THERESE-ALINE
K mariage est trois fois saint et trois fois auguste, comme la Trinité divine dont il est l'ouvrage. Dieu le Père l'a institué à l'origine des âges
Quand tout encor semblait être rempli d'aurore ( i )
C'est dans la douceur neuve de l'Eden, à l'ombre de l'arbre de vie, près du fleuve qui roulait l'or et les perles, au milieu des senteurs printanières, que le Créateur a béni la première alliance humaine. A peine sortis de la pensée éternelle, Adam et Eve se donnent l'un à l'autre, sous le regard de Dieu. Et, par les matins ensoleillés comme par les beaux clairs d'étoiles, ils renouvellent leurs serments que les brises virginales vont redire à tous les échos du paradis.
Cette institution primitive, le Verbe s'est fait Chair lui a donné une consécration nouvelle aux jours de la Rédemption. Il l'a honorée du premier de ses miracles ; Il l'a élevée à la dignité de Sacrement. Aux fêtes nuptiales de Cana, si le Christ a changé l'eau en vin, n'était-ce pas pour signifier que sa vertu divine perfectionnerait de même l'alliance antique de l'homme et de la femme, lui donnerait un cachet surnaturel, la ferait chose plus sainte, plus exquise ?
(1) V. Hugo: Les Contemplations.
Enfin, l' Esprit-Saint a sa part — part très-grande — dans cette union. C'est L,ui qui la consomme, qui la couronne par sa grâce. Esprit d'amour et d'harmonie, Il est le lien surnaturel des cœurs que son souffle a mystérieusement rapprochés, à travers les distances de pays ou d'éducation. Fiancé de la Vierge, c'est Eui qui l'a rendue féconde ; c'est par L,ui que le Verbe s'est uni notre chair. C'est par Ivui encore que se réalise la chétienne alliance de deux êtres qui aspirent à se donner l'un à l'autre dans le temps, parce qu'ils savent que la volonté divine les a déjà éternellement unis.
Quelle grande chose est-ce donc que le mariage chrétien ? Quels droits confère-t-il ? Quelle est la fin de cette institution qui a fait si constamment l'objet de la sollicitude divine ?
Par le mariage, Dieu confère à l'homme et à la femme un privilège, un droit souverain ; Il les fait participer à sa toute-puissance ; Il leur donne la mission de continuer cette œuvre matérielle première qu'il n'a pas trouvée indigne de L,ui autrefois ; Il les rend coopérateurs de son action créatrice ; Il leur laisse de préparer ces vases de chair qu'il illuminera d'un rayon de sa clarté, qu'il animera de son souffle.
Voilà la fin de l'antique alliance que le Créateur a bénie, à laquelle le Christ a communiqué une perfection nouvelle, et que l'Esprit de Dieu sanctifie; — fin noble, fin sublime, fin glorieuse, qui seule explique l'éclatante intervention des trois personnes divines. Etait-ce donc trop de toute la Trinité pour mettre deux êtres humains à la hauteur d'une pareille tâche, pour les élever jusqu'à la sublimité de cet objet ?
Je le veux bien, — le rôle des parents se borne à prépa-
rer le temple matériel dans lequel habitera une forme pure, émanée de l'essence divine. Et, si c'est déjà beaucoup de travailler à bâtir la demeure de chair, qui s'illuminera d'un rayon d'en haut, et qui sera, plus tard, favorisée de sanctifications successives, jusqu'à ce que l'Auteur même de la grâce y descende et y repose substantiellement, encore n'est-ce là que la transformation d'une matière déjà existante, — transformation qu'on ne peut comparer à l'acte souverain qui féconde le néant.
I/âme seule est créée, et c'est la Toute-Puissance divine qui la produit.
Cela est vrai.
Mais, parce que l'âme se moule aux proportions du corps qui la reçoit, parce que le corps est l'instrument de ses opérations spirituelles, parce qu'elle est fortement chevillée à ce corps, parce qu'elle a besoin de lui pour se manifester, pour rayonner sa vie, — comme l'artiste a besoin, pour exprimer son génie, d'une harpe, d'une lyre ou de tout autre signe extérieur, — parce qu'elle est nécessairement soumise à ses conditions, à ses dispositions naturelles, et qu'elle subit les lois physiques de son influence, — alors, je me plais à reconnaître et à proclamer l'importance de l'œuvre que Dieu confie à ses créatures, tant elle est forte pour aider ou pour entraver la toute-puissante action créatrice par laquelle il insuffle la vie.
L,' éducation qu'il faut donner ensuite aux êtres nés de soi, n'est-ce pas parfaire une œuvre que la nature n'a fait qu'ébaucher? N'est-ce pas comme une inspiration de vie, de force, de grâce et de lumière? N'est-ce pas la continuation de l'œuvre divine dans ce qu'elle a de plus noble, la création des âmes ?
(Kuvre de la Trinité Sainte, le mariage chrétien est en
harmonie avec la sublimité de son Auteur. Sa fin nous atteste sa céleste origine. Dieu seul pouvait concevoir et réaliser un si grand dessein.
Oui, elle est grande, elle est noble, la mission à laquelle vous êtes appelés, parents chrétiens, grande et noble dans son principe, grande et noble dans ses conséquences, grande et noble parce qu'elle vous donne le droit d'aider Dieu dans son œuvre créatrice, grande et noble par les responsabilités, qui vous incombent, après, de perfectionner l'œuvre première, de la conduire jusqu'à parfait développement, au point de vue physique, intellectuel et moral.
Or, noblesse oblige. Il faut que vos pensées et vos sentiments correspondent toujours à la grandeur de votre mission. Et comme, s'il plaît à Dieu de vous témoigner visiblement sa bénédiction, les enfants qui naîtront de vous porteront votre ressemblance, — de même qu'ils porteront aussi celle de leur Créateur, — comme non-seulement vous reconnaîtrez vos traits dans les leurs, dans leurs yeux la couleur et l'éclat des vôtres, votre propre physionomie dans leur frais visage, mais encore, — toujours en vertu des lois mystérieuses et presque infaillibles de l'hérédité, — leur intelligence et leur cœur sera pour ainsi dire le reflet et comme la copie fidèle de votre cœur et de votre esprit, — à cause de cela, vous tiendrez à honneur d'être avant tout et par-dessus tout des époux chrétiens, afin de transmettre à ces petits un sang pur, afin que leur intelligence et leur cœur soient, dès l'aurore, tellement imprégnés de christianisme, qu'ils s'orientent d'eux-mêmes vers le bien et vers le beau idéal de la vertu.
Plus que par le passé encore, vous mettrez Dieu dans votre vie. Plus efficacement que jamais, vous travaillerez à votre salut, duquel dépendra le salut d'âmes, sœurs de la
vôtre. Comme votre vie aura un prolongement lointain, des conséquences presque infinies, vous la surnaturaliserez davantage, vous la tiendrez sur les hauteurs. L/on ne donne que ce que l'on a. L,a loi qui régit les générations humaines ne permet pas, d'ordinaire, que le bien sorte du mal. Tels qu'ils sont, les parents se voient revivre dans leur descendance. Là où fleurissait la vertu, naît un fruit sain. Et les épis d'or ne se posent pas sur les tiges vicieuses ....