‹ Passions: primes vers d'amour et variations sur de vieux thèmesChapitre 74 sur 93 · PAPILLONNE · texte numérisé non relu

PAPILLONNE

En effet, j'étais là, haussant, forçant la voix, Répétant que c'était pour la première fois Que cet ingénieux et juste parrallèle Jaillissait tout à coup, ainsi, d'une cervelle, Et qu'à côté du vôtre, aucun ne valait rien I Et vous, vous jubiliez !... souvenez-vous en bien !

Mais, puisqu'on se connaît à présent, pourquoi feindre L'enthousiasme d'un amour naissant, contraindre Nos cœurs au vieux mensonge, aussi bête que vain ? Pourquoi n'être pas franc, pour une fois, enfin?

A donc, Madame Fleur, daignez au moins m'entendre ;

Vos pareilles, vos sœurs, savent-elles s'éprendre

Rien que des papillons qui sont bien nuancés,

Et choisir entre tous, comme vous choisissez?

Non, n'est-ce pas? Eh bien! s'il faut vouloir qu'un homme,

Pour ceci, pour cela, mérite qu'on le nomme

Un papillon, la femme — avouons-le tout bas, —

La femme est... papillonne, à moins de n'être pas

La femme; car, enfin, quand la lumière est belle,

Ne voltigez-vous pas autour de la chandelle?

Vous méprisez l'ardeur pour jouir de l'éclat;

Vous savez que la mort est certainement là;

Mais vous savez aussi que, si la flamme tue,

Elle brille, et l'on voit qui s'y livre! Et, têtue,

Et, vaniteuse, et, folle, et, même... pis encor,

Vous vous aventurez, au mépris de la mort,

Caressant, agaçant la flamme qui rayonne...

S'il vous en cuit, mourez, du moins, en papillonne!

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