PAYSAGE
A M. le Comte Robert
De MONTESQUIOU
. . . Tout à l'heure, comme je descendais la colline qui borde le fleuve, un tableau, d'un charme infini, vint frapper mon regard.
I/eau semblait prise en un cercle de verdure, formait un lac, — bleu joyau exquisement serti dans les ors, les rouges, les verts pâles du feuillage automnal. Ses teintes de saphir ressortaient si délicieusement sous la couronne mobile et nuancée dont elles se ceignaient.
Une voile agitait là sa forme blanche. Avec quelle grâce elle se levait et se penchait. Parfois, elle touchait presque les flots du bout de l'aile. Puis, je la voyais s'enfler et partir pour une course bientôt finie. Et alors recommençait le même bercement sur le liquide azur.
Tout ce paysage flottait dans une lumière sereine et douce, — lumière alanguie, fatiguée, mélancolique, spéciale aux après-midi d'octobre, — lumière comme tamisée par une vapeur infiniment subtile, où les lignes se fondent, où les contours des objets sont noyés à demi ....