L'ASCENSION
.... Par l'Ascension, le poème de Jésus finit dans la lumière, s'achève en idéale, en liliale, en matutinale clarté. Sa personne et son œuvre se fondent en une inaccessible, en une immarcessible gloire. L/histoire de son pèlerinage terrestre se clôt ainsi sur un épilogue éblouissant, où tout chante, où tout luit, où tout est couleur, mélodie, rayon, parfum, extase. Pour dernier, pour suprême souvenir, il nous lègue la splendeur de sa vision divine. Sa forme pure, sa forme diaphane, s'élève, majestueuse et fine, se détache, radieuse, se profile en clair sur le profond et chaud azur oriental, et s'en va, — diamant monté de saphirs, — briller là-haut de ses feux éternels, irradier sa transparence infinie.
Par l'Ascension, le poème de Jésus finit dans la lumière, s'achève en irréelle, en immatérielle clarté! . . .
Quel contraste avec le début, le prélude ! Car Jésus avait inauguré son épopée mystique dans les conditions les plus humiliantes, les plus humainement désavantageuses, il l'avait inaugurée dans la nuit, — une nuit de décembre. Sans doute, des fulgurances étranges avaient traversé ce ciel hivernal, et guidé les pâtres vers la crèche de l' Enfant- Dieu. En même temps, l'air s'était empli d'un bruit d'ailes; — et des voix, des voix claires, cristallines, avaient modulé sur un rythme doux, et joyeusement épandu, par les vallées, les collines endormies, le nom trois fois saint du Verbe fait chair.
ii3
Mais, tôt après, le ciel s'était refermé, l'écho des voix s'était perdu, les lueurs éteintes. Et le Christ avait grandi, comme le plus humble, le plus obscur d'entre nous, cachant volontairement, sous les voiles d'une chair fragile, les mystères infinis de son Etre.
Une seule fois, durant tout le cours de sa carrière, — comme impuissant à comprimer davantage sa gloire et sa beauté intérieures, — les avait-il laissées jaillir au dehors. Et alors il en avait été transfiguré. Son corps, libéré des lois du temps et de l'espace, son corps, devenu blanc comme neige, subtil, impondérable, diaphane, avait pris son vol vers les hauteurs, et goûté, goûté pour un instant, à la vie immortelle. Mais, seuls, trois de ses disciples avaient été témoins de cette manifestation radieuse. Et tout était rentré dans l'obscurité, — l'obscurité voulue, cherchée, nécessitée par l'ordre providentiel du salut.
Après sa Résurrection même, après ce triomphe qui lui donnait enfin le droit de laisser irradier son âme, qui mettait définitivement tout son être en dehors, au-dessus des infirmités, des lourdeurs de notre condition présente, et qui conférait éternellement à sa chair les privilèges glorieux de la spiritualité, Jésus n'a pas voulu révéler son éclat.
Il s'est souvent montré aux siens, — à Madeleine d'abord, mais sous les traits d'un jardinier, — à ses disciples ensuite, mais tel qu'ils l'avaient vu autrefois, — aux pèlerins d'Emmaiis, mais sous les traits d'un pauvre pèlerin comme eux. Oui, même après sa Résurrection, après ce triomphe inneffable, cette surgie en l'immortalité, Jésus a caché sa gloire.
Pour venir parmi les siens, leur donner ses instructions dernières, et organiser définitivement son œuvre, — il a encore emprunté tous les dehors de notre nature, les frêles et chétives apparences de notre condition ....
Ah ! sa gloire, sou éclat, son immortalité, sa subtilité, sa spiritualité, sa diaphanéité, tous les lumineux privilèges que lui avaient mérités sa vie, sa passion, sa mort et sa Résurrection, — Jésus se réservait de les manifester à son heure, à l'heure dernière, à l'heure des adieux, à l'heure où, jugeant son exil fini, il reprendrait les routes de l'Ether et remonterait dans l'Infini.
Et il l'a fait, il l'a fait au jour de son Ascension, il l'a fait royalement, splendidement, divinement.
Plus de mystères maintenant ! Tout éclate au grand jour. Le ciel et la terre sont admis à contempler l'absolue beauté de cette âme unique rayonnant à travers un corps immortel.
L,' Ascension, c'est donc la fête de la lumière, c'est l'heure des révélations infinies. Et ainsi, le poème de Jésus s'achève en des clartés telles, que toute sa vie antérieure, sa vie d'humiliations, d'obscurités, de souffrances, en est égayée, illuminée, — en des clartés qui nous montrent bien le caractère providentiel de sa mission, et donnent à sa personne et à son œuvre le relief puissant qu'elles garderont éternellement ....