ABDICATION
Que t'importe, pourtant ?. . . Je veux, en la nature, Belle en sa liberté, que tout soit libre aussi ; Et c'est pourquoi, vois-tu, lorsque ta chevelure Ondule, toute, au vent, je t'aime mieux ainsi !
Enfin, tu ris — toujours ï — lorsqu'en ton frais parterre Tu vas, tu cours, foulant bien des fleurs sous tes pas ; Tu ris, de voir alors, que, tout haut, sans mystère, Je plains les pauvres fleurs que tu n'épargnes pas.
Oui, mais qu'importe, à toi?. . . Je veux que lys et roses Ne souffrent plus jamais d'inutiles douleurs ; Ainsi, quand mon baiser mord tes lèvres mi-closes, J'ai grand soin de laisser tout leur charme à ces fleurs,
Et puis, d'ailleurs, mignonne, oublions le Poète ! Si c'est vrai que, pour toi, le Rêve est l'ennemi, S'il faut en moi que, tel que ton cœur le souhaite, Le songeur obstiné cède à l'homme endormi,
Laissons, alors, laissons dormir la Poésie ;
Les oiseaux, et la source, et l'étoile, et la fleur,
Oublions tout cela pour la forte ambroisie
De ton amour, — ce réconfort fait pour mon cœur !