‹ Pastels [microforme]Chapitre 3 sur 49 · LA VIERGE ET L'ETOILE · texte numérisé non relu

LA VIERGE ET L'ETOILE

Stella matutina

ETS dans son admirable liturgie, désigne souvent

la Très Sainte Vierge sous le nom d'étoile: étoile de la mer, étoile de Jacob, étoile du mitin. Les Livres Saints lui avaient donné déjà cette lumineuse appellation; et son nom même, Marie, son nom signifie, en langage oriental, étoile. L'Eglise, dans ses chants et dans ses prières, se fait donc simplement l'écho des voix antiques.

Or, puisque les Livres Saints, et l'Eglise après eux, désignent ainsi la Vierge, ce n’est pas là sans doute une vaine appellation; et il doit y avoir, il y a sûrement, entre Marie et l'étoile, des analogies qu’il importe de rechercher.

Daigne la ‘Très Sainte Vierge, que nous saluons souvent du titre d'étoile du matin, nous guider dans nos recherches !

Quand Dieu créa, d’un souffle, la multitude des astres et les fixa dans l’éteudue du ciel, il dit: séxf in signa, (1) que ce soient des signes pour séparer la lumière d’avec les ténèbres.—Au jour de la chûte, Dieu mit l'espérance au cœur de l’homme déchu en lui annonçant la Vierge à venir. Et, dans la plénitude des temps, il la fit paraître au monde, cette Vierge, comme le signe précurseur d’une

(}) Gen. 4.

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grande clarté—s0/ de stella (1)—destiné aussi à séparer les ténèbres du premier Âge d'avec la lumière du nouveau. *.”

L'étoile est plus grande qu’elle n'apparaît. D'en bas, c'est un point seulement, comme un clou d'or qui perce le manteau de la nuit. 11 y a des milliers d'astres encore que nos regards ne perçoivent même pas, que nous soupçonnons, grâce aux traînées blanches que font, dans l’espace, leurs lueurs lointaines. En réalité, l'étoile est immense, et notre terre, comparée au moindre des mondes sidéraux, est chose presque insignifiante.

Marie, de même, était petite aux yeux de ses contemporains. Qui devinait en elle, malgré sa naturelle distinction, l'héritière de David? Qui savait son auguste dignité de Mère du Messie? Elle vivait inconnue, ignorée. Petite elle était aussi à ses propres yeux. Elle semblait inconsciente de sa beauté, de ses merveilleux dons. Elle en rapportait la gloire à Dieu seul. Mais combien elle était grande, en réalité et devant Dieu, puisque le Verbe s'était fait chair dans son sein immaculé, puisqu'elle avait porté Celui que les cieux mêmes ne peuvent contenir. Et maintenant qu’elle est là-haut, en sa sphère de clarté, illuminée la première des rayons divius, Reine des anges et des hommes, qui dira ses ineffables grandeurs ? Qui chantera la gloire presque infinie de la Vierge couronnée d’étoiles ?

LE]

L'étoile habite dans les hauteurs du firmament, à des distances presque incommensurables de notre terre.

La vie de Marie était ainsi toute céleste: elle habitait k avec les anges de Dieu. C'est pourquoi, quand Gabriel

(1) Prose de Noël.

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vint la saluer, elle ne se troubla pas à sa vue, (1) car elle reconnut en lui un frère. Pendant que ses mains s'occupaient aux travaux du ménage, sa pensée suivait son rêve intérieur, s'élevait aux régions divines. Et son Assomption n'a été que le signe, la réalisation visible de l'invisible aspiration qui, pendant ses jours de la terre, avait j té làhaut le meilleur d'elle-même.

LPS

Les astres se meuvent dans l'ordre le plus parfait. Et le sage antique écoutait, dit-on, dans le silence des nuits, la mélancolie des sphères évoluant en mesure. Ces mondes de clarté roulent, en effet, le plus harmonieusement, et les savants peuvent déterminer, des années à l'avance, la ligne que suivra leur cours régulier.

Marie, de même, s’est, parfaitement et en tout, soumise aux ordres divins. Elle obéissait, non seulement aux prescriptions extérieures de la loi, mais encore aux inspirations les plus secrètes de sa conscience. Jamais âme n’a mieux correspondu aux avances de la grâce. Chez elle, le corps était soumis à l'âme, et l'âme à Dieu. Sa vie tout entière a été une mélodie à la louange du Créateur. Le souffle de l’esprit la guidait mystérieusement et sûrement, et elle se laissait faire, sans opposer la moindre résistance, apportant toujours à l'œuvre divine le concours de ses efforts personnels. Il y avait harmonie parfaite entre les visions de son intelligence et l'énergie de sa volonté.

res

Enfin, l'étoile rayonne sa lumière sans rien perdre de sa substance ni de sa pureté. Depuis les millions d'années que les astres brillent dans les espaces, ils sont toujours

(1) Sum. theol. 3e p. q. XXX, a-3 ad 3m.

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aussi éclatants. Leur beauté de mystère semble douée d’une éternelle jeunesse ; les flèches d’or qu'ils lancent ne sauraient l’altérer,

Marie, ainsi, a conçu dans son sein et mis au monde le Verbe incarné sans rien perdre de sa virginité ni de son intégrité. Meque sidus radio, neque mater filio fit corrupta. (1) Après l’Incarnation, sa pureté brille du même éclat céleste, et Marie a une gloire nouvelle, celle de la maternité. Mystère incomparable, incompréhensible, où nous voyons l'Amour infini, mettre en œuvre sa toute-puissance, pour allier dans une même créature ces deux choses humainement inalliables : virginité et maternité!

LP

Demandons à la Vierge Immaculée, si bien nommée Etoile, de nous attirer 1à haut par sa douce vertu, de verser sur nos âmes, enténébrées peut-être, quelques rayons de sa

clarté, de mettre dans nos cœurs, peut-être attiédis, un peu de son ardeur divine.

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