RESTE AVEC NOUS— LE SOIR APPROCHE
.... A Jérusalem, un matin du quatorze nisan.
Deux pèlerins sortent de la ville par la porte de Damas, et se dirigent vers l'ouest. — Qui sont-ils ?
Quand, autour d'eux, les êtres participent à l'universel renouveau, quand le vent est si léger, le ciel si pur, que le soleil transfigure tout, et produit de si merveilleux effets, — là-haut, sur les crêtes des monts qu'il couvre d'or, et sur les verdures fraîches, posées au flanc des collines, tapies au fond des vallées, — pourquoi paraissent-ils si triste ? —
Ah ! ces pauvres ! Ils ont vu, récemment, crouler leurs rêves, s'évanouir leurs espérances, pourtant si légitimes.
Disciples de Jésus, le doux prophète de Galil, il leur avait semblé — d'après tout ce qu'il disait, et les choses rares qu'il accomplissait — qu'il était le Messie, tant annoncé par les oracles. I^e retour d'Israël à ses antiques traditions de splendeur leur avait enfin semblé tout proche ....
Hélas ! Iya triste fin du Maître a dissipé tous leurs projets d'avenir. Quel échec ! Comment ne douteraientils pas, maintenant, de son œuvre et de sa mission ? Ils l'aiment, encore, le disparu, mais ne fut-il pas simplemeut un intellectuel, un rêveur épris d'irréalisable idéal ? . . . . Et eux, à quoi s'attacheraient-ils à présent ? .... Ah!
pourquoi ont-ils dépensé tant de forces vives à courir après des ombres ? . . . .
.... Sur la route poudreuse, un étranger les aborde, — pèlerin comme eux. Ils lui disent, naïvement, leurs déceptions, leur détresse présente, lui révèlent leur état d'âme .... Et l'inconnu, alors, de réveiller, de ressusciter leurs espérances, par des paroles, graves et lumineuses, où semble vibrer l'écho de îa voix du Maître. Béni soit-i! !
On arrive à Emmaous — Emmaous, source chaude. — Le cœur des deux disciples est aussi tout chaud, tout brûlant. Au contact de ce passant, leur ancienne ardeur s'est comme rallumée. —
.... Le bourg s'endort dans la pourpre du soir. Les murs blancs se couvrent de lueurs rouges.
Dans la plaine, un souffle doux agite les épis mûrs.
Des champs d'orge monte une harmonie, s'exhale comme
une prière. Sous les rayons mourants, tout revêt des tons de rêve.
L'étranger veut continuer son chemin. Mais les disciples, l'invitant : " Reste avec nous, car le soir approche, le jour est sur son déclin."
Il entre dans leur demeure, s'assied à leur table . . . . Il va rompre avec eux le pain, quand — ô merveille ! ô mystère ! — ceux-ci le reconnaissent enfin ....
Cet étranger, cet inconnu, qui leur a parlé si suavement, si divinement, c'est le Maître Jésus, qui ne se révèle à leurs regards que pour s'évanouir aussitôt ....
.... Quelle scène! Jamais soleil couchant n'éclaira pareil tableau ! . . . .