CONTÉ A LA DIABLE
Toi, Monsieur l'esprit fort, Qui ne crois pas au rêve, Ecoute, et ris encore ; Mais permets que j'achève!
L'autre nuit, Dieu me dit :
(( Sois béni 1 » ; mais le diable Quant à lui, me maudit, D'un verbe impitoyable !
Or, tout autant nous plaît Un doux mot, autant, certe, Un terme brutal est Chose qui déconcerte.
Donc, ce rêve était fait
Pour me rendre perplexe ; fc
Et j'eus bien, en effet,
Le doute affreux, — qui vexel
Aussi, dès le matin, Cédant à quelque vague Mouvement de l'instinct, Je ceignis d'une bague
Mon petit doigt, pour qu'il Guettât le fait quelconque Celant l'esprit subtil Du rêve étrange. Adoncque,
Vers le milieu du jour, J'obtins le don suprême, Le prime don qu'Amour Donne au jour du baptême !
Léa, lasse d'Edgar, Dont baissait trop la flamme, D'un seul trait du regard, M'avait transpercé l'âme !
Mais, plus tard, vers le soir, Edgar recevait l'âme D'Ana, qui, pour m'asseoir, Me trouvait trop de flamme !.
Dis, Monsieur l'esprit fort Qui ne crois pas au rêve, As-tu ton doute encor ?...
Si tu réponds oui, crève!