‹ Passions: primes vers d'amour et variations sur de vieux thèmesChapitre 91 sur 93 · JEUNE VIEILLARD · texte numérisé non relu

JEUNE VIEILLARD

Il n'a que vingt-cinq ans, lui, ce vieillard qui passe. Il fut jeune, il fut fort, il fut riche, il fut beau; C'était trop peu de l'or, du temps et de l'espace Pour lui, qui, maintenant, glisse vers le tombeau!

Il compte vingt-cinq ans, ce jeune homme qui tremble. Il est vieux, il est maigre, il est sordide et laid; Il a tous les soucis, tous les malheurs ensemble Contre lui, qui naguère, eût raillé ce qu'il est!

Pour qu'il soit devenu cet effrayant problème, Pour que l'esprit troublé doive ainsi rester là, Devant cet amoureux qui n'a plus rien qu'il aime, Vous qui vous détournez, savez-vous ce qu'il a ?

Il a le long remords de vos martyrs, o femmes ! Il a le mal de ceux qui vont, vous maudissant, Pour avoir trop mêlé leurs âmes à vos âmes, Et nourri trop longtemps leur sang de votre sang!

Oh! comme il voudrait bien prendre enfin sa revanche, Vous dompter, à son tour, vous, l'éternel vainqueur ! Vous,dont la chair mordante,— ou noire,ou jaune,ou blanche, Fut toujours la pieuvre où s'enlaça son cœur!..

Mais hélas! il sait trop combien la lutte est vaine ; Car, dans le rude effort de ses premiers combats, Dans l'ardeur de la fièvre où se gonfle sa veine, N'osant plus vous bénir, il ne vous maudit pas!

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