LA VIERGE ET LA COLOMBE
Una est columba mea Cant. VI. 8.
L,es Livres Saints et la liturgie comparent la Vierge Marie à la colombe.
Voyons les analogies très réelles sur lesquelles repose cette gracieuse appellation.
Après le déluge, une colombe, envolée de l'arche, revint à Noé, vers le soir, portant dans son bec un rameau d'olivier dont les feuilles étaient toutes vertes. L,e Juste comprit, à ce signe, que le châtiment divin avait cessé, que le ciel allait se réconcilier avec la terre. (i)
C'est ainsi qu'au soir du monde antique, la Vierge Marie présenta aux hommes, en signe de réconciliation et comme gage de la miséricorde infinie, l'Auteur même de la paix, Jésus, Verbe divin fait chair pour notre salut. C'était le terme de l'épreuve. L,es longues attentes étaient finies. Après avoir passé par les grandes eaux de la tribulation, l'humanité voyait enfin se réaliser les promesses primitives. L,e règne de l'amour s'ouvrait.
I^a colombe — j'entends la colombe sauvage — habite, non pas dans la terre, non pas dans la cime des grands
(1) Gen. VIII. 11, 12.
arbres, mais dans le creux des rochers. Et le prophète Jérémie disait aux habitants de Moab : " Abandonnez les villes et soyez comme les colombes qui font leur nid sur le flanc des cavernes."
Iye Christ, pierre angulaire, rocher dans lequel nous avons été taillés, attendite ad petram unde excisi estis, (i) était l'unique refuge de la Vierge Marie ; Il était Tunique objet de ses pensées et de ses affections. Elle habitait, d'esprit et de cœur, dans son côté ouvert, dans ses plaies d'où avait coulé la vie.
1/3. tradition nous dit qu'après la résurrection de son Fils, Marie alla plusieurs fois visiter la grotte de Bethléem, où elle Lui avait donné le jour, le calvaire baigné de son sang. Et saint Jérôme nous rapporte que le sépulcre, creusé dans le roc, où des mains pieuses avaient déposé Jésus, servit pour ainsi dire de demeure à sa mère. Elle évoquait, là, l'ombre et le souvenir de celui qui n'était plus ; elle y ensevelissait sa douleur. De revoir ce tombeau, où Jésus avait dormi son dernier sommeil, cela lui donnait presque l'illusion de sa présence encore. Ces pierres, consacrées par l'attouchement divin, elle leur trouvait un parfum pieux, elle les baisait avec amour. Du haut de sa gloire, son Bien- Aimé, qu'elle pleurait, devait lui murmurer à l'âme, sans bruit de parole, ces mots du Cantique : O ma colombe, qui te tiens dans les fentes des rochers, qui te caches dans les parois escarpées. Columba mea in foraminibiis petrœ, i?i cavernâ maceriae .(2)
I^a colombe fait sa pâture des grains les plus exquis, se nourrit du plus pur froment.
(1) Isa. LI. 1.
(2) Cant. II. 14.
Ht, de même, la Vierge ne s'entretenait l'esprit que de choses divines. Sa nourriture, à elle aussi, était de faire la volonté du Père qui est dans les cieux. Kt, parce que ses pensées étaient les pensées de Dieu, parce que sa volonté était intimement unie à la volonté éternelle, elle jouissait de cette paix inaltérable, que ne peuvent goûter les âmes éprises des réalités visibles, et qui oublient pratiquement que la Providence infinie mène tout.
Tandis que, chez nous, la contemplation n'est qu'un accident, un acte isolé dans notre vie, répété de loin en loin et toujours avec effort, c'était, au contraire, son habituelle occupation. Son activité extérieure n'étant pas, comme trop souvent la nôtre, inquiète et fébrile, ne savait l'interrompre.
Et puis, après l'institution de l'Eucharistie, combien souvent la Vierge devait s'approcher de la Table Sainte pour manger le pain des anges, pour se nourrir du froment des élus !
L,a colombe ne chante pas, elle gémit, et sa plainte a une tristesse douce qui excite la pitié.
Dès le jour de l'Annonciation, la Vierge Marie eut la secrète intuition du prix dont elle allait payer l'honneur de devenir Mère du Verbe et co-rédemptrice du genre humain. Comme dit le poète, son regard dès lors "entrevoyait la crèche et rêvait au calvaire, reflétait à la fois la croix et le berceau." Aussi, dans le silence de sa demeure, se prenait-elle à soupirer, à force d'angoisse. L,a prophétie de Siméon : "Et toi, ô femme, ô mère, un glaive te transpercera l'âme," vint confirmer son pressentiment, préciser sa souffrance. Et l'on sait que l'annonce s'est
accomplie à la lettre. — Quelles plaintes, quels gémissements ne dut-elle pas pousser, la douce Vierge, en assistant à la passion de son Fils, impuissante à rien faire pour le secourir, en voyant se réaliser en sa personne les prophéties de douleurs ! De quels sanglots n'a-t-elle pas é:é secouée, quand elle l'a vu expirer sur la croix !
I^a colombe vole toujours en troupe, en bande, et, en ceci encore, elle est la figure de la Vierge.
Marie exerçait, en effet, autour d'elle, une irrésistible influence pour le bien. Ses paroles, ses exemples, entraînaient les âmes dans les voies idéales de la vertu. Sans être importune, elle savait les pousser vers Dieu. Comme inconsciemment, par le seul effet de son attitude, par le seul rejaillissement, sur sa physionomie, de sa merveilleuse beauté morale, elle opérait des conversions, elle affermissait les timides. Oui, beaucoup d'âmes la suivaient, lui faisaient cortège sur la route qui mène à Dieu.
Et puis, son intense vie intérieure ne la tenait-elle pas toujours en compagnie des anges? Et n'est-ce pas entourée des esprits célestes, portée sur leurs ailes, qu'elle s'éleva dans l'azur?
Enfin, la colombe est le type de la simplicité. Notre Seigneur, recommandant cette vertu à ses disciples, leur disait : Soyez simples comme des colombes.
La vertu de simplicité a brillé d'un éclat très vif en Marie. Etre simple, c'est être intérieurement ce qu'on paraît au dehors, harmoniser sa vie de façon que les paroles, les actions soient l'expression, le reflet de l'être intérieur.
Or, il n'y avait pas l'ombre d'une affectation dans la Vierge Mère. Telle elle était avec tous, telle elle était dans son âme et conscience et avec Dieu. Quelle absence de recherche dans sa mise ! Quel naturel dans sa physionomie ! Comme elle se souciait peu de l'effet ! Simple était son regard, et c'est pourquoi tout son corps était lumineux. Marie servait Dieu dans la simplicité d'un cœur pur. L,a gloire de son Maître la préoccupait uniquement. Jamais aucun sentiment terrestre ne vint se mêler à ses aspirations mystiques, pour en briser l'unité, l'harmonie divine.
Demandons à Marie de nous obtenir du bon Dieu toutes les vertus que la colombe symbolise. Formulons le vœu du psalmiste : Quis dabit mihi pennas sicut columbœ, et volabo et requiescam f Qui me donnera les ailes de la colombe, afin que je puisse m'envoler et trouver, comme Marie, mon refuge et mon repos dans le sein de Dieu ? —