RETOUR
Quand on me l'eût prédit, quel sourire incrédule Accueillit cet aveu I... Quand on m'eût dit que si Cette mignonne enfant dont l'amour immacule N'était plus mon unique et mon constant souci ;
Que si mon cœur blasé n'avait plus rien.pour elle ; Si mon serment était violé, de ce jour, La Muse, intervenant alors en la querelle, S'en irait, elle aussi, sans l'espoir d'un retour ;
Moi, je riais I... Voici, cependant, que me berce Je ne sais plus quel rêve étrange d'assassin ; Voici que, maintenant, la volupté, qui verse Son philtre, lentement, m'en a rempli le sein ;
Alors, comme fuyant d'épouvante, la Muse, M'exprimant son dédain en de longs regards, tels, Que j'en tremble, est partie, indignée et confuse, Et n'est plus revenue à mes instants appels !
Et je reste, attendant l'éclair de ce sourire Rayonnant, précurseur certain du feu divin ; Poète inanimé du souffle de la lyre, J'essaye encor des chants que je prélude en vain !
Et voilà que, souffrant, j'aperçois que ces larmes Dont, hier, j'aurais lait tant de pures diamants, Que l'angoisse, où, jadis, j'aurais vu tant de charmes, N'ont plus que l'âcreté des vulgaires tourments.
Lise, que t'ai- je fait?... Dis-moi quelle prière
De toi, t'a su gigner la Muse contre moi,
— Elle, si vraiment mienne ! elle, si longtemps fière
De m'imprimer l'élan, quand je sentais l'émoi!
En nos brouilles d'amour, dis, ma Lise, avait-elle A prendre paft, jamais ?... Elle en qui j'avais foi, Moi qu'elle consolait, telle une mère, telle Une aimante compagne, autant même que toi 1
Ou n'était-ce que toi, qui, nimbant ton visage De l'auréole sainte, apparaissais alors, Aidant pieusement le poète en l'usage, De bercer ses amours, d'en tirer des trésors ?...
Mais qu'importe !. . . Et d'ailleurs je sens que la Nature Déroule, en son ampleur, son antique décor ; J'entends des voix, des chants! ... C'est mon cœur qui murmure; La Muse est revenue : — et tu m'aimes encor !