PORTRAIT DE MARIE
. . . Marie était de race royale. Il est vrai, la fortune de son antique famille était tombée, et l'héritière de David gagnait son pain par des travaux de laine. Pourtant, la naturelle distinction de ses manières, son port de reine, son parler délicat la séparaient assez des autres femmes du peuple et disaient la noblesse de son origine . .
Son corps était merveilleusement beau. — Les plus grands artistes n'ont pas su le rendre dans sa perfection de rêve. — On eut dit qu'il était pétri d'une essence plus fine et plus rare, d'une plus subtile matière. De la matière, il en avait juste assez pour permettre à l'âme d'exister parmi les hommes, juste assez pour suffire aux opérations de l'esprit, — mais combien soumise, combien transformée, combien spiritualisée et idéalisée par l'hôte qui l'informait !
Ce corps, il joignait la force à la grâce. Il n'avait rien de vulgaire, rien de mièvre ni d'affecté non plus; il avait au contraire cette élégance simple, signe de la vraie grandeur. Jamais on n'avait vu des traits plus affinés, plus richement dorés du soleil d'Orient : les yeux, où se reflétaient les profondeurs infinies du ciel, lançaient les flèches d'un regard ardent et doux; sur les lèvres mi-closes, s'épanouissait un sourire affectueux. Et puis, un voile, un voile blanc encadrait si finement sa figure et retombait si harmonieusement sur ses épaules en longs plis neigeux.
lorsqu'elle allait, par exemple, à la fontaine, appelée depuis fontaine de la Vierge, c'était, parmi les nazaréennes, comme un ravissement mêlé de jalousie envieuse . . On eut dit un marbre antique, une statue des vieux maîtres, qui marchait . .
N'était-ce pas à elle qu'il pensait, le chantre du cantique, lorsqu'il s'écriait : " O ma belle ! que tu es noble ! que tu es reine ! Tes cheveux sont la pourpre sombre qui consacre le front des rois ! Ta tête est comme le Carmel ! Ta gorge est la grappe pleine de nos riches raisins de Judée ! Ta taille est celle du palmier ! . . . " ( i )