DOUX REPROCHES
Tu ne connaissais pas de ces boucles d'oreilles Pont miroite aux regards lout l'obsédant éclat ; Ayant pour tous bijoux tes grâces sans pareilles. Tu captivais quiconque avec ces bijoux-là;
Qu'importait la bottine, ou la coiffe, ou la robe, Tu t'en allais, sans trouble, en n'importe quel lieu, Sans tous ces airs contraints d'une âme qui dérobe Sa honte de damnée aux anges du bon Dieu;
Tu marchais lentement, ne branlant point la tête Et ne sautillant pas pour voler des regards; Aucun geste affecté, nulle allure indiscrète, Rien de ces tons forcés, — motifs de nos écarts;
Qu'une autre, en ce temps-là, te vantât quelque mode Et voulut au vain luxe oser te convertir, Vite, un mot, un sourire, accueillait l'incommode, Dont le silence, alors, disait le repentir!...
Libre à toi de penser que je cherche une excuse A ma honte future, et que je parle ainsi Pour n'être pas confus, si, demain, je refuse Tous ces charmants joyaux qui causent ton souci;
Libre à toi de penser que ces boucles, ces chaînes, — Qui ne te valent rien, — et qui nous coûtent tant! • C'est pour n'en avoir point, que je les crois si vaines. Je ne dirai pas non, — le pouvant bien, pourtant!
Mais je te redirai, — tu l'as bien vu, sans doute, — Que tu me plaisais mieux quand tu n'en avais point, Et puis, que mon amour, hélas! s'en irait toute, Si tu n'étouffais pas l'immense orgueil qui poind !
Je te rappellerai quel concert de louanges S'élevait sur tes pas et célébrait ton nom, Et faisait que chacun te portait jusqu'aux anges, Sans que nul, un seul jour, osât dire que non !
Car, — si simple! et pourtant belle entre les plus belles! On ne t'abordait pas sans un réel émoi; Et tous, — - les plus jaloux, comme les plus rebelles, — En te proclamant, toi, m'exaltaient, quant à moi !
Mais, à présent, j'ai peur, je crains que, n'ayant cure De l'heure, — - hélas! lointaine! — où tu vins et me plus, Quand ta vanité folle ainsi te transfigure, Mon amour en allé ne me revienne plus !