‹ Passions: primes vers d'amour et variations sur de vieux thèmesChapitre 87 sur 93 · FEMME · texte numérisé non relu

FEMME

Deux yeux ensorceleurs, dont la chaude prunelle, Nous dardant jusqu'au cœur, l'embrase constamment De je ne sais quel feu qui ne brûle qu'en elle, Et contre quoi, toujours, nous luttons vainement ;

Deux yeux, astres errants tombés d'un ciel immense Dont le centre immortel reste encor clos pour nous, Et qui, nous exaltant jusques à la démence, Font qu'en les regardant nous tombons à genoux.

Deux lèvres, — volupté ! — deux épines, deux roses ! Corolle où des essaims d'amour volent jaser, Flamme où vont palpiter tous les soucis moroses, Pinces par un sourire, étreints par un baiser.

Deux lèvres, fleur riante aux pétales étranges ; Ancre d'or où s'enroule un nœud de goémons ; Eden où bat de l'aile une légion d'anges, Enfer où se chamaille un groupe de démons 1

166 PASSSIONS

Deux seins, deux caps discrets, où, de bien loin, du large, Tend le cœur, attiré par un puissant aimant ; Deux points mystérieux, qu'a piqués sur la marge De son chef d'oeuvre, Dieu, le poète charmant.

Deux seins, phare au feu doux que le Ciel créa double Et qu'il fixa si bien, qu'on le voit de partout ! Deux volcans endormis, mais dont l'aspect nous trouble, En songeant que ces riens, sont capables de tout !

Et les mots, les baisers, les sourires des lèvres ! Et les regards des yeux ! et les tressauts des seins ! Et ces feux, ces désirs, ces voluptés, ces fièvres Qui font que les plus doux sont les plus assassins 1

Oh ! de la Forêt vaste et sombre qu'est la Femme, Qui sortirait vivant, qui sortirait vainqueur, S'il ne s'ouvrait parfois, aux seuls regards de raine, L'éclaircie où Ton voit cet horizon : son cœur !

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