‹ Passions: primes vers d'amour et variations sur de vieux thèmesChapitre 62 sur 93 · ORGUEIL · texte numérisé non relu

ORGUEIL

Quand j'aurai tout chanté : l'Art, l'Amour, et la Gloire ; Tout, soit dans l'infini, soit dans l'Eternité ; Quand, dans leurs profondeurs, hardi, j'aurai scruté Les mystères du cœur, les secrets de l'histoire ;

Quand, frappé de l'éclat de leur sérénité, J'aurais dit, en des chants d'immortelle mémoire, Les Dieux et les héros, auxquels nous devons croire Et dont on doit bénir la surhumanité ;

J'irai toujours, plongeant jusqu'au fond de moi-môme, Cherchant obstinément, pour trouver le Poème Qui me fera clamer que l'œuvre est accompli !

Alors, ce chant d'amour, harmonisé pour Lise, S'il n'est tel, que son nom, par lui, s'immortalise, Oh ! que croule, aussitôt, tout le tas dans l'oubli !

La nuit, Quand sombre Dans l'ombre, Sans bruit, La terre Entière ; Quand tout Est sombre ; * Quand l'ombre Partout Nous voile ; La nuit, Quand luit.

L'étoile Là-haut ; Joyau De reine, Phalène

Rayant La plaine, Ayant Sa pleine Beauté ; Clarté De phare Qui gare, Lorsque, Les nues Venues Dans Je Fond bleu Intense Où se Condense L'éther, La lune S'y perd Comme une Barque en La dune, Ou quand LaT)rune Du soir Fait voir Son noir De tombe ; Fleur d'or Dont sort

Et tombe, Comme un Parfum S'exhale, L'éclat Qui la Signale ; Quand la Pensée Bercée S'émeut Et me Dirige, Selon Un long Vertige, Vers les Palais Mystiques Des dieux, Les cieux Aux bleus Portiques, Maints lieux Féeriques Et doux ; Quand, sous L'empire De son Délire,

Au son De lyre Vibrant En elle, Ouvrant Son aile, — Autant Que celle Que tend L'immense Condor Dans l'or Que lance Le ciel, Où l'aigle Duquel Ne règle L'essor Suprême Rien, même La mort, Quand, sage, 11 nage, Lançant Aux cent Nuages Des cieux Ses yeux Sauvages, Ses yeux

92 PAISSIONS

De flamme, — Mon âme S'en va, Légère, Vive, à La sphère Jusqu'où Beaucoup N'affrontent, Et monte, Plus prompte Encor,

D'un brusque Essor,

Loin, jusque Vers quel Beau ciel Sonore, — J'ignore !

Lorsque L'extase L'embrase D'un feu Tel, même, Qu'elle aime L'excès De ses

Souffrances ; Quand ces Poignantes

Sans nom, Ces transes Qui n'ont Qu'ivresse, Caressent Le cœur, L'emplissent De leur Délice Griseur, Infiltrent Même au Cerveau Le philtre Subtil Dont il S'enivre Pour vivre ; Quand ce Long trouble Redouble Et se Prolonge, Je plonge Comme en Un songe Charmant, Et rêve, Sans tr£ve, De toi,

Lise Eprise De moi !

Quand, lasse, La nuit Qui fuit L'espace, Sans bruit, Dérobe A l'œil De l'aube Sa robe De deuil ; Quand, grise D'amour, La brise Du jour, Follette, Volète .

Autour Des roses Mi-closes, - Chassant Leurs doutes, A toutes ; Faisant,

— En fine Coquine, — Sa cour D'amour ; Puis, court, Taquine Les fleurs Pimpantes, (D'ailleurs Contentes Du jeu) ; Lorsque L'aurore, Que Flore Implore, Nous vient,

— Combien Mignonne ! — Et donne

A la

Nature

L'éclat

De sa

Parure ;

Descend

Encore,

Colore

De cent

Charmantes

Couleurs

Les fleurs Aimantes :

Œillets, Lys, roses, Mimoses, Bleuets, Jacinthes Et maintes Encor, Dont l'or, L'opale, L'azur S'étalent, (Tel, sur Un mur, Où glissent, Par pur Caprice, Ses doigts Adroits, Un maître Peut mettre Un beau Panneau De fresque, Ou presque.

