant à la raison de criants passe-droits,

Pour mieux flatter nos cœurs, — ces tyrans légitimes, —

Même sur le gazon, aux jeux les plus intimes

Nous jouerons ; nous jouerons bien souvent, — bien souvent I

Je serai ton enfant ; tu seras mon enfant!

Et lorsque nous aurons deux ou trois petits anges, De ces petits démons mignons aux ris étranges, Fleurs et fruits de l'amour, produit de nos doux jeux, Ah ! Lisette, dis-moi, que nous serons heureux ! Le cœur plein d'espérance et vierge encor d'envie, Erigeant sur l'amour le bonheur de la vie, N'être que deux enfants, — comme sont deux époux, - S'unir et s'adorer, n'est-ce pas que c'est doux ? Lors, notre vie aura les grâces de l'idylle ; Elle coulera douce, innocente, tranquille; Et si tu sors parfois, si tu vas n'importe où, Jaloux de tout, — de rien! — je te suivrai partout ! Et si quelque pédant, osant franchir sa ligne, Te roulait de ces yeux de beau dandy qui cligne, Pour t'en punir alors, vois-tu, je crierais tant, Que l'amour s'en irait, troublé, — pour un instant ! Mais je me vengerais, sais-tu comment, Lisette? Sais-tu?... J'irais flirter autour... d'une grisette

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