PHILOSOPHIE DE L'AMOUR
Enfant, malheur à toi, si tu crus, un seul jour, Qu'une femme, en t'aimant, n'aime que ton amour ! Repens-toi, si jamais tu t'es surpris à croire Que celle qui s'éprend de ton nom, de ta gloire, — Si pleine de tendresse ou d'ardeur qu'elle soit ! — N'aime en toi que toi seul, loin de n'aimer que soi.
Mais lorsque ce mensonge éclate en quelque signe, Aie un cœur qui, déjà, bien longtemps, s'y résigne. Enfant, ce serait fou que de vouloir en vain Ce que n'a su prévoir l'aveuglement divin.
Crois encore au bonheur, si la femme qui t'aime, En t' adorant beaucoup, n'adore qu'elle-même; Quand le serment d'amour qui fait vibrer sa voix, Juré cent fois pour toi, l'est pour elle cent fois, Quand le regard jailli du fond de sa prunelle En se tournant vers toi ne regarde qu'en elle, Dis-toi que ton bonheur est encore assez grand, Et, pardonnant son doux égoïsme ignorant,
Plonge toute ton âme en son âme, et contemple Ce qu'on t'a dérobé, mais qui brille en ce temple I
Pourtant, si ce n'était en elle — uniquement;
Si quelque voix au cœur te disait: «Elle ment! »
Et ne te mentait pas en te le disant, elle;
Oui, si tu sentais sourdre en toi l'horreur cruelle
Du martyr qui, donnant son cœur et sa raison,
Ne reçoit, en retour, rien que la trahison,
Oh! garde-toi décris et de vaines alarmes,
Et, calme, ayant versé, peut-être, quelques larmes,
Prends la fierté des cœurs que leur mal ennoblit,
Laisse venir le Temps, le grand semeur d'oubli !
gjfo <jfc» çjfc çjjfc ÇjT> .^ Sjj? ^ ^jj?