Rien qu'en Plaquant L'empreinte De mainte

Couleur, Ou le«T Mi- teinte) ; Oui, dès Qu'émerge * La vierge Au dais De gaze, Qui rase Ainsi L'espace Et s'y Prélasse, Semant, Sans digue, Comme en Prodigue, Des feux De gemme, Dont môme Les yeux Des dieux Se flattent, Ravis :

Rubis, Agate, Lapis, Iris, Topaze, Ces doux

Bijoux Qu'embrase Un feu, Tel que Nul autre * N'en a ; — Grenat, Que notre Désir Regarde, Et sarde, Saphir, Turquoise* Qui croisent Leur ton, Et dont Les gerbes, Superbes D'éclat, Absorbent Tout l'orbe ; Quand la Coquette, Qui jette Dehors Tant d'ors, S'élance, Nuance Le ciel, Pastel

D'esthèle Que l'eau Reflète En beau Tableau ; Inonde Le monde D'un flot De claire Lumière, Tombant A croire Un blanc Ruban De moire Très fin ; Puis, lasse Enfin, Repasse Au jour, Qui sourd De l'ombre, Un nombre D'exquis Pastiche?, De riches Croquis, Et cette Palette Belle où

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Distillent Leur flou Les mille Couleurs Des fleurs Ecloses, Ces feux Blancs, roses, Verts, bleus, Gris-cendre Bleu-clair, Vert-tendre Ou vert De palme ; Moi, calme, Allant Seul, en Silence, Je pense A toi, Lise, Eprise De moi !

Quand, maître Du ciel, Fier d'être Là, tel

Un centre

Commun,

Comme un

Grand entre

Ceux qu'on

Renomme,

Et qu'ont

Fait comme

Sacré

Sceptre, et

Couronne,

Et trône ;

Pareil

Au vieil

Et brave

Burgrave,

Le grave

Soleil

S'éploie

Aux cieux

Qu'il noie

De feux ;

Quand, ronde

Et blonde,

Phébé

Va, glisse,

Complice

D'Hébé,

Propice

Aux doux

Mensonges Qu'ont tous Les songes Pour nous ; Quand plane Diane, Riant, Daignant Etendre Ce tendre Regard Dont l'art Veut rendre En vain La grâce Fugace ; Qu'enfin Se hâte Hécate (Ainsi Aussi, Ma brune Enfant.

La Lune Souvent S'appelle ;) Quand elle Parcourt Sa cour

Sereine, Et, reine Au lent Elan, Egrène Alors Ses ors Sous toute La voûte Du ciel, Moi, tel L'étrange Mortel Qui change En vrai L'abstrait Des chères Chimères Que voit Sa foi Géa.te ; Celui

Que hante, Sans bruit, Sans trêve* Le rêve Qu'un rien, Peut-tHre, Fit naître Si bien ;

Tel l'être Que sa Hantise Berce à Sa guise, Et grise, Moi, Lise, Rêvant Devant Ces astres Si beaux, Dont nos Désastres, Jamais, N'altèrent La paix Austère, Heureux, Je plonge Mes yeux Aux cieux, Et songe Qu'en la Lumière Si fière Qui, là, Rayonne, C'est toi, Mignonne, Qu'on voit,

Lise Eprise De moi !

Quand, claire

Lumière,

Senteurs*

Exquises.

Rumeurs

Des brises

Calmant

Gatment

Les crises

Des flots, ..

Sanglots

Des lames

Fuyant

Les rames,

Gagnant

La plage ;

Nuage

Dont le

Mirage

Si bleu,

Si rose,

Impose ;

Chants, fleurs,

Verdure

Couleurs, Murmure, Parfum :

Chacun Se donne Même à La bonne Matrone, L'Aima, La pure Nature ; Quand, tel L'autel Où brûle L'encens, Tout, sans Que nulle Raison Se montre, En son For, contre L'obscur Mystère ; Tout, sur La terre, Toujours :

— La ville Aux mille Contours, Les tours

Lointaines, Hautaines Dans l'air ; Les plaines Au vert Intense, La mer Immense, Et la Colline Voisine Dont la Verdure, Si pure D'éclat, Contraste Sur le Flot vaste Si bleu, — Exprime, En son Intime Frisson, L'hommage Qu'on rend Au grand, Au sage; Quand, d'où Qu'on sorte, Partout,

