APRÈS RUPTURE
Elle a rompu le pacte, évitant le danger De subir plus longtemps mon amour trop intense, Et voilà que me vient plus d'un beau messager, Qui, tous, de sa folie, ont fait mon inconstance!
Elle a rompu ses vœux, "violé ses serments, Disant que mes conseils lui semblaient un outrage ; Et, de me voir si calme, entre tant de tourments, Voilà que, maintenant, elle s'exalte et rage !
Et voilà qu'on me dit, comme pour m'émouvoir, Comme pour me griser du parfum de ses charmes Que, depuis l'abandon, si je pouvais la voir, Mon cœur — si vite ému ! — céderait à ses larmes !
Les voilà demandant, sur je ne sais quel ton,
En je ne sais quel verbe où la ruse circule,
Si de ces yeux si beaux, de ces doux regards dont
J'ai vécu, je ne sens toujours le feu qui me brûle ! . . .
Or. c'est vrai que je crois la revoir, en effet,
Avec ses gestes lents de belle souveraine,
Et ses soupirs, et ses sanglots, — d'un art parfait! —
Et sa voix de mignonne amoureuse, qui traîne !
Et puis, me souvenant, je songe voir briller Ce regard, d'où vraiment coulent des jets de flamme, Et qui semble, en effet, comme un ardent foyer, Où, déjà, sûrement, sont mortes bien des âmes !
Aussi, quand, me parlant de je ne sais plus quoi, Tous m'ont chanté combien c'est juste qu'on souhaite Que l'accord se refasse, enfin, entre elle et moi, Elle, la Muse altière, et moi, le doux poète ! —
J'ai souri !... J'ai souri de voir que, tout à coup, Ma lionne en allée, on en fasse une muse, Et, bien que trop d'erreur donne un peu de dégoût, Il me faut convenir que ce jeu-là m'amuse.
Et pourtant, je voudrais — si ce monde pouvait, S'il voulait se pencher vers son cœur, cet abîme ! — Je voudrais voir alors!... Mais non, nul ne Ta fait!... Et c'est moi le bourreau ! c'est elle la victime !