‹ Passions: primes vers d'amour et variations sur de vieux thèmesChapitre 90 sur 93 · TOUTES · texte numérisé non relu

TOUTES

Elles ne sont plus rien qu'un rêve en ma pensée, Que des noms évoquant un vague souvenir, Qu'une ample illusion déjà toute effacée, Le passé qui faillit étouffer l'avenir !

Pourtant, à voir combien passe en moi leur image, Combien ce souvenir me cause encor d'émoi, J'ai beau ne pas vouloir leur payer mon hommage, Je ne peux m'en défendre; oui, c'est plus fort que moi î

C'est qu'en elles, c'était l'idéal de la Femme, C'était tout l'Idéal que je voyais, vraiment! Aussi, pour les aimer j'ai mis toute mon âme, J'usai des fibres d'or du divin instrument.

Ma foi, ma volonté, je les ai dépensées Pour étancher ma soif au mirage moqueur ; J'ai vidé volontiers mon trésor de pensées Pour payer la rançon que m'exigeait mon cœur !

Pourtant, si j'avais su que l'amour a sa vase Dont l'effluve mortel envahit tous les sens ; Si j'avais pu savoir, oh ! toute cette extase, Et ces rêves menteurs, et ces vœux impuissants,

Et ces fauves élans vers des buts fantastiques, Ces tortures d'esprit et de cœur — que j'aimais, Ces dieux que j'adorais, malgré tant de sceptiques, Je me serais gardé de les avoir jamais!

Mais non ! fol, obstiné, jusqu'à l'heure dernière Je voilai mes regards d'un lourd bandeau d'erreur ; Je trouvai quelque charme à parcourir l'ornière; Et voilà!.... le réveil m'a trouvé plein d'aigreur !

Ah! merci bien, Malheur, Maître aux dures étreintes! Toi, c'est pour nous dresser qu'au moins tu nous fléchis; Tu ne perds pas une heure à caresser nos plaintes, Et, de ton propre joug, toi seul nous affranchis \

N'écoute point mon cœur, il faut finir ton œuvre, Quand même, malgré lui, sans lui dire pourquoi ; Tans pis s'il se meurtrit aux chocs de la manœuvre, Le salut n'est que là ; donc, frappe, et sauve-moi !

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