On porte En soi,

— Si morte Que soit Une âme, — La flamme, Le feu, Qu'un maître,

— Peut-être Un Dieu Tendre, — y Projette; Qu'on jette Son cri ; Qu'on fête, Qu'on rit, Qu'on danse, Qu'on lance Au vent Crevant L'espace Des airs

Si fiers, Qu'ils passent Et font Qu'au fond Nous vibre La fibre Du cœur; Quand l'heur

De vivre Ainsi Enivre, Saisit Les couples Seulets Et les

Rend souples Aux lois Si belles Auxquelles, Je crois, La vie Convie L'instant Qui passe, Moi, grâce A tant De fièvre Qui sèvre Les cœurs De maintes Douleurs, Des craintes, Des sourds EHourds Sarcasmes ; Moi, dans Ces spasmes Ardents,

J'éprouve Ces longs:

Frissons Que trouve Souvent L'artiste Fervent, Quand, triste, Son œtt, Où passe L'orgueil; Embrasse, Du seuil, Ces cimes Sublimes Au front Desquelles S'en vont Les belles Ardeurs, Ces calmes Hauteurs Où palmes Et fleurs S'étendent, — Offrande Des dieux Aux preux> Qui tendent A ces

Accès! — ' Je sais L'angoisse Dont meurt, L'aigreur Qui froisse, Tant que S'évince Son vœu, Tel prince De qui L'ancêtre Conquit, Peut-être, Ce droit De roi, De maître, — Dont on Fait même Le don Suprême D'un Dieu, — Et que, La Guerre, En sa Colère Vulgaire, Chassa De cette Conquête

D'aïeul, Loin, seul, Dans l'ombre Du sombre Exil, Dont il Endure La dure Leçon, Oui, comme Cet homme A son Royaume ; Oui, tel, Le barde Regarde Au ciel Mystique, L'unique Dont le Fond bleu L'inspire, J'aspire A toi, OLise Eprise De moi !

Quand toutes Les voix, Sur toutes Les routes Des bois, — Oui toutes :

Depuis Les bruits Des vagues Jusqu'aux Plus vagues Echos! — Cadencent Au Jour Leur stance D'amour; L'eau douce, Coulant Belle en La mousse, Ce lent Murmure Qu'elle a ; Et la Ramure, Qui la Protège, L'arpège

Savant Dont l'aile Du vent Sourd mêle L'accord Au cor Que sonne Le Faune ; Le vent Lui-même, — Enfant Bohême, — Ce chant Troublant Qu'il aime, Ce grand Poème Bruyant Qu'il clame, Sa gamme Trouble, en Laquelle Se mêlent, Hurlant A Taise, Dièze, Bémol, Bruit fol Qui forme L'énorme

Clameur D'un chœur De plèbe, Tel qu'à L'Érèbe, Tel, qu'à L'ensemble Que c'est, Tout tremble ; Et cet Orchestre Sylvestre:

Pinsons Frivoles Aux folles Chansons; Fauvettes, Poètes Diserts Aux airs Étranges ; Mésanges Forgeant Des notes D'argent ; Linotes

Au chant

Neigeant En perles Sans prix;

Et merles, Hourris Gentilles, Aux ris, Ou trilles Moqueurs ; Quand leurs Vacarmes Aux charmes Troubleurs Nous bercent, Nous versent Ce qu'a Sans cesse D'ivresse, Jusqu'à La lie, Ce vin Dévie Gai, fin, Doux, tendre, Subtil, Tel, qu'il Sait rendre Vainqueur Le cœur Qui meurt, Trop prude, Du rude, Échec

Du rêve ;

Élève,

Avec .

Ivresse,

L'esprit

Qu'aigrit,

Qu'oppresse

Le mal

Brutal

Qui blesse ;

Quand leur

Ramage,

Hommage

Berceur,

Aubade

D'amour,

Va, court,

Cascade

Sous la

Charmille,

Rit, brille,

Parle à

Tout l'être,

Le fait

Renaître

Au vrai

Bien-être :

Alors,

Là, hors,

D'haleine,

Et pleine D'un beau Délire, Ma lyre, Bien haut, Soupire Pour toi, Lise Éprise De moi !

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