SI J'ÉTAIS TOI
Si j'étais toi ; que ta beauté Pour moi, femme, eût été la même, Je ferais de ma volonté La loi suprême !
Si j'avais tes grands yeux si doux.
Je fléchirais les dieux rebelles, Je créerais des regards jaloux Jusqu'au plus belles !
Si j'avais ta bouche aux couleurs Où chante la gamme du rose, Je ferais lamenter les fleurs, Gémir la rose!
Si j'avais tes doigts délicats, Tes deux menottes sans pareilles, Le plus impassible eût fait cas De ces merveilles 1
Si j'avais ton pied si mignon, — Fleur en de la soie étouffée, — Je ferais mourir Cendrillon, Crever sa Fée!
Et lorsqu'un prince, et lorsqu'un roi Viendrait m'offrir sceptre et couronne, Je répondrais: Plus haut que toi J'ai mis mon trône 1
Et ce serait si précieux, Qu'au point de devenir infâmes, J'en ferais rager terre et cieux, Anges et femmes!
Ah! je le crois, — en vérité ! — Le ciel jetait le gant aux hommes, Quand il dota de ta beauté
L'astre où nous sommes.
Aussi se vengent-ils souvent !..- Tes mains, tes pieds, tes yeux, ta bouche, Il suffit qu'on les vante, enfant ! — Pour qu'on y touche.
VP
H^IMU^U*
MANOUNA
Qu'elle étrange trouvaille
Que Manouna 1 Un jour sa fine taille
S'abandonna En mes bras, et, nos âmes
Se parlant haut, Ainsi nous composâmes
Un beau duo !
Nous descendions la route
A petits pas, Nous grisant goutte à goutte,
Causant tout bas :
Serment, rire farouche,
Propos railleur.
Et tout ce que la bouche
A de meilleur !...
Comme en sa voix sereine
Perçait l'écho D'une voix de sirène,
Son caraco,
D'un tissu diaphane,
Laissait percer Ce que tout œil profane
Aime à fixer.
Manouna laissait faire
Son cher gamin Et semblait même fière,
D'être en sa main î Si bien que lui, tout chose,
Non sans raison, Crut voir le ciel tout rose...
A l'horizon !
Oh ! oui, j'osai me croire
Déjà vainqueur Et sonnai ma victoire
Au champ du cœur, Surtout quand nous passâmes
Près d'un taillis Où, du frisson des âmes,
Je tressaillis!...
Je tressaillis de joie ;
Mon cœur sautait En contemplant... sa proie!
Mais elle était Si drôle avec sa mine,
Que je vis bien, Mais tard 1 que la coquine
Ne voulait rien !
MANOUNA 171
Et pourtant, la nature
Semblait aussi De ma douce torture
Avoir souci !
Car tout : chants et coups d'ailes
Des prés au nid, Montait, hymnes fidèles,
Vers Tiiifini !
Je crus, sous telle égide,
Devoir oser ; Mais un regard rigide
Vint me briser.
Ah ! tant pis ! dis-je, à l'œuvre !
Ça vaut bien ça 1 Mais, comme une couleuvre,
Elle glissa !
Or, en telle querelle
On devient sot ; Donc me voilà contre elle
Donnant l'assaut ; Mais, serrée en la robe
Des pieds au cou, Fière, elle se dérobe,
Parant le coup I
Alors, fou de lui plaire Quand même, enfin,
Je rentre ma colère :
Bah! c'est en vain!
En vain, je la baptise De maint doux nom,
Narguant ma convoitise, Nouna dit non !
Mais pourquoi non, lui dis-je,
Tout abattu ; Et si je dis : j'exige I
Que feras-tu ?...
Lors, pour toute réponse
Aux fols espoirs, Elle me toise et fronce
Ses sourcils noirs !...
Oh ! vrai, jusque dans l'âme,
Tous ces dépits, Plongeaient comme une lame ;
Et ce fut pis, Quand, de plus en plus belle,
(Oh I oui., ma foil) J'entendis la rebelle
Rire de moi !
Faux rire de la gorge,
Trilles moqueurs, Traits que la femme forge
Contre nos cœurs !...
Bref ! — ainsi qu'à la treille
L'autre pensa, Je me dis — à merveille :
Méprisons ça !
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NATURE TRAITRESSE
Bras dessus, bras dessous, nous quittions la lisière ; Elle, alors, à grand'peine osant lever le front, Et, ses yeux dans mes yeux refluant leur lumière, « Jure-moi que jamais » Un geste l'interrompt.
Et les petits oiseaux du bois s'extasièrent ; Dans les arbres émus courut un souffle prompt, Et mille voix, chantant, gazouillant, me crièrent : « Dis-lui qu'entre vous deux ces secrets dormiront. »
Alors, fou de bonheur, grisé de mon vertige :
«Oui! jamais!., nul!... pour rien!.. Je te jure!» lui dis-je
Et dans un long baiser finit l'acte de foi.
Or, six mois, ce serment m'a retrouvé fidèle! Et voilà que, pourtant, ce gage obtenu d'Elle, O nature traîtresse! on le sait!., on le voit!